Sous-marins canadiens : 3 sur 4 est-ce assez ?

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Le NCSM VICTORIA navigue près d’Esquimalt lors d’essais et d’exercices en mer, le 20 février 2012. (Photo : Jacek Szymanski, Affaires publiques de la Marine, © 2012 DND-MDN Canada)

À l’occasion d’une entrevue avec le capitaine de vaisseau Luc Cassivi, commandant adjoint de la Flotte canadienne du Pacifique et directeur du service canadien des sous-marins, voici un bilan de l’état de la flotte.

À la fin de la décennie 90 , le Canada a en effet acheté quatre sous-marins au gouvernement britannique pour 610 millions de dollars plus les frais de réparations, modifications, etc. Le gouvernement de Jean Chrétien avait pris la décision d’acheter des sous-marins déjà construits. Sauf qu’il a fallu « canadianisé » ces sous-marins. « Contrairement à d’autres plateformes de la Marine, ces sous-marins étaient déjà construits et il a fallu apporter des modifications, les adapter pour notre usage », indique en entrevue le capitaine de vaisseau Cassivi. Il faut aussi se rappeler du contexte de l’époque. La guerre froide s’était terminé quelques années auparavant et le pays devait faire face à d’importantes restrictions budgétaires. « Cela semblait une bonne idée à l’époque. On a fait avec les moyens dont on disposait. »

À quoi ça sert un sous -marin ?

« Le premier objectif, c’est la défense du territoire », explique Luc Cassivi. On oublie souvent que des sous-marins allemands sont venus détruire navires et convois ici-même dans le Golfe du St Laurent pendant la Seconde guerre mondiale ». 2014 marquera d’ailleurs le 100e anniversaire de l’histoire des sous-marins au Canada.

Le capitaine de vaisseau indique également que posséder des sous-marins est important pour avoir de l’influence au niveau international, participer à des exercices et des opérations avec l’ONU ou l’OTAN ou sous commandement canadien. « Et puis il y a bien sûr la surveillance de toutes les activités illégales, comme le trafic de marchandises et le trafic humain, ainsi que la surveillance des routes commerciales et d’éventuelles pollutions. » La Marine souhaite avoir en permanence trois sous-marins en mer et un en cale-sèche.

M. Cassivi connait bien les sous-marins canadiens puisqu’il en a lui-même assumé le commandement de trois sur quatre : le Victoria, le Corner Brook et le Windsor.

NCSM Victoria

En novembre 2011, le Victoria a officiellement terminé son grand carénage (période de grands travaux de maintenance au cours de laquelle on répare, entretient et modernise les systèmes [plus de 200]) et en décembre, le Victoria a pris la mer pour faire des essais d’équipement et pour l’entraînement de l’équipage. À cette occasion, il a réussi l’étape de ses exercices de préparation au combat qui consiste à tester les mesures de sécurité à prendre lorsque le sous-marin fait surface.

En janvier 2012, le Victoria a effectué la première plongée du cycle opérationnel ainsi que l’étape de ses exercices de préparation au combat qui consiste à tester les mesures de sécurité à prendre lorsque le sous-marin plonge. En même temps, le sous-marin a fait d’autres essais d’acceptation en mer.

D’autres essais sont en cours et notamment au niveau des torpilles. L’instruction des membres de l’équipage se poursuit également, de sorte que le sous-marin devrait être déclaré entièrement opérationnel en 2012.

NCSM Windsor

Le grand carénage du NCSM Windsor devrait être terminé en 2012. Les travaux sont réalisés à Halifax (Nouvelle-Écosse). Le NCSM Windsor entreprendra ensuite la même série de tests que celle du Victoria, avant d’être déclaré entièrement opérationnel en 2013.

NCSM Chicoutimi

Le Chicoutimi est actuellement en grand carénage. Il est dans le chantier maritime Victoria, à Esquimalt (Colombie-Britannique). On prévoit que les travaux seront complétés à temps et que le sous-marin sera disponible pour les opérations en 2013.

NCSM Corner Brook

Plan de coupe du NCSM Corner Brook
Plan de coupe du NCSM Corner Brook (Image: Ministère de la Défense nationale)

Alors qu’il s’apprêtait à rentrer en grand carénage, le Corner Brook heurte le fond de l’océan en juin 2011 alors qu’il effectuait des manœuvres en plongée pour l’instruction d’officiers sous-mariniers dans la baie Nootka, sur la côte Ouest de l’île de Vancouver. Ne pouvant réparer qu’un seul sous-marin à la fois, décision est prise de le faire patienter jusqu’en 2013.

Le capitaine de vaisseau Cassivi explique cependant que les dégâts subits par le sous-marin ne sont pas aussi critiques comme on pourrait le croire. « On ne peut jurer de rien, mais le Corner Brook est à priori tout à fait réparable et pourra reprendre la mer. En achetant les sous-marins, le gouvernement britannique a également fourni une coque de fibre de verre de remplacement. »

Comme on peut le voir sur le plan de coupe du NCSM Corner Brook, ci-dessus, c’est le dôme du sonar à l’avant du sous-marin qui a été endommagé. La coque épaisse situé sous la coque externe n’a pas eu de problème : « L’intégrité de l’étanchéité du sous-marin et plus particulièrement de la coque sous pression, demeure intacte. L’équipage n’a jamais été en danger suivant l’incident », est-il ainsi écrit dans le rapport de la commission d’enquête qui a suivie l’accident. Il devrait être prêt aux opérations pour 2016, date à laquelle le Victoria reprendra la direction du chantier naval pour une nouvelle période de grand carénage. Il devrait donc y avoir trois sous-marins de disponibles en permanence sur les quatre puisqu’un retournera en grand carénage tous les deux ans en rotation.

État de la flotte
Le tableau donne un aperçu général de l’état actuel de la flotte de sous-marins de la classe Victoria de la Marine royale canadienne (MRC)

L’avenir ?

Le vice-amiral Paul Maddison, commandant de la Marine a affirmé fin février que les sous-marins sont là pour rester au moins jusqu’en 2030. Ils seront alors âgés de 40 ans. Les planificateurs du ministère de la Défense nationale doivent commencer à établir un programme de remplacement au cours des quatre prochaines années, sans quoi le Canada pourrait perdre sa capacité de surveillance et d’attaque sous-marines.

« Il faut vivre à l’intérieur de nos moyens, indique M. Cassivi. On veut forcément plus que ce qu’on a actuellement, mais il faut rester raisonnable. » Alors, achat ou construction pour nos futurs sous-marins ?

Le ministre de la Défense Peter MacKay avait déclaré en 2011 que « dans un monde idéal, je sais que les sous-marins nucléaires sont ce qui est nécessaire dans des eaux profondes et sous d’épaisses glaces ». Le futur gouvernement pourrait donc décider de faire le grand saut et d’acheter des sous-marins nucléaire d’attaque britanniques de classe Astute (neufs) ou Trafalgar (d’occasion). Il y a aussi l’option des Barracuda français qui coûtent environ 2 milliards de dollars par unité, soit un peu moins que les britanniques.

Mais, Mike Hancock, député britannique de Portsmouth Sud, vient de déposer hier, jeudi 15 mars, plusieurs questions écrites à son gouvernement à propos de la transaction de 1998. Il s’étonne également : « Je suis consterné que nous ayons conclu un accord aussi idiot avec un allié aussi important… Soit il y a eu de l’incompétence des Canadiens, soit le ministère de la Défense au Royaume-Uni a joué les enjôleurs ».

En résumé, trois sous-marins sur quatre à l’horizon 2016 et le problème d’acheter de nouveaux sous-marins se reposera à ce moment là. Encore plus de dépenses pour se doter correctement ou perdre la capacité sous-marine du Canada ? Là est la question…

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d’exercices ou d’opérations, au plus près de l’action.
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