Forces canadiennes : un aperçu de l’avenir

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OPÉRATION MUTAY dans le district de Dand en Afghanistan (Photo : Caporal Tina Gillies - DND-MDN Canada)

À l’occasion d’une table ronde sur l’avenir des Forces canadiennes, après les dernières missions en Afghanistan et en Libye, et maintenant que le budget fédéral est déposé, des généraux ont fait le point sur les défis qui attendent les soldats.

Priorités

Pour le brigadier-général Richard Giguère, commandant du Secteur du Québec de la Force Terrestre et de la Force opérationnelle interarmées de l’Est, la priorité reste l’appui aux autorités civiles du pays. « Lorsqu’il y a une catastrophe naturelle, comme les inondations en Montérégie de 2011, nous sommes là pour répondre aux appels des autorités civiles et aider la population. »

La seconde priorité demeure l’Afghanistan. En novembre prochain, la base de Valcartier enverra 950 hommes et femmes à Kaboul dans le cadre de la mission de formation de l’armée afghane. La mission, dont la préparation doit commencer en mai, durera entre sept et huit mois, avec environ 25 % de réservistes provenant d’un peu partout au Québec.

Toutefois, les soldats reviennent de plus en plus à des missions hivernales. Après avoir passé des années sur une guerre de type « contre-insurrection » comme en Afghanistan, ils retournent à ce qui se fait de mieux au pays : la guerre dans la neige. Plusieurs exercices qui ont eu lieu depuis le début de l’année (Rafale Blanche, Guerrier Nordique) montrent une tendance claire vers un retour aux sources.

Investir, c’est gagner les conflits

Le général Liston s’est dit préoccupé par le budget consacré à la Défense : pour garder la capacité d’agir du pays, le gouvernement doit investir « massivement dans son armée ». Même si le budget a doublé en dix ans, il reste inférieur à ce qu’il était au milieu des années 1990.

Pour le général Giguère, il est important de rester à la pointe de la technologie. « Dans un contexte de contre-insurrection, des dommages collatéraux sont inacceptables. C’est pourquoi ça nous prend des missiles intelligents, des technologies qui feront moins de pertes civiles qu’à l’époque. » Le ministère de la Défense a d’ailleurs un programme, Recherche et Développement pour la défense Canada (RDDC) qui a récemment mis au point un laser femtoseconde permettant de désactiver à distance les engins explosifs improvisés. Nom de code : Projet Zaplight.

Le professeur Philippe Lagacé, chercheur à l’Université d’Ottawa, confirme que le budget reste le nerf de la guerre. Selon lui, avec 60 % du budget, le personnel civil et militaire est un gouffre financier pour le ministère. Est-ce une des raisons qui a poussé le gouvernement à se débarrasser de 1 100 employés civils ? De plus, les Forces disposeraient de 20 000 bâtiments à travers le Canada, « ce qui représente un bâtiment pour trois militaires [de la Force Régulière] ».

Le chercheur pense que le Canada se dirige davantage vers des missions « éclairs ». Engagé depuis une décennie en Afghanistan, le premier ministre Harper était assez enthousiaste sur ce type de mission en 2005. « Il semble désormais être plus sceptique, déclare M. Lagacé. Le gouvernement pourrait favoriser des missions où il n’a pas obligation de rester, un peu comme il a fait en Libye ».

L’Arctique, un enjeu ?

Il est également question de souveraineté dans l’Arctique et de l’ouverture du passage du nord-ouest aux navires de commerce d’ici quelques années. Pourtant, un projet de base navale sur l’île de Baffin ainsi que la reconstruction et l’amélioration du port en eaux profondes, a été réduit à une simple escale de ravitaillement.

Et l’avenir n’est-il pas aussi vers le Pacifique ? Le gouvernement américain a déjà conclu un accord avec l’Australie pour envoyer 2 500 soldats à Darwin, et envisage de déployer des drones de reconnaissance qui effectueraient des vols au-dessus de l’océan. Avec la montée en puissance de la Chine et de l’Inde, le Canada aurait à y gagner à s’y intéresser.

Avec le programme des avions de chasse F-35 en danger et les quatre sous-marins, qui ne seront tous opérationnels qu’en 2016, le Canada est à l’heure des choix. Selon le professeur Lagacé, c’est le bon moment pour réévaluer les programmes. « Puisque nous ne pouvons plus nous permettre de dépenser comme bon nous semble, il serait sans doute temps d’appliquer la Défense intelligente, de partager les ressources entre alliés. »

De nombreux défis attendent les Forces canadiennes dans les années à venir. Stephen Harper devra rapidement décider s’il veut aller au-delà de la rhétorique.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT

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