Les dangers de la conduite en « zone de paix »

0

Un convoi composé de soldats canadiens (véhicules de gauche), afghans, américains et britanniques se dirige vers le nord de la province de Kandahar, en Afghanistan (Photo : Cpl Simon Duchesne, Forces canadiennes)Un convoi composé de soldats canadiens, afghans, américains et britanniques se dirige vers le nord de la province de Kandahar, en Afghanistan (Photo: Caporal Simon Duchesne, Forces canadiennes)

De retour des zones de combat, nos soldats doivent réapprendre à conduire sur les routes d’un pays en paix.

Pas de bombes télécommandées et d’attaques au lance-grenade sur l’autoroute 20 entre Montréal et Québec, mais les automatismes acquis lorsqu’ils étaient déployés qui leur ont permis de survivre en zones de guerre, ne se perdent pas tout de suite dès le  retour au pays.

Une étude sur ce problème a été réalisée par la United Services Automobile Association (USAA), un important assureur américain fondé en 1922 par un groupe d’officiers de l’armée américaine, dans le but de s’auto-assurer les uns les autres quand ils étaient incapables d’obtenir de l’assurance automobile en raison de la perception qu’ils étaient un groupe à haut risque.

Selon l’étude « Le retour des guerriers » réalisée par la USAA, les soldats qui reviennent de mission courent 13 % plus de risques qu’auparavant d’avoir un accident avec responsabilité.

La perte de contrôle du véhicule était le type le plus commun d’accident et beaucoup plus fréquent chez les jeunes soldats que chez les officiers et sous-officiers, révèle l’étude après avoir examiné les accidents responsables chez un groupe de 171 000 soldats de la force régulière de retour au pays après avoir été déployés en zones de guerre.

L’étude, qui couvrait les accidents signalés de 2007-2010, a également constaté que les militaires du rang étaient de 22 % plus susceptibles de causer un accident après le retour d’un déploiement qu’avant leur départ, par rapport à une augmentation de 10 % pour les sous-officiers et un risque accru de seulement 3,5 % pour les officiers. Mais une fois les soldats de retour au pays depuis au moins six mois – et après avoir ainsi eu le temps de se réajuster aux  règles de conduite en « zones de paix » – ces taux d’accidents ont diminué.

Des habitudes de conduite problématiques

Quels sont donc ces habitudes de conduite au combat qui posent problème de retour sur les routes du pays?

  • Conduire aussi loin que possible de l’accotement pour éviter les bombes télécommandées.
  • Changer brusquement de direction ou de voie, surtout près des tunnels ou viaducs où des insurgés pourraient être tapis.
  • Toujours être en mouvement, ne pas céder le passage aux piétons ou aux voitures.
  • Rouler toujours aussi vite que le véhicule de tête du convoi.
  • Se méfier à l’approche de tout élément sur le bord de la route propice à une embuscade.

Ces automatismes, qui leur ont sans doute sauvé la vie en zone de guerre, les amènent à conduire de façon problématique sur les routes publiques à leur retour: conduire au milieu de la rue, deux roues sur chaque voie, zigzaguer en se faufilant entre les voitures, ne jamais se signaler, changer de voies sans arrêt dans les tunnels ou sur les viaducs, brûler les feux rouges et ignorer les arrêts, ne pas céder le passage aux autres véhicules ayant la priorité, etc.

Le cas du soldat Hammond

La USAA rapporte le cas de Brad Hammond qui a été en poste dans des villes où des combats faisaient rage comme Mossoul, Falloujah et Tal Afar, où son blindé «  Stryker Brigade » a été souvent attaqué. Bombes et explosifs étaient alors des menaces habituelles. Il a donc appris à conduire pour parer à ces menaces.

« Mon style de conduite et la façon dont on nous a enseigné étaient d’être purement 100 % agressif », explique le spécialiste Hammond. Il devait, en zones de combat, se rendre du point A au point B le plus rapidement possible, il y allait de sa survie.

De retour sur les routes américaines, Hammond a malheureusement continué à ignorer les signaux de circulation et les limites de vitesse. Il ne s’est pas non plus arrêté quand il a causé des accidents. Un jour, toujours sans s’arrêter, il a  enfoncé un camion-benne sur son chemin avec son véhicule de 19 tonnes de combat Stryker, poussant même le camion-benne à se renverser sur le côté.

Hammond le soupçonnait d’être camion d’insurgés, tentant de bloquer son convoi… jusqu’à ce qu’il se rappelle qu’il était de retour aux États-Unis!

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.