Pacifique: la montée en puissance militaire de la Chine inquiète l’Occident et ses alliés

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Cérémonie à bord du destroyer chinois Shijiazhuang à l’occasion du 60e anniversaire de la fondation de la marine (Photo: Chine Informations)
Cérémonie à bord du destroyer chinois Shijiazhuang à l’occasion du 60e anniversaire de la fondation de la marine (Photo: Chine Informations)

Alors que les États-Unis et l’Europe désarment depuis des années, le budget chinois de la défense augmente quant à lui depuis deux décennies de plus de 10 % par an. Il devrait même doubler d’ici à trois ans.

Pendant ce temps, la tension monte en mer de Chine, où Pékin revendique un grand nombre d’archipels et d’îlots que convoitent également huit autres pays riverains: Taiwan, les Philippines, la Malaisie, Brunei, l’Indonésie, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam.

Pourquoi ses îlots sont-ils si importants? Cette zone, située entre l’extrémité de la péninsule malaise et le détroit de Taiwan est d’une importance vitale pour le commerce international et l’approvisionnement en pétrole entre l’Asie orientale, le Moyen-Orient et l’Europe.

Traversée chaque année par plus de 50 000 navires, ce qui représente, par exemple, le triple du trafic du canal de Panamá, cette zone possède aussi d’abondantes ressources halieutiques, métallurgiques, gazières et pétrolières.

La mer de Chine devient une véritable poudrière.

Le Pentagone a donc dévoilé au mois de janvier sa nouvelle stratégie qui tient compte de l’importance cruciale de la région Asie-Pacifique pour la paix et la sécurité et de l’urgence d’y accroître la présence militaire américaine afin de lutter contre la prolifération nucléaire (notamment en Corée du Nord) et de garantir la libre circulation sur les voies de navigation et de commerce.

Les trois axes de la nouvelle stratégie américaine dans la région sont: le renforcement de l’armement, le redéploiement des troupes et la multiplication des exercices militaires conjoints avec des pays comme les Philippines, la Corée du Sud ou l’Australie.

Les manoeuvres américano-philippines du mois dernier en mer de Chine, qui ont eu lieu au lendemain d’un incident naval entre navires philippins et chinois au large d’une zone, le banc de Scarborough, que se disputent les deux pays, s’inscrivent dans cette nouvelle stratégie. Les autres pays d’Asie du Sud-Est (tels que le Japon, Taiwan, la Malaisie, Brunei, l’Indonésie, la Thaïlande, le Cambodge ou le Vietnam, observent donc aujourd’hui avec attention la capacité des Philippines, seules ou avec l’aide des Américains, à tenir tête au géant chinois.

La zone Pacifique, avec au centre la mer de Chine (Photo: capture Google Maps)

La Flotte canadienne du Pacifique travaille avec la marine américaine

La Flotte canadienne du Pacifique fournit des forces prêtes au combat pour les opérations de défense collective menées avec les alliés du Canada dans la zone du Pacifique.

Même si elle doit avant tout répondre aux besoins (crise, défense nationale, sécurité ou situation d’urgence) dans les zones de l’océan Pacifique contiguës à la côte ouest du Canada ou en Colombie-Britannique et, de concert avec d’autres organismes gouvernementaux comme la garde côtière ou la GRC, assurer la surveillance continue de l’immense littoral canadien, la Marine canadienne travaille aussi en étroite collaboration avec la Marine américaine avec qui elles participent périodiquement à des exercices.

Le 1er Groupe de la flotte navale permanente de l’OTAN, groupe d’opérations spéciales, a mené récemment sa première opération en Asie du Sud-Est avec le soutien d’unités de la Flotte canadienne du Pacifique.

Les capacités de la Flotte canadienne seront améliorées dans un avenir proche par la modernisation des navires existants grâce au programme de réaménagement et de modernisation des navires de la classe Halifax et à l’acquisition de nouveaux hélicoptères Cyclone embarqués.

La flotte opérationnelle de la Flotte canadienne du Pacifique comprend, aujourd’hui :

  • 5 frégates de la classe Halifax;
  • 1 contre-torpilleur (« destroyer ») de commandement et contrôle de la défense antiaérienne de la classe Iroquois;
  • 1 navire ravitailleur
  • 6 navires de défense côtière;
  • 2 sous-marins de la classe Victoria;

La Flotte canadienne participera d’ailleurs à compter du 29 juin à l’exercice RIMPAC 2012, dirigée par la Flotte américaine du Pacifique. RIMPAC 2012, un exercice maritime multinational qui se déroule dans et autour des îles hawaïennes, réunit 22 pays, 42 navires de surface, 6 sous-marins, plus de 200 avions et 25 000 militaires, de l’Australie, du Canada, du Chili, de la Colombie, de France, du Japon, du Mexique, de la Nouvelle-Zélande, de la République de Corée, de Russie, de Singapour et, bien sûr, des États-Unis. Le personnel militaire de l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie, les Pays-Bas, la Norvège, le Pérou, la République des Philippines, la Thaïlande, le Tonga et le Royaume-Uni y participeront également. Le Bangladesh, Brunei, le Brésil, le Cambodge, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Vietnam et le Sri Lanka ont été invités en tant qu’observateurs.

L’Australie, pivot du redéploiement stratégique

Mais c’est l’Australie qui est devenue le pivot du redéploiement stratégique américain dans le Pacifique. Son éloignement géographique constitue un avantage face aux missiles chinois.

L’Australie a accepté l’installation sur son territoire de 2 500 marines qui prendront prochainement leurs quartiers à Darwin, dans le nord du pays.

À Brisbane, plus au sud, une nouvelle base accueillera navires de guerre et sous-marins de la marine américaine et la base navale HMAS Stirling, à Perth, dans l’ouest, qui accueille déjà les six sous-marins Collins australiens, sera mise à disposition de la marine et de l’aviation américaines.

Finalement, l’archipel des Cocos (ex-îles Keeling), à près de 3 000 km de Perth et 800 km de l’île indonésienne de Java, accueillira prochainement une base aérienne pour les avions de surveillance américains P-8 et les drones Global Hawk.

Les pays asiatiques se dotent de sous-marins

Quant à eux, les pays asiatiques ont commencé à se doter de sous-marins.

Depuis 2005, la Chine s’est dotée de submersibles diesels électriques silencieux. Les sous-marins demeurent en effet difficiles à détecter et à détruire. En 2010, les submersibles nord-Coréens avaient démontré leur capacité de nuisance en coulant la corvette sud-coréenne Cheonan (46 victimes).

Les pays asiatiques ont donc compris l’importance d’avoir des submersibles. D’ici à 2015, le Vietnam va acheter quatre submersibles russes ; la Malaisie, deux Scorpènes français ; et Singapour, deux Archer et quatre Challenger de la marine suédoise. La Thaïlande pour sa part est en pourparlers avec l’Allemagne pour l’acquisition d’au moins deux sous-marins et l’Indonésie vient de recevoir le premier des quatre qu’elle avait commandés à la Corée du Sud.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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