Sapphire prêt à s’envoler dans l’espace

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45eNord.ca s’est entretenu avec le Colonel André Dupuis, directeur du développement de l’espace au sein du Chef de développement des Forces au Quartier général de la défense.

Étant à ce poste depuis 2009, le colonel Dupuis n’est pas peu fier d’occuper cette position. « C’est une des meilleures jobs que j’ai jamais eue. J’étais un des premiers militaires qualifiés à une mission espace et puis, j’ai été muté aux États-Unis en 1986 et depuis ce temps-là, je rêve à être à la tête de notre programme espace. Alors du côté acquisition, ça me fait un grand plaisir d’être capable de venir à l’ouvrage chaque jour et de travailler dans ce domaine », lance le colonel.

Le colonel Dupuis, directeur du Programme spatial du Ministère de la Défense

Le Programme spatial du Ministère de la Défense n’a cependant rien à voir avec l’exploration de l’espace, les vaisseaux spatiaux ou les astronautes. Cette partie là est réservée à l’Agence spatiale canadienne. Au ministère de la Défense, le programme spatial se concentre surtout sur les appareils de télécommunications qui transmettent ou reçoivent depuis l’espace.

Un des projets important du Programme spatial est le lancement prochain du tout premier satellite militaire canadien: Sapphire.

Depuis les années 1970 les Forces canadiennes avaient notamment deux télescopes, un à Cold Lake et un à St. Margaret, pour identifier des satellites. Mais au début dans les années 1980, la technologie est devenue vieille et n’a plus été utilisé. L’Observatoire d’Astrophysique Rothney (Alberta) a d’ailleurs reçu des Forces canadiennes une caméra Baker-Nunn qui ne servait plus.

Fin 2011, un rapport d’une commission américaine chargée d’étudier la question des débris orbitaux indiquait que la NASA a comptabilisé 22 000 débris et estime à des millions le nombre de ceux trop petits pour être enregistrés. Parmi ces débris, au moins 500 000 ont entre 1 et 10 cm de diamètre, et peuvent causer des dégâts. On estime également que 3/4 des satellites en orbite… ne sont plus utilisés.

Saviez-vous ainsi qu’en 2011, pas moins de 2 600 avertissements ont été transmis à des opérateurs de satellites et à la Station spatiale Internationale? Ils peuvent ainsi manœuvrer les engins afin d’éviter la collision.

Souvenez-vous du satellite américain UARS qui s’est écrasé en septembre dernier quelque part dans l’Océan Pacifique. De nombreux observateurs estimaient qu’il y avait de grandes chances qu’il finisse sa course en territoire canadien (on a même parlé d’un écrasement dans le nord du Québec ou en Alberta).

Sapphire aura donc pour but de compléter le Space Surveillance Network des États-­Unis, qui a pour mission de détecter, suivre, cataloguer et identifier des objets artificiels en orbite autour de la Terre.

Représentation de l’orbite terrestre et ses millions de débris (Photo: NASA)

Comment ça marche?

Le fonctionnement d’une alerte est assez simple.

Une fois mis en orbite, le satellite subira une batterie de tests pendant une période de trois mois. Au bout de ces trois mois, Sapphire devrait être déclaré pleinement opérationnel et agira comme un radar. « S’il y a un point de lumière qui n’est pas supposé être là, c’est là où commence l’analyse de ce point-là, d’où il vient. Ça permet une analyse beaucoup plus en détail… Il y aurait un genre d’analyse rétrograde qui dit « OK, ce point-là, c’est nouveau. Ça vient d’où? » On commence alors à regarder d’autres images qui sont plus vieilles pour être capables de dire, « OK, voilà, il y en a un qui manque. Alors lui, il s’est déplacé » et puis on est capables à ce moment-là de mieux comprendre à qui appartient le satellite, pourquoi ils ont fait une manœuvre ».

Le satellite sera en mesure de suivre un minimum de 360 objets spatiaux chaque jour.

Le lancement de Sapphire, déjà reporté, a subi un autre report, et est désormais prévu pour le mois d’octobre ou la fin de l’année si l’on ne veut pas se tromper. Il faut dire que ce n’est pas le Canada qui et en charge du lancement. C’est en effet depuis l’Inde que le lanceur PSLV-C20 partira, avec à son bord le satellite canadien.

Avec Polar Epsilon qui surveille le ciel de l’Arctique, le NORAD qui surveille le ciel canadien et américain, et finalement Sapphire qui surveillera l’espace au-dessus du continent nord-américain, il sera quasi-impossible que le ciel nous tombe sur la tête.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT

DiscussionUn commentaire

  1. Très intéressant. L’espace est une vraie poubelle mais on a pas idée.
    J’espère que cest pas juste un satellite espion mais qu’il va vraiment servir pour les débris.