En route pour RIMPAC à bord du NCSM Algonquin

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Notre journaliste Nicolas Laffont a effectué la traversée de San Diego à Hawaii à bord du destroyer canadien NCSM Algonquin, en route pour le plus grand exercice naval au monde: RIMPAC.

22 pays participants, six sous-marins, 42 navires, près de 200 aéronefs et environ 25 000 militaires déployés. Tels sont les effectifs qui convergent en ce moment vers Hawaii, pour le plus grand exercice naval au monde: RIMPAC.

La première qualité qu’il faut pour être marin est d’avoir… le pied marin! Quand on n’est pas habitué, certains médicaments anti-mal de mer et le médecin de bord deviennent nos amis et alliés. Il ne faut pas également être claustrophobe. Le manque d’espace est flagrant, les couchettes sont petites et il n’est pas rare de voir travailler des officiers… à même le sol.

De nombreuses règles et traditions sont là pour rappeler où on est. Quand un navire est déployé en mer pendant une longue période, les hommes et les femmes qui servent à bord ne peuvent composer le 911. Ils doivent avoir une confiance totale les uns envers les autres. De la répartition des couchettes, aux salles de bain, en passant par les différents mess, tout est fait pour que les membres du rang et les officiers restent entre eux pour maintenir une excellente cohésion de groupe.

Départ

À bord du destroyer NCSM Algonquin, le premier réveil est dur pour tout le monde. Nous quittons San Diego et la petite voix dans les haut-parleurs déclare à 7h du matin « Debout, debout », puis enchaîne avec la météo du jour et conclue avec une blague. Tout le monde se prépare et prend son petit-déjeuner avant de commencer les préparatifs de départ.

À 8h, tous les navires présents dans la base navale de San Diego lèvent leurs « couleurs » (le drapeau du pays). Le NCSM Algonquin largue les amarres peu après et prend la direction d’Hawaii. Le navire rencontre en chemin la frégate NCSM Ottawa, s’en rapproche et lui rend ainsi plusieurs membres d’équipage qui se trouvaient à son bord.

Peu après, un cri retenti dans les couloirs du navire. Plusieurs membres d’équipage se précipitent et trouve un homme à terre, blessé à la jambe. En quelques minutes le blessé est entouré de gens et le transportent délicatement vers l’infirmerie du bord. Là, le docteur l’examine et diagnostique ses blessures… plus de peur que de mal, il s’agissait d’une simulation pour voir les réactions de l’équipage.

Il faut savoir que le danger rôde partout à bord d’un navire. D’une brèche dans la coque, à l’incendie à bord, en passant par des radiations, une attaque d’un bateau hostile ou un homme pouvant tomber à l’eau.

Le commandant de l’Algonquin n’est pas à l’abri et se blesse d’ailleurs assez gravement le soir même. Il finira par être héliporté jusqu’à un hôpital de San Diego où il passera plusieurs jours en observation. En son absence, c’est le commandant en second qui prendra les rênes du navire.

«Il ne faut pas tourner le dos à l’océan», lance le caporal Armstrong, pompier à bord.

Au milieu du Pacifique

Durant la traversée de San Diego à Hawaii, la flotte d’une dizaine de navires qui accompagnent l’Algonquin effectue des manœuvres préparatoires à RIMPAC et chaque navire organise des séances de tirs en mer sur différents calibre de canons. En plus du NCSM Algonquin, navire amiral de la force opérationnelle multinationale, se trouvaient le canadien NCSM Ottawa, les américains USS Stockdale, USS Gary, USS Higgins, USCGC Bertholf et USNS Henery J Kaiser, l’australien HMAS Perth, le chilien CS Almirante Lynch et le japonais JS Shirane.

« Notre rôle [durant la traversée]est de supporter un staff américain à bord pour contrôler les mouvements des autres navires et gérer les exercices qu’on fait durant notre voyage », précise le capitaine de corvette Pascal Belhumeur, commandant en second du NCSM Algonquin.

Une après-midi, quelque part au milieu de l’Océan Pacifique, l’Algonquin largue un petit bateau télécommandé. Les quatre autres navires devant se mettent en position et font feu avec leurs canons et mitrailleuses. L’objectif du jour est en effet de le couler. Personne n’arrivera à le toucher. C’est donc l’Algonquin qui – après avoir rapproché le bateau – finira par le descendre dans une petite boule de feu, non sans avoir tiré près de 900 munitions!

Autre jour, autre manœuvre : tous les vaisseaux de la flotte en route pour Hawaii se lancent dans le ravitaillement en carburant. À tour de rôle, tous s’approchent très, très près du Kaiser, qui envoie une corde, à l’aide d’un fusil, afin de faire passer le tuyau de carburant. Naviguant à près de 15 nœuds et à moins de 50 mètres, les navires sont comme des voitures sur une autoroute, à pleine vitesse et côte à côte.

En haut, dans le ciel

À plusieurs dizaines, voire centaines de pieds de hauteur, un tout autre ballet se joue. Des hélicoptères font des va-et-vient entre les navires pour transporter personnel et marchandises. Le commodore américain Bill Parker, présent sur l’Algonquin pour le contrôle de la traversée, s’est notamment rendu sur trois navires en une matinée.

Les pilotes et toute l’équipe derrière eux travaillent fort pour mener leur mission à bien. À bord d’un des hélicoptères maritimes canadiens Sea King, la température peut monter très rapidement et il ne faut pas s’inquiéter si l’un des membres d’équipage transpire à grosses gouttes.

En revanche, la vue est spectaculaire sur l’ensemble de la flotte de dix navires et sur l’Océan Pacifique qui s’étend à perte de vue dans des couleurs allant du bleu turquoise au bleu sombre.

En bas, dans les profondeurs de l’océan

Peu avant d’arriver à la base navale américaine de Pearl Harbour, une chasse est lancée. Un sous-marin américain de classe Los Angeles fait son apparition à proximité de la flotte de dix navires.

Immédiatement, une course contre la montre se déroule sous les yeux ébahis de plusieurs membres d’équipage, curieux de l’apparition du sous-marin. Trois hélicoptères décollent rapidement et se lancent à sa poursuite. Il effectue cependant une plongée et échappe aux pilotes des aéronefs.

Dans la – très secrète – salle des opérations, les yeux et les oreilles des opérateurs des écrans radars et sonars sont mis à l’épreuve, cherchant avec minutie et précision où peut se cacher cet «ennemi». La trentaine de militaires présents dans la salle regardent et écoutent attentivement. Au moindre «bip» dans leurs casques ou au moindre point sur l’écran, une série de vérifications est lancée au cas où le signal proviendrait non pas d’un sous-marin ennemi, mais d’une baleine ou d’un haut fond par exemple.

Finalement, neuf jours après être partie de San Diego, la flotte multinationale arrive finalement à la célèbre base navale de Pearl Harbor, à Hawaii.

Un à un, les navires entrent dans la baie où se trouve la base navale. Rien qu’a vu d’œil il y a plus d’une trentaine de navires et une dizaine de sous-marins! C’est américain, c’est forcément gigantesque.

Les 300 marins de l’Algonquin et leurs collègues des neuf autres navires prennent quelques jours de repos à terre, avant de commencer RIMPAC, le vrai.

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Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d’exercices ou d’opérations, au plus près de l’action.
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