États-Unis: le Lexington Institute à la défense du F-35

0
F-35 B, à décollage court-atterrissage vertical (Photo: Lockheed Martin)
F-35 B, à décollage court-atterrissage vertical (Photo: Lockheed Martin)

Dans un texte paru dans Forbes, le patron du groupe de réflexion américain Lexington Institute affirme que nous ne savons pas calculer et serions victimes de la «méchante presse sensationnaliste».

Loren Thomson, le cofondateur et l’un des patrons du Lexington Institute, un groupe de réflexion associé à la droite américaine, se porte à la défense du programme du F-35 dans un article du célèbre magazine économique américainForbes, en date du 11 juin.

Fondée en 1998 par des personnalités de la droite américaine, le Lexington Institute reçoit un financement important des entrepreneurs militaires et il émet des opinions généralement favorables ou très favorables quant à la performance et l’état des programmes d’armement américains majeurs. Ses revenus proviennent principalement de ses sociétés commanditaires.

L’Institut n’en demeure pas moins un groupe de réflexion crédible et les employés de l’institut sont fréquemment cités dans les médias nationaux aux États-Unis. En 2008, il a été d’ailleurs classé comme le 21e groupe de réflexion plus souvent cité dans les médias

Dans son article, Loren Thomson s’en prend à  la couverture médiatique du programme: «Si vous accordez la moindre attention à la couverture médiatique du programme du chasseur de combat F-35, alors vous croyez que le plus grand programme d’armement du Pentagone est en difficulté […] et que les essais en vol sont à la traîne, les coûts montent en flèche, et les partenaires d’outre-mer commencent à avoir froid aux pieds (à avoir peur).»

Mais, pour le patron du Lexington Institute, rien n’est plus faux. «La réalité est que plus du tiers des essais en vol sont en avance sur le calendrier, le coût de construction est en chute libre, et les partenaires internationaux sont tellement enthousiasmés, que de nouveaux clients font la queue pour se joindre au programme et se procurer le F-35 (la Corée du Sud sera le prochain sur la liste).

Il explique la couverture médiatique négative du programme par le sensationnalisme des médias et le désir des politiques de se faire du capital.

Par exemple, déclare-t-il,  les responsables du Pentagone ont certes récemment révélé que le coût de la construction et de l’exploitation du F-35 avait augmenté à 1 500 milliards $ US, mais sans mentionner que le tiers de ce total est fait d’estimations, qu’il juge invérifiables, de l’inflation future et les deux tiers de l’augmentation supposée refléterait des changements dans la façon dont les coûts sont calculés plutôt que des augmentations réelles.

Par ailleurs, souligne-t-il, les fonctionnaires n’ont fait aucune mention qu’il en coûterait deux ou trois fois plus de s’en tenir à la flotte actuelle de chasseurs, étant donné le coût de l’entretien des aéronefs vieillissants. La plupart des comptes-rendus de la presse, accuse Lorne Thomson, ne cite que le chiffre impressionnant de hausse de 1 500 milliards $ US, sans faire de nuance. «Facile à écrire, mais sans réflexion» conclut-il.

Dernier argument en faveur du F-35: le F-35 a été conçu dans les années Clinton comme la prochaine génération de chasseurs, non seulement pour les États-Unis, mais pour huit autres pays. Le Royaume-Uni a contribué pour 2,5 milliards $ US à son développement, tandis que l’Italie et les Pays-Bas ont chacun contribué 1 milliard $ US. L’Australie, le Canada, le Danemark, la Norvège et la Turquie ont chacun contribué 100 millions $ US au programme. L’argent ainsi versé ne pourrait pas être récupéré, affirme encore le responsable du Lexington Institute dans le texte d’opinion qu’il signe dans le magazine.

En résumé, un autre débat sur les formules permettant de calculer les coûts qui n’est pas sans rappeler la querelle entre le gouvernement conservateur et le vérificateur général du Canada sur les coûts réels du processus canadien d’acquisition, et, l’argument massue, vous ne pouvez plus faire marche arrière.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.