F-35: la furtivité une illusion, le commandant de la US Navy s’interroge

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Le US Naval Institute (Photo: US Naval Institute)
Le US Naval Institute (Photo: US Naval Institute)

Un amiral américain s’interroge sur les avantages à long terme de la furtivité. Dans un article publié en juillet par le US Naval Institute, le commandant en chef de la US Navy, l’amiral Jonathan Greenert, a publiquement remis en question les avantages à long terme de la technologie furtive, comme celle utilisée dans le chasseur F-35, suggérant plutôt que des drones et d’autres solutions alternatives seraient la voie de l’avenir.

Les commentaires de l’amiral Jonathan Greenert contrastent avec les assertions du gouvernement conservateur selon lesquelles la furtivité serait une nécessité impérieuse pour les avions destinés à remplacer les CF-18.

L’amiral Greenert n’est pas n’importe quel analyste dont on peut écarter l’opinion du revers de la main. La biographie de Jonathan William « Jon » Greenert est impressionnante :  amiral de la Marine américaine, il est depuis septembre 2011 le Commandant des Forces navales américaines, la US Navy.  Il était auparavant le vice-chef des opérations navales et, avant cela, il a servi comme commandant, US Fleet Forces Command , vice-chef des opérations navales responsable de l’intégration des capacités et des ressources et commandant de la 7e Flotte américaine.

L’article, paru dans la revue du US Naval Institute, dont « La mission ( … ) est de fournir un forum indépendant pour ceux qui osent lire, penser, parler et écrire afin de faire avancer la compréhension professionnelle et scientifique de la puissance maritime et d’autres questions critiques pour la défense nationale », a pour titre « Payloads over platforms : charting a new course ».

Les limites de la furtivité

Il y est écrit, à propos des limites de la furtivité :

« L’augmentation rapide de la puissance de calcul des ordinateurs pave la voie à de nouveaux détecteurs et à des méthodes de détection qui feront que la furtivité et ses avantages seront de plus en plus difficiles à maintenir au-dessus et en dessous de l’eau. Tout d’abord,  les détecteurs vont commencer à contourner la furtivité des navires de surface et des aéronefs au moyen de deux mécanismes principaux:

• Ils fonctionneront à des fréquences électromagnétiques plus basses que ce que les technologies de furtivité peuvent parer

• La détection de la plate-forme furtive (l’aéronef ) se fera sous des angles sous lesquels la plate-forme a une plus grande signature.

Les forces américaines peuvent profiter de ces développements en employant des détecteurs à longue portée, des armes téléguidées, et des véhicules sans pilote au lieu d’utiliser seulement des plateformes furtives et des systèmes à courte portée pour atteindre les objectifs.

L’amiral ajoute aussi, plus loin dans l’article, que « L’amélioration du traitement informatique va produire de nouvelles techniques qui permettront de détecter les plates-formes furtives sur des aspects ciblés à partir desquelles elles ont des échos radar plus élevés. Plusieurs radars actifs, par exemple, peuvent combiner leurs travail grâce à un ordinateur de gestion de combat afin de détecter une partie de la  plateforme furtive, le côté, le dessous, ou l’arrière, et mettre en corrélation ces éléments pour détecter et attaquer la plate-forme furtive. De même, les récepteurs radar passifs peuvent capter l’énergie électromagnétique qui vient d’émetteurs comme le téléphone cellulaire ou des tours de la télévision et rebondit sur une plate-forme furtive à une variété d’angles. Avec un meilleur traitement dans le futur, ces signaux faibles et fragmentés peuvent être combinés pour créer de l’information permettant de détruire la plate-forme furtive.»

Pendant ce temps à Ottawa

Pendant ce temps, du côté d’Ottawa, on ne jure que par la furtivité.  Le Canada envisage l’utilisation de drones surtout pour la surveillance dans l’Arctique,  mais le F-35 est toujours considéré comme étant le premier cheval de bataille aérienne du Canada. au moins jusqu’en 2050. Le gouvernement conservateur a maintes fois vanté les capacités furtives de l’avion lorsqu’il s’agit d’expliquer pourquoi le F-35 était le seul aéronef qui répond aux exigences du Canada.

Le commandant de la US Navy, en principe un des principaux clients du F-35, n’annonce pas pour autant la fin de la furtivité et ne va pas jusqu’à dire que la furtivité serait devenue une illusion, mais, tout en faisant état des ses limites, souligne l’importance des investissements qu’exige la furtivité alors qu’il vaudrait peut-être mieux, dit-il,  prioriser d’autres méthodes et d’autres solutions, comme les drones ou d’autres solutions alternatives.

 

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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