Le colonel Bernard Ouellette réclame 6,2 M$ du ministère de la Défense pour diffamation

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Le colonel Bernard Ouellette en octobre 2009 en Haïti (Photo : caporal Shilo Adamson, Combat Camera)
Le colonel Bernard Ouellette en octobre 2009 en Haïti (Photo : caporal Shilo Adamson, Combat Camera)

Le colonel, démis il y a deux ans de son commandement de la force opérationnelle canadienne à Port-au-Prince, en Haïti, et de son poste de chef d’état-major de la mission de stabilisation des Nations Unies (MINUSTAH,)  au milieu d’allégations de relation inappropriée, a décidé de poursuivre le ministère de la Défense nationale et des collègues officiers pour diffamation.

Le colonel Bernard Ouellette tente d’obtenir réparation du ministère ainsi que de trois militaires, à l’époque ses subordonnés, qui l’avaient accusé en mars 2010 d’avoir couché avec un membre du personnel des Nations Unies dans les Balkans et, aussi, d’avoir « batifoler » avec elle à la piscine.

Les aventures amoureuses et les relations sexuelles sur un théâtre d’opérations sont interdites aux militaires en mission. Plusieurs membres du personnel sous les ordres du colonel Ouellette avaient à cette époque accusé le colonel d’avoir une liaison avec Vlora Merlaku, sa secrétaire à la MINUSTAH.

Les allégations

Un des accusateurs avait écrit « Il est un fait qu’elle [Vlora] dorme dans la même chambre avec le colonel Ouellette et qu’il n’y a qu’un seul lit dans la chambre». « Ils ont été vus marchant main dans la main; ce comportement n’est pas normal pour un patron et sa subordonnée  » pouvait on lire dans le message que cet officier avait envoyé à Ottawa.

Le colonel Ouellette a donc été démis de ses fonctions en Haïti fin juin 2010. Au moment de son éviction, le ministère de la Défense a déclaré aux journalistes qu’il avait été relevé de son commandement en raison de problèmes « moraux »  Un porte-parole du ministère avait ajouté que le colonel était objet d’une enquête et qu’il avait eu une relation inappropriée avec un membre du personnel des Nations Unies.

La réponse du colonel

Dans une plainte déposée plus tôt cette année en Cour supérieure d’Ontario, il nie toute malversation, expliquant qu’il avait accordé à Mme Merlaku  une chambre dans une résidence à la Maison du Canada  afin d’assurer sa sécurité dans les mois qui ont suivi le tremblement de terre dévastateur qui a frappé Haïti et tué près de 100 membres du personnel des Nations Unies en Haïti.

« Mme Merlaku avait sa propre résidence … Cependant, ce quartier (où était située la résidence) a été considéré comme dangereux et inhospitalier », affirme le colonel Ouellette dans sa déclaration. Il dit qu’il a permis alors à sa secrétaire de rester à la Maison du Canada pendant deux mois « pour des raisons de sécurité et de santé «  et qu’il a dormi, lui, dans son bureau ou ailleurs.

Le colonel Ouellette précise dans sa déclaration qu’il n’a jamais tenté de dissimuler ou de cacher cet arrangement. « J’ai été marié pendant 28 ans et je n’ai jamais trompé ma femme … J’ai agi de bonne foi et sans arrière-pensée. » a ajouté le colonel.

La poursuite

Le colonel Ouellette, 51 ans,  marié depuis 28 ans, réclame donc maintenant 6,2 millions de dollars de dommages et intérêts ainsi que des excuses.

Le colonel, qui demeure membre des Forces canadiennes,  soutient que le ministère de la Défense porte une lourde responsabilité, car c’est à tort qu’il l’a relevé de son commandement et déshonoré. Il se plaint en outre que le ministère ait entrepris un examen de son aptitude à continuer à servir, un processus,  dit-il,  «  de nature punitive et qui ne sert qu’à ternir encore [sa]réputation professionnelle. »

Il avait aussi déposé un grief sur son éviction au Comité des griefs des Forces canadiennes, qui, affirme le colonel,  lui a donné raison. Il cite donc aujourd’hui le président du Conseil, Bruno Hamel, qui recommande que l’armée revienne sur sa décision.  « Je suis choqué par la manière dont le plaignant a été traité », a dit M. Hamel, ajoutant qu’il était troublé par la décision des  supérieurs du  colonel Ouellette de le démettre de son poste si brusquement sur la base de ces allégations.

Les efforts du colonel Ouellette pour aider les secours en 2010 , après le tremblement de terre qui avait frappé Haïti, avaient été largement salués.

 

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

DiscussionUn commentaire

  1. Linda Quesnel

    Possible que ne saches pas tout sur son passé professionnel. Les hautes instances militaires n’ont pas l’habitude de suspendre un haut gradé pour rien.