Matériel militaire canadien à rapatrier d’Afghanistan : vol et chaos à Karachi

Conteneurs dans port de Karachi (Photo: gouv. Pakistan)

Conteneurs dans port de Karachi (Photo: gouv. Pakistan)

La presse canadienne et internationale rapportent que c’est le chaos sur le terrain au plus grand port maritime du Pakistan alors que les camionneurs, qui demandent toujours plus d’argent, et le vol de conteneurs compliquent encore davantage la situation des centaines de tonnes de matériel militaire canadien bloquées en Afghanistan, malgré l’ouverture de la frontière à la circulation des camions de l’OTAN après une fermeture de sept mois.

Les excuses de Mme Clinton

Islamabad a longtemps exigé que Washington lui présente des excuses pour le raid aérien qui a tué 24 soldats pakistanais, avant qu’il n’accepte de rouvrir ses routes à l’OTAN, fermées dans la colère après l’attaque des États-Unis.

Mardi 3 juillet,  la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a finalement cédé aux demandes du Pakistan et fait des excuses.

«Le ministre des Affaires étrangères Khar (du Pakistan) et moi avons reconnu les erreurs qui ont abouti à la perte de vies de militaires pakistanais», a déclaré Mme Clinton dans un communiqué.

«Nous sommes désolés pour les pertes subies par l’armée pakistanaise. Nous nous engageons à travailler en étroite collaboration avec le Pakistan et l’Afghanistan pour empêcher que cela ne se reproduise jamais.»

En conséquence, la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan est officiellement réouverte depuis le mercredi 4 juillet.

Le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta et le général Allen, commandant de la Force d’assistance internationale, ont tous deux salué la réouverture des routes.

Quel est le matériel canadien laissé «derrière»

Le matériel militaire canadien laissé là-bas après la mission de combat, qui a pris fin en décembre 2011, et qu’il faudrait rapatrier au Canada, comprend des pneus, des tentes, des barbelés, des chariots élévateurs à fourche, de l’équipement d’ingénierie et des pièces de rechange non essentielles.

Il s’agit donc de matériel de «basse priorité».

Le matériel de «haute priorité», lui, comme les véhicules blindés, armes et munitions, a déjà été retourné au Canada par avion.

Le transport du matériel de  «basse priorité»  dépend maintenant des camionneurs pakistanais, qui devront, avant tout, rattraper le retard dans le transport des 2 500 conteneurs à destination de l’Afghanistan, qui sont encore dans le port pakistanais de Karachi.

Le Canada n’est pas le seul pays dans ce cas: l’armée américaine, par exemple, a plus de 4 000 conteneurs «échoués» là-bas, et les Britanniques plus de 2 000.

L’état (chaotique) de la situation aujourd’hui

Le premier camion transportant des fournitures de l’OTAN a finalement franchi la frontière afghane en provenance du Pakistan le jeudi 5 juillet, mais 446 conteneurs maritimes de matériel des Forces canadiennes stockées à  Kaboul et à Kandahar ne pourront pas être déplacés de sitôt, selon la société embauché pour ce travail, A.J. maritime, une entreprise spécialisée dans ce genre de transport et dont le siège est sur la rue Victoria à Westmount (Montréal). La présidente de la société, Alda Rodrigues, a déclaré à la télévision nationale canadienne qu’il faudrait probablement des semaines ou un mois avant le matériel puisse commencer à être expédié au Canada.

De plus, sachant que la source de revenus que représente ce travail va bientôt se tarir avec la fin de la mission de l’OTAN en Afghanistan, les camionneurs exigent maintenant 25 pour cent de plus, ajoutant ainsi plusieurs milliers de dollars au coût de la récupération d’un conteneur en provenance d’Afghanistan.

En outre, a annoncé la CBC début juillet, un vol de conteneurs a été découvert une fois les conteneurs à Montréal (son contenu avait été remplacé par des roches et de sable). Le ministère de la Défense nationale confirme que divers matériels militaires ont été volés, tout en soulignant qu’il n’y avait pas d’armes, de munitions ou d’uniformes dans les conteneurs volés. Une enquête approfondie sur le vol est en cours. La présidente d’A. J. Maritime, Alda Rodrigues, a d’ailleurs déclaré à la CBC que le pillage est un problème très répandu dans les opérations de transport maritime.

Et, finalement,  il n’y a que quelques camions disponibles pour faire les 1500 km qui séparent Kaboul ou les 1 000 km qui séparent Kandahar, en Afghanistan, du port pakistanais de Karachi,  alors que les insurgés des deux côtés de la frontière se préparent à reprendre leurs attaques des convois de transport maintenant que la frontière est de nouveau ouverte.

L’attente pourrait être longue!