Détection des mines : faites fi de la technologie et fiez-vous aux rats

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Le rat africain géant est sociable et docile (Photo : U.S. Army Research Laboratory Public Affairs)
Le rat africain géant est sociable et docile (Photo : U.S. Army Research Laboratory Public Affairs)

Nicolas Laffont nous apprenait sur 45e Nord le 28 juillet dernier dans un article intitulé « Zaplight, un laser pour tous les éliminer » que l’agence Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC) avait mis sur pied le projet ZAPLIGHT, utilisant la technologie de laser femtoseconde pour « orienter diverses formes d’énergie et déjouer les menaces qui pèsent sur les véhicules terrestres ».

Aux États-Unis, le U.S.Army Research Laboratory, le Laboratoire de recherche de l’Armée américaine, pencherait plutôt, lui, pour le gentil rat africain géant, docile, sociable, qui peut être domestiqué et même devenir un agréable animal de compagnie.

Cette histoire de rat n’est pas une plaisanterie. Le Laboratoire de recherche de l’Armée américaine est une constituante du très sérieux U.S. Army Research Development and Engineering Command, le plus grand développeur de technologie de l’Armée américaine, avec pour mission d’assurer la domination de l’Armée des États-Unis en créant et en offrant des solutions technologiques novatrices aux militaires.

Il envisage plutôt l’utilisation de rats pour la détection de mines et d’engins explosifs.

Projet de formation des rats

Le Laboratoire de recherche de l’Armée américaine, en collaboration avec les ingénieurs de West Point et du Counter Explosives Hazards Center, cherche à savoir si  ces rongeurs pourraient être utilisés pour détecter des explosifs improvisés et des mines.

Le rat ne sera peut-être jamais le meilleur ami de l’homme, mais ce projet de recherche servira à de déterminer si et comment ces animaux peuvent être formés pour sauver la vie des soldats.

Micheline Strand, chef de la Division de la recherche de l’Armée, Bureau des sciences de la vie, qui gère le programme, a déclaré qu’en juillet l’entreprise Barron & Associates, de Charlottesville, en Virginie, qui se spécialise notamment dans les questions de santé pour l’aérospatiale militaire, avait été choisie pour développer et tester un boîtier robuste, automatisé et à faible -coût pour aider à former les rats à détecter les engins explosifs improvisés et les mines.

« Le système automatisé que nous développons est conçu pour former à peu de frais des rats pour détecter les explosifs enfouis pour résoudre un besoin immédiat pour l’Armée de déminage plus sûr et à moindre coût»,  a déclaré pour sa part William Gressick, ingénieur de recherche senior et chercheur principal du projet chez Barron & Associates, rapporte le site du laboratoire américain.

Un projet avec des applications civiles et militaires

« Au-delà de cette application, le système facilitera l’utilisation de rats dans d’autres tâches de recherche telles que la sécurité intérieure et la recherche et le sauvetage. À long terme,  le système est susceptible d’être avantageux pour les organisations officielles et pour les organisations humanitaires. » a aussi déclaré William Gressik.

« Si nous pouvons démontrer que les rats peuvent être formés à peu de frais pour être des détecteurs fiables, cette méthode (…) permettrait également de créer de nouvelles opportunités pour l’utilisation d’animaux pour détecter des êtres humains ensevelis sous les décombres d’un tremblement de terre », a ajouté quant à elle Micheline Strand.

Il est bien établi que les animaux sont capables d’identifier des explosifs à des concentrations inférieures aux systèmes abiotiques (aux systèmes n’impliquant aucun être vivant). Le ministère de la Défense se repose actuellement sur les chiens comme animal de choix pour la détection des explosifs. L’objectif de ce programme n’est toutefois pas de remplacer l’utilisation de chiens, mais d’étendre les capacités de détection de l’armée.

« La formation des chiens est très coûteuse. Si nous pouvons réduire considérablement le coût de dressage d’un animal, nous pourrions alors fournir plus d’animaux pour protéger les soldats », souligne enfin Mme Strand.

L’entraînement des rats permettrait également de créer de nouvelles opportunités; les rats peuvent faire des recherches dans des espaces plus petits que ne le peuvent les chiens et sont plus faciles à transporter.

Un enjeu de taille

L’enjeu est de taille : les mines terrestres tuent entre 15.000 et 20.000 personnes par an, et continuent à tuer les adultes et les enfants des décennies après la fin des conflits. Un système automatisé pour former des rats pour trouver des mines pourrait accélérer les efforts mondiaux pour nettoyer les zones minées et rendre les terres minées à l’agriculture ou à d’autres utilisations productives.

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ZAPLIGHT: un laser pour tous les éliminer

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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