Eau contaminée: victimes secourues aux États-Unis, le combat continue au Canada!

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Mike Partain, né à Camp Lejeune et qui a survécu à un cancer, et le sergent à la retraite Jerry Ensminger, dont la fille est décédée de leucémie à 9 ans, derrière le président lors de la signature de la loi d’aide aux victimes de la contamination (Photo : Project on government oversight)
Mike Partain, né à Camp Lejeune et qui a survécu à un cancer, et le sergent à la retraite Jerry Ensminger, dont la fille est décédée de leucémie à 9 ans, derrière le président lors de la signature de la loi d’aide aux victimes de la contamination (Photo : Project on government oversight)

Autre pays, autres mœurs : alors que le combat se poursuit au Canada, aux États-Unis, le président Obama a promulgué le 7 août une loi qui permettra de fournir des soins de santé aux personnes exposées à l’eau contaminée lorsqu’elles vivaient à la base des Marines du Camp Lejeune en Caroline du Nord, sans qu’elles aient à établir un lien de causalité formel entre le cancer et la contamination de l’eau. La loi est désignée sous le nom de Janey Ensminger Act, du nom de la fillette de 9 ans décédée de leucémie alors qu’elle vivait sur la base du Camp Lejeune.

Camp Lejeune

De 1957 jusqu’en 1987, près d’un million Marines, les membres de leur famille, et les civils ont bu et se sont baignés dans de l’eau provenant de puits contaminés par des dizaines de substances cancérigènes. Un solvant chloré, le trichloréthylène (TCE), le même qu’à Shannon, près de la base de Valcartier, au Québec, était présent au Camp Lejeune à des taux dépassant jusqu’à 280 fois la limite légale et a été reliée à plusieurs types de cancer.

Des documents montrent que les responsables des Marines, comme les Canadiens, ont été lents à réagir quand des tests dans les années 1980 ont révélé des niveaux plus élevés que les niveaux normaux de contaminants dans les eaux souterraines, probablement causés par des fuites de carburant et de produits de nettoyage.

Un lien de causalité formel entre les cancers et la contamination de l’eau n’a toutefois pas davantage été établi dans le cas de Camp Lejeune que dans celui de la contamination de la nappe phréatique à Shannon.

Shannon

Dans le cas de Shannon, le juge Bernard Godbout de la Cour supérieure du Québec rendait en juin dernier sa décision dans le dossier du recours collectif déposé au nom des résidents de la municipalité de Shannon. Le juge avait alors entériné la position du gouvernement du Canada selon laquelle les preuves n’ont pas permis d’établir de lien de cause à effet entre les problèmes de santé allégués par les participants au recours collectif et l’exposition au TCE.

Le juge avait toutefois accordé dans le cas de 160 résidences une compensation financière forfaitaire allant jusqu’à 15 000 $ aux adultes dont la résidence a été raccordée au réseau d’aqueduc de la municipalité de Shannon entre le 21 décembre 2000 et le 31 décembre 2001.

Cette compensation était sans aucune commune mesure avec ce que réclamait la représentante du recours collectif contre le gouvernement. Marie-Paule Spieser, réclamait 200 millions de dollars pour 600 résidents qui ont développé des cancers et 3 000 personnes qui ont vécu sur la base militaire de Valcartier, dans cette affaire de contamination de la nappe phréatique.

L’avocat au recours collectif, Me Charles Veilleux, a depuis déposé un avis pour porter la décision en appel.

États-Unis : le lien formel de cause à effet n’est plus nécessaire

Mais voilà qu’avec cette loi que vient de sanctionner le président Obama, l’établissement formel d’un tel lien ne sera plus nécessaire aux États-Unis:

les Marines et les membres de leur famille qui ont vécu ou servis à Lejeune pendant au moins 30 jours entre 1957 et 1987 n’ont pas besoin de prouver un lien entre leurs maladies et l’eau contaminée pour être admissibles à la couverture des soins de santé pour les maladies suivantes reliées aux contaminants: cancer œsophagien, le cancer du poumon, cancer du sein, le cancer de la vessie, le cancer du rein , la leucémie, myélome multiple, les syndromes myélodysplasiques, toxicité rénale, une stéatose hépatique, l’infertilité féminine, fausses couches, la sclérodermie, les effets neurocomportementaux et le lymphome non-hodgkinien.

Réactions à la nouvelle loi

Le Corps des Marines et la Marine américaine, sans assumer l’entière responsabilité de la contamination mortelle, ont pourtant publié une déclaration disant qu’ils sont heureux de cette loi.

« Après une bataille longue et acharnée pour la vérité et la justice, ceux qui ont souffert auront enfin un peu de répit et de soins » a déclaré Angela Canterbury, directrice de POGO. (Fondé en 1981, le projet sur la surveillance du gouvernement (POGO) est un chien de garde indépendant non partisan).

« Je suis encore sous le choc » a déclaré pour sa part à un journal américain Mike Partain, un survivant du cancer du sein né à Camp Lejeune. « Nous avons lutté pour la justice pendant si longtemps-la lutte contre le rouleau compresseur de la Marine. Ils auraient dû nous a écraser il y a longtemps».

« Je crois que tous les Américains pensent que nous avons un devoir moral, un devoir sacré envers nos hommes et nos femmes en uniforme», avait affirmé le président Obama lors d’une cérémonie de signature au Bureau ovale.

Pendant ce temps au Canada…

Pendant ce temps, au Canada, une porte-parole du ministère de la Défense, Kathleen Guillot , a déclaré à 45eNord le 17 août que le ministère ne connaissait pas, au moment de notre appel, tous les détails de la loi Janey Ensminger qui a été promulguée par le président Obama le 7 août et que le ministère aurait besoin de temps pour l’étudier. On ne sait donc pas pour l’instant si cela pourrait conduire à une analyse comparative des cas de Shannon et de Camp Lejeune.

Entre temps, à Québec, appelé à commenter ce nouveau développement,  l’avocat du Regroupement des Citoyens de Shannon, Me Charles Veilleux, déclarait à 45eNord « Je ne comprends pas. Vous voyez, la vérité finira par sortir, mais après moi. Un jour, on entendra le ministère faire ce commentaire aux personnes décédées « Désolés, on ne savait pas ».

Il faudra probablement au Canada, comme ce fut le cas aux États-Unis, que le législateur s’en mêle, croit-t-il. «Tout comme il y a eu aux États-Unis un comité sénatorial, il faudrait au Canada une enquête d’un comité parlementaire », d’ajouter Me Veilleux.

 

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Discussion2 commentaires

  1. J’espère que la loi qu’a sanctionnée le président Obama aura des répercussions; peut-être une enquête d’un comité parlementaire comme l’a proposé Me Veilleux. Merci pour cet article bien documenté.

  2. Pourquoi attendre pour nous dédommager de tout les problèmes
    que nous avons subi ma fille de 16 ans est décédé et je suis
    malade aussi le stress vécu et la maladie ce n’est pas important
    mais non savent-il la douleur subi je crois qu’ils ne peuvent se
    l’imaginer la maison ou nous demeurions est encore aujourd’hui
    contaminée par des produits toxiques que veulent ils t’il de plus
    J’espère qu’il prendront l’exemple des Etats-Unis