Dans l’Arctique, sans sous-marins le Canada serait aveugle

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Le Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) VICTORIA (SSK 876) quitte la base interarmées Pearl Harbor-Hickam, à Honolulu (Hawaï), le 16 juillet 2012 (Photo des Forces canadiennes : Jacek Szymanski, Marine royale canadienne)
Le Navire canadien de Sa Majesté VICTORIA (SSK 876) quitte la base interarmées Pearl Harbor-Hickam, à Honolulu (Hawaï), le 16 juillet 2012 (Photo: Jacek Szymanski, Marine royale canadienne)

Les nations sont tenues de s’aviser l’une l’autre lorsque leurs sous-marins opèrent dans les eaux territoriales des autres. Donc, alors que la souveraineté dans l’Arctique est un élément-clé de la politique du gouvernement Harper, renoncer aux sous-marins laisserait le Canada aveugle dans l’Arctique. C’est du moins ce qu’affirme le Professeur Danford W. Middlemiss de l’Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse, dont la Presse canadienne rapporte les propos sur l’avenir de nos sous-marins.

Danford W. Middlemiss a fait ses études à l’Université de Toronto (BA: 1967; MA: 1968; doctorat: 1976). De 1987 à 1993, et de nouveau de 2005 à 2008 il a servi comme directeur du Centre for Foreign Policy Studies de l’Université Dalhousie. Il est actuellement directeur par intérim du Centre.

Il a aussi témoigné à plusieurs reprises devant divers comités parlementaires sur les aspects maritimes et de la défense canadienne et la politique en matière de sécurité.

Nous faut-il vraiment des sous-marins?

Général Walter Natynczyk: Oui

« Les sous-marins sont la plate-forme furtive ultime, capable de fonctionner dans les zones où la mer et le contrôle de l’air n’est pas assurée, et d’accéder à des zones interdites à d’autres forces », avait déclaré en mai 2011, Walter Natynczyk, chef d’État-major de la Défense.

« Une force sous-marine est capable de créer de l’incertitude; contrer des sous-marins est difficile, coûteux et ne peut pas être garantie. »

Investir dans les sous-marins est prudent parce qu’« en cas de tensions mondiales,ces actifs (les sous-marins) relativement bon marché vont contrer la projection de puissance  et entraver la liberté de mouvement et d’action (de l’ennemi). »

Vice-amiral Maddison: Oui

Commandant en chef de la Marine, le vice-amiral Paul Maddison, lors d’une comparution devant un comité du Sénat plus tôt cette année, a affirmé :

« En termes de surveillance de nos approches maritimes et de protection de notre souveraineté, je considère comme critique une force sous-marine. ( …) Pour un pays du G8, un pays de l’OTAN comme le Canada, un pays qui est un leader au niveau international ( …)je considèrerais la perte comme critique la perte de sa force sous-marine critique. »

Mais, pour le gouvernement Harper, la question serait plutôt quand et à quel prix.

Remplacer nos vieux sous-marins, quand et à quel prix?

« J’envisage de commencer une discussion à propos d’une nouvelle génération de sous-marins au cours des trois ou quatre prochaines années … pour s’assurer qu’il n’y ait pas de hiatus dans notre capacité sous-marine, comme celui auquel nous avons été confrontés dans les années 1990. » a dit Paul Maddison. Toutefois, le vice-amiral Maddison, n’envisage pas de remplacer les quatre sous-marins existants, acquis auprès de la Royal Navy en 1998, avant la fin des années 2020.

Mais il pourrait être nécessaire de les remplacer plus tôt que cela. Il faudra voir si les ingénieurs peuvent réussissent à prolonger la durée de vie du NCSM Victoria,  du Windsor, du Corner Brook et du Chicoutimi, qui ont déjà près de 20 ans.

Cette évaluation est toujours en cours, a déclaré le Professeur Middlemiss. « Je pense qu’il y a une épée de Damoclès au dessus de la tête des sous-marins à l’heure actuelle. (…) D’autres projets, tels que les navires d’approvisionnement et les navires de patrouille arctiques, ont été reportés à plus tard dans la décennie, et plusieurs s’attendent à plus de coupes et de report pur et simple à venir  » a ajouté Danford Middlemiss.

Chris McClusky, un porte-parole du nouveau ministre adjoint de la Défense, Bernard Valcourt,  a déclaré pour sa part qu’« il n’y a pas de plan pour remplacer la flotte diesel-électrique achetée par les libéraux. »

Conclusion

M. Middlemiss a déclaré, comme nous l’écrivions au début de cet article, que renoncer à la force sous-marine  laisserait le Canada aveugle dans l’Arctique puisque les nations sont tenues de s’aviser l’une l’autre lorsque leurs sous-marins opèrent près des eaux territoriales des autres nations.

« Les sous-marins actuels sont, en dépit de la mauvaise presse, incroyablement utiles et seront aussi utiles, voire même plus, au moment où les changements climatiques feront des ravages dans l’Arctique», affirme-t-il.

Il souligne que l’image traditionnelle datant de la Seconde Guerre mondiale qu’on a de l’utilisation des sous-marins a été « affinée ».

Au lieu de ne servir qu’à torpiller les navires ennemis,  les sous-marins sont désormais plus utiles pour la surveillance du littoral et le renseignement, ainsi que le lancement de missiles guidés sur des cibles terrestres, comme on a pu le voir avec les sous-marins américains et britanniques durant l’intervention multinationale de 2011 en Libye.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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