Mission de souveraineté en Arctique pour 2 brise-glaces russes

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Le navire de recherche russe Akademik Fyodorov  (Photo: Wiki)
Le navire de recherche russe Akademik Fyodorov (Photo: Wiki)

L’agence russe d’information internationale RIA Novosti, qui est sous la tutelle du ministère de la Presse et de l’Information de Russie, annonce que le brise-glace électrique russe Kapitan Darnitsyn a quitté vendredi 3 août, le port de Mourmansk pour se diriger vers l’océan Arctique.

Le but de cette expédition est de trouver des preuves étayant les revendications territoriales russes sur une crête située dans l’océan Arctique.

Samedi, le 4 août, le navire devait atteindre Kirkenes, en Norvège, où l’attendait un autre brise-glace russe, le Dikson, et, le 6 août, les deux vaisseaux se dirigeront ensemble vers l’océan Arctique.

Ils exploreront alors les limites des hautes latitudes de Mendeleev.

La dorsale de Mendeleev est une large dorsale de l’océan Arctique qui s’étend du plateau continental sibérien jusqu’aux zones centrales de l’océan. Elle est, avec la dorsale de Lomonossov, la base de la revendication des Russes sur l’extension de la limite de son plateau continental jusqu’au pôle Nord.

Si les recherches établissent que la crête est la continuation du plateau continental de la Russie, les Russes obtiendront alors la priorité dans le développement de ses ressources naturelles.

L’expédition devrait durer environ deux mois. Le Kapitan Dranitsyn établira la cartographie du fond marin pendant que le Dikson recueillera des données sismiques et mènera des recherches géologiques et géophysiques.

Depuis plusieurs années déjà, les Russes utilisent dans l’Arctique le navire de recherche Akademik Fyodorov, assisté par des brise-glaces nucléaires. La Russie avait mené en 2010 une première expédition avec une mission similaire à celle du Kapitan Dranitsyn et du Dikson, mais c’est la  première fois que la Russie utilise des brise-glace diesels-électriques pour ce genre de missions.

Le Canada n’a pas trop à s’inquiéter

Une note interne du ministère canadien de la Défense datée du 29 juillet 2011, destinée au ministre Peter MacKay et à son ancien ministre associé, Julian Fantino, indiquait toutefois que le Canada ne s’inquiétait pas outre-mesure des visées de la Russie: «Bien que plusieurs observateurs aient dit dans les médias que les gestes de la Russie peuvent être perçus comme étant provocateurs dans la région de l’Arctique, il n’y a pas lieu de s’inquiéter encore. […] Il ne fait aucun doute que le potentiel économique de l’Arctique est l’une des raisons qui motivent les calculs de Moscou. Toutefois, l’environnement difficile et les longues distances rendent l’exploitation [des ressources]dans le Grand Nord extrêmement coûteuse ».

Le Pr. Stéphane Roussel, titulaire de la chaire de recherche du Canada en politique et défense étrangère canadiennes de l’UQAM, avait alors déclaré à 45e Nord que la menace russe était « le croquemitaine » du Canada qui serait d’ailleurs le pays qui a la politique arctique la plus agressive.

Le Canada n’est pas en reste

Depuis que Stephen Harper est premier ministre du pays, l’Arctique n’aura jamais autant compté. Les Russes sont très actifs mais le Canada aussi: le gouvernement fédéral agit de façon à assurer et renforcer la souveraineté canadienne, quand et où cela est nécessaire : Ian Trites, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, avait indiqué à 45e Nord en avril 2012 que le Canada prévoit pour sa part soumettre son dossier pour déterminer exactement sa frontière arctique à la Commission des limites du plateau continental en décembre 2013. Le pays avait 10 ans pour fournir la documentation et l’échéance est… décembre 2013. Toutes les données recueillies pendant cette décennie sont en cours d’analyse et d’interprétation.

Un conflit, oui, mais «civilisé »…

Par contre, plusieurs accords et traités de coopération dans l’Arctique entre le Canada et la Russie sont là pour rappeler que les relations entre les deux pays ne sont pas aussi tendues que l’on serait porté à le croire.

Rien à voir avec le bras-de-fer dans la région Asie-Pacifique avec la Chine, qui a poussé l’audace en juillet de cette année jusqu’à occuper des îles dont la souveraineté est disputée.  Le règlement des questions de souveraineté dans l’Arctique se fait de façon beaucoup plus… « civilisée » et passe par la Commission des limites du plateau continental  des Nations Unies, dont des pays comme le Canada et la Russie reconnaissent l’autorité.

 

À lire aussi :

La dépêche (en anglais) de l’agence russe RiaNovosti

et, sur 45e Nord:

Le Ministère de la Défense pas inquiet de la menace russe

L’Arctique, tu l’aimes ou tu le quittes!

Défi chinois: d’un côté, on ne peut pas gagner, de l’autre…on perd!

 

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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