F-35: Lockheed se prend deux gifles, l’une de Boeing, l’autre du Pentagone

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Un F-35 se trouve ici en montage final (Photo: Lockheed Martin)

Le programme du F-35 de a été durement attaqué en septembre et son constructeur, Lockheed Martin, en a « pris pour son rhume.»

Le nouveau responsable au ministère américain de la Défense du programme du chasseur F-35, le major-général Christopher Bogdan, a déclaré que la relation de son bureau avec le constructeur de l’avion est « la pire que j’ai jamais vu. », la décrivant comme une relation pourrie et « un partenariat dans la mauvaise gestion du programme d’armement le plus coûteux du Pentagone »

Et Boeing en a remis une couche, avec le président de Boeing Military Aircraft qui raille les nombreux retards dans le programme de son concurrent, tout en soulignant qu’en cette période de restrictions budgétaires, la furtivité n’est pas tout.

Le major-général Bogdan, responsable du programme au Pentagone

Le nouveau chef du programme Joint Strike Fighter au Pentagone a fait part de sa frustration le 17 septembre à la conférence annuelle de l‘Air Force Association à National Harbor, dans le Maryland, une organisation à but non lucratif qui fait la promotion de l’éducation en aéronautique civile. Le major-général s’adressait à un public de plusieurs centaines de personnes, dont des représentants des partenaires étrangers, des alliés, des représentants de l’industrie et des militaires.

« Aujourd’hui, je vais gérer ce programme comme s’il n’y avait pas plus de temps et plus d’argent. » a-t-il déclaré à cette occasion.

Les deux maillons faibles, le casque et les logiciels

Pour Christopher Bogdan, les deux maillons les plus faibles du programme — en dehors de la relation pourrie entre le Pentagone et Lockheed — sont clairement le casque du pilote et les « 10 millions de lignes de logiciel. »

Le major-général a appelé le F-35 un « logiciel volant » : « Nous avons un très grand nombre de logiciels dans ce programme. Cela me fait peur. », a-t-il dit, ajoutant que le développement de logiciels est en retard de 90 à 120 jours et pourra augmenter au fur et à mesure que la complexité s’accroît. « Le logiciel est un risque énorme, et nous devons faire des affaires un peu différemment », a-t-il conclu.

En outre, « Vous ne pouvez pas faire voler cet avion sans casque ». « Vous ne pouvez pas aller à la guerre, sauf si vous avez un casque qui fonctionne … Aujourd’hui, nous avons un casque qui fonctionne d’une manière rudimentaire. », a déclaré Bogdan.

Et les Marines, qui visent la capacité opérationnelle initiale en 2015, auraient du mal à voler avec le casque actuel. «À long terme, je pense que nous allons y arriver avec le casque », a-t-il ajouté, mais il a indiqué clairement que les Marines peuvent rencontrer des difficultés de vol avec l’actuel.

BAE travaille sur un casque de rechange. « Nous sommes encore à évaluer la rapidité avec laquelle on peut obtenir le casque de rechange », a-t-il affirmé, ajoutant qu’ils auraient une réponse dans les 90 à 120 jours.

Bogdan a déclaré finalement qu’il souhaitait voir s’améliorer le calendrier et la qualité du produit qui sort de la chaîne de montage.

Boeing attaque

Pendant ce temps, Boeing a repris sa campagne de dénigrement du F-35 de son concurrent Lockheed Martin et la promotion de ses F-18 combattants d’aujourd’hui, tout en notant la baisse des budgets de défense et à l’étranger.

« Le F-35 continue de retarder, et retarder, et retarder … », a déclaré Christopher Chadwick, président de Boeing Military Aircraft devant un groupe de journalistes au siège de Boeing Défense et sécurité à St-Louis la semaine du 15 septembre, ajoutant que la furtivité n’est pas tout.

Chadwick a situé sa critique du F-35 Joint Strike Fighter dans un contexte plus large: «Il y a un rééquilibrage que nous voyons de l’équilibre entre les besoins sociaux et la défense. Et cela signifie, tout simplement, la baisse des budgets de défense, tant aux États-Unis et en Europe.»

Dans un « appel du pied » aux partisans de F-18 dans la Marine, Chadwick a lancé cette flèche: «Avec le F-35 qui continue d’avoir des difficultés techniques et continue à glisser vers la droite, ils doivent s’assurer qu’ils ont la bonne solution pour les hommes et les femmes qui affronteront le danger.  »

Lockheed répond

« Nous sommes d’accord avec le major général Bogdan qu’il faut que chacun soit pleinement engagés à réussir», a déclaré Michael Rein, un porte-parole du programme du F-35 de Lockheed Martin. « Nous restons déterminés à poursuivre notre travail pour relever les défis du programme et profiter de l’élan et du succès que nous avons obtenu au cours des deux dernières années. »

Le programme de 395,7 milliards de dollars US d’acquisition des F-35 a été l’objet de vives critiques depuis des années pour ses hausses de coûts. L’estimation de 395,7 milliards de dollars US a connu une augmentation de 70 pour cent par rapport au 233 milliards projetés à la fin 2001, lorsque le développement a commencé, après ajustement pour l’inflation et, ici au Canada, le vérificateur général Michael Ferguson avait accusé le gouvernement Harper d’avoir trompé la population et d’avoir sous-estimé les coûts d’acquisition du chasseur.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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