La coalition arrête la formation de recrues afghanes pour revérifier leurs antécédents

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En mai 2011, le premier-ministre Harper discute de la mission de formation en Afghanistan (Photo: PMO office)
En mai 2011, le premier-ministre Harper discute de la mission de formation en Afghanistan (Photo: PMO office)

La coalition veut revérifier les antécédents de certains groupes de soldats et de policiers afghans, tout particulièrement les nouvelles recrues, pour essayer d’éliminer les infiltrés ou les nouvelles recrues qui pourraient présenter des risques pour les troupes de la coalition qui travaillent avec eux. Cette mesure a été rendu nécessaire par la vague d’attentats et d’assassinats par des soldats et des policiers afghans sur leurs partenaires de la coalition, ont indiqué les responsables militaires dimanche le 2 septembre.

Revérifier en priorité les Forces spéciales et la police afghanes

Ont été visés prioritairement par ces mesures les 8 000 membres des commandos et les 3 000 membres des Forces spéciales afghanes qui travaillent avec les soldats américains des Opérations spéciales ainsi que les 16 300 membres de la police nationale afghane et des unités spéciales, en tout environ 27 000 personnes.

Pendant ce temps, l’entraînement de 1 000 nouvelles recrues de la police « locale » afghane a été suspendu. La décision de suspendre la formation de ces nouvelles recrues a été prise par le major-général américain Raymond Thomas III, commandant des Forces spéciales américaines en Afghanistan.

Le général Thomas a discuté de son plan avec son patron – le général John. R. Allen, du Corps des Marines, le commandant des troupes américaines et de l’OTAN en Afghanistan, qui a appuyé cette décision et  informé alors le ministère afghan de l’Intérieur.

La première étape de ce processus de revérification des antécédents avait commencé le 22 août dernier. Les antécédents des soldats des Opérations spéciales afghanes ont alors été revérifiés et l’entraînement a pu reprendre depuis.

Les antécédents des 16 300 membres de la police afghane seront donc revérifiés eux aussi. C’est un travail pourrait bien prendre jusqu’à deux mois. Pendant ce temps, même si l’entraînement de nouvelles recrues a été suspendu, les afghans déjà recrutés et entraînés poursuivent leur travail pendant qu’on revérifie leurs antécédents.

D’autres mesures seront nécessaires

Un porte-parole du commandement militaire américain à Kaboul, le colonel Thomas Collins, déclarait à la presse américaine le 2 septembre que l’armée afghane a aussi mis en œuvre un certain nombre de nouvelles mesures pour contrer ces attaques, y compris l’établissement d’un système de signalement anonyme pour les soldats leur permettant de signaler toute activité suspecte, l’augmentation de la présence d’équipes de contre-espionnage afghans au sein des troupes afghanes, l’interdiction de  la vente d’uniformes dont se servent les infiltrés pour se faire passer pour des soldats.

De plus, à l’avenir, les soldats et policiers afghans seront aussi revérifiés à leur retour de permission ou de vacances.

Conséquences sur le processus de transition

Cette revérification des antécédents ne touche pour l’instant qu’une partie des forces afghanes mais elle montre bien comment ces attaques ont le potentiel de faire dérailler le processus de transition, le transfert des forces de la coalition aux autorités afghanes de la responsabilité du maintien de la sécurité. Ce transfert est essentiel à la stratégie de retrait de la coalition internationale en 2014.

Alors que le processus de vérification est déjà amorcée, nombre de stagiaires ont déjà été suspendus ou exclus des forces de sécurité.  De plus,  350 000 soldats et policiers afghans sont encore formés et travaillent toujours sur le terrain avec leurs homologues de la coalition. À terme, la  coalition internationale devra peut-être en arriver à vérifier les antécédents de l’ensemble de ces 350 000 membres de l’armée et de la police afghanes.

D’autres perturbations de la mission de formation sont donc à prévoir qui pourraient compromettre ou ralentir le bon déroulement du processus de transition.

Pendant ce temps, les soldats américains doivent maintenant garder leurs armes sur eux en tout temps dans leur base quand ils doivent côtoyer des Afghans et la suspicion règne chez ceux qui doivent travailler avec les Afghans.

Les Canadiens , pas touchés par cette décision pour l’instant

900 membres des Forces armées canadiennes travaillent principalement autour de Kaboul, et il y a  aussi une petite équipe dans le nord, près de Mazar-e-Charif, qui travaille à la formation des membres de l’armée nationale et de la police nationale.

Les soldats canadiens, contrairement à leurs homologues américains n’ont pas reçu l’ordre de porter leurs armes en tout temps dans leurs bases.

Le programme de l’OTAN visant à améliorer  l’Armée nationale afghane et la Police nationale afghane  en vertu duquel le Canada travaille n’est d’ailleurs pas touché par la récente mesure de la coalition, a précisé le 2 septembre dans un communiqué le lieutenant-général Adrian Bradshaw, commandant adjoint de la Force internationale d’assistance.

Les Canadiens ne semblent pas aussi inquiets que les autres membres de la coalition: le  numéro deux du contingent canadien en Afghanistan, le colonel Greg Smith, a déclaré récemment à un quotidien montréalais que le «sens de l’humour bien connu» et «l’auto-ironie» des Canadiens les rendaient moins envahissants aux yeux des Afghans. Une porte-parole des forces canadiennes a déclaré pour sa part au journaliste de ce quotidien que les efforts des soldats canadiens pour «comprendre les particularités culturelles réduisent le risque de griefs et de malentendus».

Un autre porte-parole du ministère canadien de la Défense nationale, le lieutenant-colonel Chris Lemay, a déclaré «Nous ne le nions pas , il y a toujours un risque. Mais le processus de sélection des membres de  l’Armée nationale afghane et la Police nationale afghane, a été beaucoup amélioré ». « Donc, pour nous, nous restons conscients du risque, mais aucun de nos Canadiens n’a été la cible d’un de ces attentats» de conclure le lieutenant-colonel Lemay.

Rappel et mise à jour du bilan du mois d’août

Au total, au moins 15 membres de la coalition internationale ont été tués au mois d’août par des Afghans qui travaillaient en étroite collaboration avec eux. Au cours de l’année, nous en sommes maintenant à au moins 45 soldats occidentaux, pour la plupart des Américains, tués lors de ces attaques.

Ce sont les Américains des forces d’opérations spéciales qui ont subi les attaques les plus dévastatrices.

Le 17 août, deux membres des forces spéciales américaines ont été tués par une nouvelle recrue de la police afghane locale enformation à un petit avant-poste dans la province de Farah dans l’ouest de l’Afghanistan. L’attaquant tourna son arme contre les Américains après avoir terminé une session de formation.

Un autre Américain membre des forces spéciales a été blessé et une recrue de la police afghane a été tué dans la fusillade.

Une semaine plus tôt, trois Marines des  Special Operations ont été tués lors d’une rencontre avec la police locale par un Afghan portant un uniforme de la police nationale à Sangin, un district de la province de Helmand, dans le nord-est.

 

Lire (en anglais) le communiqué du Lieutenant –général Adrian Bradshaw, commandant adjoint de la Force internationale >>

Voir aussi :

33 attaques et 42 morts par des partenaires afghans, et l’année n’est pas finie >>

Attaques de soldats de la Coalition par leurs partenaires afghans en hausse >>

 

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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