Quand les médias sociaux s’en mêlent !

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Les Talibans s’inscriraient sur Facebook en tant que jolies jeunes femmes afin de devenir « amis » avec des soldats de la coalition (Photo: montage de Raymonde Thériault)

La distance qui sépare le militaire de sa famille lors d’un déploiement représente un défi important tout au long de la mission. La plupart des militaires acceptent ce challenge, mais pas sans crainte. Heureusement, les nouvelles technologies sont bien mises à contribution  et la situation des militaires éloignés meilleure si on la compare à celle des années 90 ou du début des années 2000.

Lors de déploiements, les militaires ont souvent accès à un téléphone et à l’Internet pour garder le contact avec leur famille. Évidemment, lorsqu’on parle d’Internet, on parle surtout du courriel, de Facebook ou d’autres médias sociaux. Mais l’utilisation des médias sociaux n’est pas sans danger …

Des talibans aux belles jambes

Les médias australiens annonçaient cette semaine que certains militaires australiens déployés en Afghanistan acceptaient d’être amis avec des filles jolies et bien agréables à regarder, du moins si on fiait à leurs photos sur Facebook. Mais ces personnes derrière l’écran ne sont pas des belles filles… mais plutôt des talibans qui, par ce subterfuge, tentent d’obtenir le plus d’information possible sur les militaires et les opérations stratégiques qui sont en territoire de combat.

La Défense nationale australienne a émis cette semaine quelques recommandations aux militaires pour qu’ils soient en mesure de mieux protéger leurs informations perso sur Facebook, mais également pour ne pas qu’ils dévoilent dans leur communications sur Facebook des informations qui pourraient nuire aux opérations stratégiques. Ces règles de base sont extraites du rapport sur les médias sociaux de la Défense nationale australienne (ici, il fait 369 pages). Le temps où l’on pouvait simplement s’en remettre aux paramètres de sécurité est dépassé, il faut aussi être plus prudent quant au contenu des communications.

Lors de l’écriture d’un statut, on ne devrait pas être capable d’identifier le rang, l’unité d’appartenance, ni d’information précise sur la région où se trouve le militaire. Il est également très important de vérifier l’arrière-plan des photos qu’on publie sur les médias sociaux. Le rapport dit également de se méfier des faux profils d’étrangers qui vous font une demande d’ami et qui voudraient obtenir plus d’informations stratégiques et finalement, de se méfier des médias.

Un système de géolocalisation dangereux

Il faut aussi éteindre le GPS des téléphones intelligents, de l’ iPod, des caméras et de Facebook sur l’ordi. Sinon, lors de la prise de photo, le système de GPS localisera exactement où vous êtes et les données pourront être recueillies et vendues à n’importe qui. Selon quelques sources, c’est ce qui serait arrivé en 2011 avec un militaire américain. Ce dernier a pris des photos de plusieurs endroits à l’intérieur de sa FOB (base d’opération avancée). Ses photos se sont alors retrouvées aux mains des insurgés et, quelques heures à peine après la prise des photos, les talibans attaquaient la base pendant plusieurs heures, mettant ainsi la vie de plusieurs personnes en danger.

Le secret du succès, c’est de ne pas révéler le secret!

Le ministère de la Défense français a voulu lui aussi sensibiliser ses militaires à ce problème en montant un PowerPoint (ici, il fait 20 pages), le guide du bon usage des médias sociaux (avril 2012), expliquant les risques et conséquences que peuvent avoir les médias sociaux s’il sont mal utilisés.

En février 2011, un soldat français écrivait sur Facebook : « Fais chier ce départ en Libye. », alors que l’annonce de l’offensive contre le dictateur Kadhafi n’était pas encore officielle.

D’autres recommandations de l’armée française, celle de bien faire comprendre à la famille et aux amis que ce qu’ils écrivent sur leur page Facebook peut également avoir des conséquences. Par exemple : « Mon conjoint part dans trois jours de Kandahar et va arrêter à (tel place) en revenant, le chanceux!! » La plupart des militaires reçoivent une formation ou au moins des directives, tandis que la famille et les amis eux, sont laissés à eux-mêmes.

Certains militaires ne pensent pas aux conséquences qu’un simple statut peut avoir. Le Figaro mentionnait, en 2010, qu’un militaire israélien avait publié des détails sur une opération secrète de son unité dans un village palestinien à laquelle il devait participer: « Mercredi, on va nettoyer [le village de]Qatand et jeudi si Dieu le veut, on rentre à la maison. » a écrit un artilleur de Tsahal. Ce sont ses camarades qui ont averti leurs supérieurs, qui eux, ont annulé l’opération. Un autre militaire israélien aurait été arrêté et emprisonné pour avoir pris des photos de la base où il était et les avoir téléchargés sur Facebook.

Valcartier ne partage pas ses secrets, mais…

Un officier des Affaires publiques de la Défense nationale nous a déclaré que les militaires canadiens étaient bien renseignés tant au Canada qu’à l’étranger sur l’utilisation des médias sociaux. Un responsable de la base Valcartier devait nous rappeler pour nous donner plus de détails.  Malheureusement, au moment d’écrire ces lignes, personne n’a encore communiqué avec nous. Peut-être aurions-nous eu plus de chance en les contactant sur Facebook ou les médias sociaux ?!

* Mise à jour, le jeudi 13 sept. à 14 h : L’officier des affaires publiques du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada, le capitaine Brouillette, nous a contacté cette après-midi nous révélant qu’une politique sur les médias sociaux devrait être dévoilé sous peu. Cette politique sera adaptée au au contexte des Forces canadiennes. Voici le document que la Défense nationale utilise présentement pour renseigner les militaires. (ici, Tiré du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada pour tout les ministères fédéraux.)

Elle nous précise également, que les militaires qui sont sur le point d’être déployés ont reçu une sensibilisation sur les médias et qu’une partie de ce cours était concentré sur les médias sociaux et les risques opérationnels.

 

Fille de deux parents militaires, Raymonde Thériault grandit sur différentes bases militaires. À l’université, elle est directrice du journal étudiant. En novembre 2010, elle est déployée avec la Roto 10 en Afghanistan.

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