Lutte au déficit: Harper contre l’establishment militaire

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Le premier ministre Stephen Harper est accueilli par des Rangers (Photo: PMO)

La Presse canadienne annonçait le 24 octobre avoir obtenu la copie d’une lettre dans laquelle le premier ministre Harper déclarait en juin dernier au ministre de la Défense, Peter MacKay, ne pas juger suffisantes ses coupes budgétaires initiales dans l’administration du ministère de la Défense nationale.

La lettre de trois pages, en date du 15 juin 2012, aurait été écrite, affirme l’agence de presse, dans le but fournir des «conseils» à MacKay et au Général Walt Natynczyk au moment les conservateurs révisaient leur politique de défense. Le document, souligne l’agence, met en lumière le fossé entre le bureau de Stephen Harper, déterminé à mener une lutte à finir au déficit, et l’establishment de la  défense, bien décidé à protéger les gains budgétaires des cinq dernières années.

En 2008, dans le cadre de la première stratégie de défense, les conservateurs avaient  promis des augmentations de financement stables et prévisibles à l’armée pour au moins les 20 prochaines années. Certes, il y a eu des augmentations au budget opérationnel, mais ces hausses seront plus que compensés par les réductions prévues, qui pourraient atteindre 2,5 milliards de dollars par an d’ici 2014.

Couper, mais sans toucher aux budget opérationnel

Il n’a jamais été clair, ou, tout au moins, il n’a jamais été révélé comment et où se feraient ces coupes!

Dans sa missive, Harper énonce les coupes qu’il est prêt à accepter, souligne ce qui ne fonctionne pas, et suggère même à la Défense nationale de se défaire d’une partie de ses biens excédentaires. «Il est important que nous réduisions la surcharge actuelle du personnel de la Force régulière militaires et civils dans les activités qui ne contribuent pas directement à la préparation opérationnelle», écrit-il dans sa lettre, selon l’agence de presse.

«Nous devons reconnaître que, étant donné le climat financier actuel, nous ne devons pas nous attendre à ce que le budget de la défense augmente dans les années à venir» ajoute le premier ministre. «En conséquence, il sera impératif que nous fassions tous les efforts possibles pour s’assurer que chaque dollar actuellement consacré à la défense est orienté vers l’amélioration de nos capacités opérationnelles.»

Il a également fixé des lignes rouges sur les choses à ne pas couper. «Vous devez travailler en étroite collaboration avec la prochaine itération du Comité d’examen stratégique et opérationnelle, ainsi que les organismes centraux et mon bureau, et présenter des propositions détaillées qui examinent de façon critique les frais généraux et institutionnel en vue d’éviter des réductions budgétaires qui ont un impact sur les capacités opérationnelles, les réservistes à temps partiel, la formation au Canada, ainsi que la promotion et la protection de notre souveraineté nationale», disait la lettre, avec copie au président du Conseil du Trésor Tony Clement et au ministre des Travaux publics, Rona Ambrose.

Couper dans la bureaucratie

La lettre semble dire que près de 11 milliards de dollars sur le budget total de la défense de 20 milliards de dollars ont été avalés par l’administration civile et militaire et que, par conséquent, c’est du côté des dépenses administratives qu’il faut faire des coupes.

Harper semble donc convaincu que les économies peuvent se  faire en réduisant la bureaucratie, comme le suggérait le lieutenant-général à la retraite Andrew Leslie dans un rapport en 2011.

«Vous aurez besoin de démontrer que toutes les économies internes ont été identifiées et poursuivies, (incluant) un examen critique (…) en vue de réduire les doubles emplois et la consolidation sur les deux côtés militaires et civils; examiner les options pour réduire les avoirs immobiliers du MDN, tout en demeurant conscients des priorités du gouvernement.»

Le lettre, comme on peut le voir, non seulement presse la Défense nationale de faire les coupes du côté des dépenses administratives et de pas toucher aux dépenses opérationnelles mais ne remet pas en cause non plus les programmes d’acquisitions en tant que telle.

Une position inconfortable pour MacKay

Il semble bien que la lune de miel entre Harper et l’establishment militaire canadien ait été gâtée par la volonté du gouvernement conservateur d,accorder la priorité à la lutte au déficit.

Peter MacKay se pliera-t-il simplement à la volonté de son premier ministre ou se portera-t-il à la défense de l’establishment militaire? «Les deux» répond  l’expert en matière de Défense de l’Université d’Ottawa, Philippe Lagassé. Interrogé par 45eNord.ca,  M.Lagassé déclare qu’il prévoit que Peter MacKay «tente de faire plaisir à la fois au premier ministre et aux Forces canadiennes». Ainsi, le ministre de la Défense se retrouvera peut-être coincé entre l’écorce et l’arbre.

Au bureau de M. MacKay, on refuse de commenter.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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