Pour suivre le débat de politique étrangère Romney-Obama

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1er débat Romney-Obama 2012 (Photo: Capture NBC)
1er débat Romney-Obama 2012 (Photo: Capture NBC)

C’est ce soir, lundi 22 octobre, qu’a lieu le dernier débat entre les deux candidats à la présidentielle de novembre. Barack Obama et Mitt Romney y discuteront de politique étrangère. 45eNord.ca couvrira d’ailleurs ce débat.

Les questions de politique étrangère, fort complexes, ne sont pas traditionnellement considérées par les observateurs de la politique américaine comme un facteur décisif dans le choix des électeurs. Par contre, les Américains restent sensibles au statut de leur pays sur la scène internationale.

Cette année, le débat sur les questions de politique étrangère et de défense et de sécurité pourrait faire la différence dans ces élections où les deux candidats sont au coude à coude. Officiellement, les thèmes du débat seront : le rôle des États-Unis dans le monde, la guerre en Afghanistan et la relation avec le Pakistan, les changements au Proche-Orient et le nouveau visage du terrorisme et les relations avec la Chine. On abordera aussi sans aucun doute la menace nucléaire iranienne.

L’objectif du président sortant sera sans doute de rappeler qu’en matière de politique étrangère, il a tenu un certain nombre de promesses, comme le retrait d’Irak et l’engagement de la transition en Afghanistan, sans oublier l’offensive contre Al-Qaida qui s’est soldée par la mort d’Oussama Ben Laden en mai 2011.

Quant à Mitt Romney, après l’assassinat de l’ambassadeur Stevens à Benghazi, en Libye, il tentera très probablement de faire appel à la fierté blessée des Américains et au ressentiment qu’ils éprouvent face à ce qu’ils perçoivent comme l’ingratitude du monde à leur égard.  Se posant en faucon, il attaquera ce qu’il qualifie de faiblesse de l’administration dans sa réponse aux menaces et défis en matière de politique étrangère, de défense et de sécurité.

Le cœur et la raison

Alors que les candidats tenteront de gagner le cœur des Américains… et leur votes, 45eNord.ca vous suggère, pour vous préparer au débat, quelques articles du CSIS qui ne font appel qu’à la raison.

The Center for Strategic and International Studies est un groupe de réflexion non partisan prestigieux et respecté de Washington. Le centre mène des études politiques et des analyses stratégiques sur les questions politiques, économiques et de sécurité. Sa mission est de fournir des renseignements stratégiques et des solutions politiques aux décideurs gouvernementaux et aux décideurs des institutions internationales, du secteur privé et de la société civile.

Pour les lecteurs de 45eNord.ca, voici donc des analyses de la même qualité que celles dont se servent les décideurs du monde moderne.

La Libye

On se rappelle que, lors du deuxième débat, le 16 octobre dernier, le président Obama avait été particulièrement «percutant» dans sa réponse au candidat républicain qui l’attaquait sur la gestion de l’attaque contre le consulat américain à Benghazi.

M. Romney a accusé M. Obama d’avoir tardé à qualifier cette attaque de «terroriste», alors que M. Obama avait en fait utilisé cet adjectif dès le lendemain de l’attaque. Ce dossier reviendra très probablement sur le tapis.

Dans «The Death of Ambassador Chris Stevens, the Need for « Expeditionary Diplomacy,» and the Real Lessons for U.S. Diplomacy», Anthony H. Cordesman, titulaire de la chaire Arleigh A. Burke Chair au CSIS, écrit :

«Il est presque inévitable dans une année électorale que les républicains utilisent toutes les occasions possibles pour attaquer l’administration Obama. Une partie de ces attaques furent ne visaient qu’à embarrasser le président en se servant du meurtre de l’ambassadeur pour le piéger en lui attribuant en grande partie le blâme pour des décisions locales de sécurité.»

Anthony Cordesman ajoute, dans son rapport «Jusqu’à présent, les efforts des républicains et l’échec de l’administration à plaider en faveur d’une forte « diplomatie expéditionnaire » ont totalement échoué à servir l’intérêt national américain, et ont été le pire «mémorial» possible pour l’ambassadeur Chris Stevens, un homme qui savait très bien que le succès de l’Amérique nécessite la prise de risque et l’action sur le terrain.»

L’Iran

L’Iran sera également au cœur du débat. Le New York Times a fait la une ce week-end avec un accord entre Washington et Téhéran pour des négociations directes sur son programme nucléaire qui ne pourraient commencer qu’après les élections présidentielles de novembre. Depuis la parution de cet article, la Maison-Blanche a démenti qu’il y ait un pareil accord.

Depuis le début de la campagne, M. Romney, a attaqué dans le dossier iranien la stratégie de sanctions et de pressions diplomatiques de l’administration sans dire en détail ce qu’il proposerait lui-même.  La question iranienne est malheureusement complexe. Pour ceux et celles que cela intéresse vraiment et qui ne voudraient pas se contenter de la rhétorique des candidats, la chaire Burke du CSIS a présenté un rapport utilisant une nouvelle méthode d’évaluation des risques mis au point par le Dr Abdullah Toukan, chercheur invité et éminent spécialiste régional des affaires militaires et le contrôle des armements.

Le rapport présente l’analyse de M. Toukan des options stratégiques (le dialogue et la diplomatie, les sanctions économiques et financières, la dissuasion et la défense active, les frappes militaires), disponibles dans les relations avec le programme nucléaire de l’Iran. Il utilise une approche multidimensionnelle d’analyse des risques pour faire face à la complexité enjeux.

Il révèle qu’il n’y a pas une solution stratégique ou une option politique qui, à elle seule, se distingue comme le meilleur choix, mais pointe plutôt vers une stratégie mixte faite de plusieurs options.

L’Afghanistan

Finalement, sur l’Afghanistan, si ceux et celles qui regarderont le débat ce soir , la lecture d,une dernière étude du CSIS pourrait être utile et les aider à mieux évaluer le sérieux des candidats.

Des études récentes de la chaise Burke ont identifié des problèmes majeurs dans la planification de l’effort de transition en Afghanistan. Ces études ont conduit à une nouvelle enquête sur les problèmes quant au niveau actuel de la planification de la transition, de l’analyse économique et de l’aide civile et militaire.

Le dernier rapport, intitulé «The Afghan War: Creating the Economic Conditions and Civil Military Efforts Needs for Transition», souligne: «Il n’y aura tout simplement pas d’« Afghanistan parfait», même pas d’Afghanistan répondant à vos souhaits (aux souhaits des Américains et de leurs alliés. Survendre la guerre n’aide pas l’effort de guerre, et mine la crédibilité et le soutien nécessaire. Il s’agit plutôt d’un dysfonctionnement des efforts civils et militaires, gaspillant d’énormes quantités de ressources, et conduisant les décideurs et les commandants directement impliqués dans la guerre à voir la mission actuelle d’une manière qui affaiblit encore les chances déjà limitées de succès. (…) le manque d’objectivité et de réalisme est trompeur. En conséquence, les efforts civils et militaires sont discrédités.»

Il ne reste donc plus qu’à espérer que la raison, l’honnêteté et l’intelligence prévalent sur la rhétorique dans un débat, ce soir, où les questions sont fort complexes.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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