Shannon: on assainit l’eau mais les victimes devront attendre

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Contamination au TCE de la nappe phréatique à Shannon (Photo: Développement et Paix Québec-Rive Sud)

Dans l’affaire de la contamination de l’eau à Shannon, près de la base de Valcartier à Québec, les conservateurs rejettent l’idée de réexaminer les demandes des victimes de la contamination. Le bureau du secrétaire parlementaire à la Défense, Chris Alexander, a précisé à 45eNord.ca que c’est en cour que l’affaire devra suivre… son cours.

Alors que le combat se poursuivait au Canada, dans une cause très semblable aux États-Unis pourtant, le président Obama avait promulgué le 7 août une loi qui permettait de fournir des soins de santé aux personnes exposées à l’eau contaminée sans qu’elles aient à se rendre en cour établir formellement un lien de causalité entre le cancer et la contamination de l’eau.

Il semble donc qu’au Canada la voie pour parvenir à une solution soit une longue bataille juridique.

Pendant ce temps, on assainira

Par ailleurs, le quotidien Le Soleil nous apprenait ce 7 octobre que la Défense nationale prévoyait enfin entreprendre des travaux d’assainissement de la nappe contaminée, mais que les travaux ne débuteront qu’en 2015 et devraient durer 15 ans, ce qui nous amène à 2030.

En 2001, le ministère de la Défense a investi dans la construction d’un nouveau réseau d’aqueduc dans une tentative de gagner du temps avant de pouvoir éclaircir la situation. Puis, en 2004, le ministère a  financé l’extension de ce réseau d’aqueduc à une plus grande partie du territoire de la municipalité.

Avec les derniers investissements pour compléter les travaux en 2009, le réseau d’aqueduc de Shannon est enfin devenu indépendant de celui de la base militaire de Valcartier mais la situation n’est pas réglée pour autant puisque plusieurs s’accordent à dire qu’un risque demeure tant que le processus de décontamination n’est pas terminé.

Le projet annoncé le 7 octobre répond à ces préoccupations,  mais la présidente du Regroupement des citoyens de Shannon, Marie-Paule Spieser, se demande « Pourquoi en 2015? Pourquoi il ne s’est rien fait depuis? (…)  Pourquoi ça n’a jamais été fait avant? Et d’ici 2015, on fait quoi? »

Motion néo-démocrate

Cette affaire a commencé au début de la décennie, quand on a découvert le problème, et ce dossier traîne depuis maintenant plus de 12 ans, le ministère ayant toujours refusé de reconnaître sa responsabilité dans l’explosion de cas de cancer. Le Regroupement des citoyens de Shannon affirme même que la contamination était connue dès 1985.

Devant le refus du ministère de reconnaître sa responsabilité, Élaine Michaud, député de Portneuf,  la circonscription où se trouve la municipalité de Shannon, avait déposé en avril 2012 une motion à la Chambre des Communes demandant au gouvernement de reconnaître formellement sa responsabilité dans la contamination de la nappe phréatique, d’où était tirée l’eau potable de plusieurs résidences du secteur des logements familiaux de la Base des Forces canadiennes de Valcartier et de quartiers résidentiels de Shannon, due à l’usage du TCE pendant plusieurs décennies .

La proposition prévoyait aussi d’indemniser les victimes de la contamination aux TCE mais, malgré l’appui du parti libéral, la proposition avait été battue par les conservateurs, le gouvernement Harper ayant plutôt choisi de mener jusqu’au bout une longue bataille juridique.

La bataille juridique

Les citoyens de Shannon ont pour leur part intenté un recours collectif contre le gouvernement, réclamant 200 millions de dollars pour 600 résidents qui ont développé des cancers et 3 000 personnes qui ont vécu sur la base. En juin dernier dans sa décision, le juge Bernard Godbout de la Cour supérieure du Québec entérinait la position du gouvernement du Canada selon laquelle les preuves n’ont pas permis d’établir de lien formel entre les problèmes de santé allégués et l’exposition au TCE.

Le Regroupement des citoyens de Shannon a donc décidé d’en appeler de la décision et la longue bataille se poursuivra maintenant en Cour d’Appel. L’avocat du Regroupement , Me Charles Veilleux confiait à 45eNord.ca que l’affaire pourrait bien se rendre jusqu’en cour suprême.

Le gouvernement Harper semble décidé pour sa part à attendre que soit épuisé tout le processus judiciaire et ne désire pas reconsidérer sa position avant l’aboutissement de ce processus.

À ce rythme, bien sûr, il n’y a pas que le processus judiciaire qui sera épuisé…

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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