Accord Canada-Inde: vente d’uranium à un État-voyou nucléaire, clament des experts

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Le PM Stephen Harper annonce, en compagnie du Premier ministre indien, Manmohan Singh, la conclusion des négociations entre le Canada et l’Inde sur l’arrangement administratif qui permettra la mise en ouvre de l’accord sur la coopération nucléaire (Photo: PMO)

Le premier ministre Stephen Harper a annoncé le 6 novembre, en collaboration avec le premier ministre indien Manmohan Singh, la conclusion de la négociation de l’entente administrative entre le Canada et l’Inde qui permettra de mettre en œuvre l’Accord de coopération nucléaire, que les deux pays ont signé en juin 2010.

Cette annonce a été faite pendant la visite de six jours du premier ministre en Inde, du 3 au 9 novembre 2012: « Notre gouvernement est déterminé à favoriser le commerce et les investissements avec l’Inde, a déclaré le premier ministre. La conclusion de l’entente administrative avec l’Inde offrira de nouvelles possibilités qui permettront aux entreprises canadiennes de jouer un rôle accru en répondant aux besoins énergétiques croissants de l’Inde. Cette entente devrait donner lieu à de nouvelles relations commerciales d’une valeur de plusieurs millions de dollars entre les deux pays et créer des emplois de grande qualité ici, au pays. »

L’Accord de coopération nucléaire, de concert avec l’entente administrative grâce à laquelle il sera mis en œuvre, permettra aux entreprises canadiennes d’exporter et d’importer à destination et en provenance de l’Inde des matières, du matériel et des technologies nucléaires contrôlés destinés à des installations assujetties aux mesures de protection appliquées par l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Le communiqué du bureau du premier ministre canadien précise que les accords de coopération nucléaire offrent des garanties qui ont la valeur de traités internationaux et selon lesquelles les matières, le matériel et les technologies nucléaires provenant du Canada ne peuvent servir qu’à des fins civiles et pacifiques.

Des experts inquiets

Mais l’Inde n’a jamais signé le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires ou d’interdiction des essais, bien qu’en février 2009, l’Inde ait tout de même accepté de faire rapport de ses activités à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) des Nations unies.

L’accord Canada-Inde n’est donc pas sans soulever des inquiétudes, des interrogations et des doutes chez certains experts.

Même si l’uranium canadien ne sert pas à des fins militaires, nos exportations permettront de «libérer« les ressources internes de l’Inde, a déclaré Cesar Jaramillo, spécialiste du désarmement nucléaire chez Project Ploughshares, une organisation canadienne non gouvernementale basée à Waterloo, en Ontario, et vouée à la prévention de la guerre et à la promotion de la paix.

«L’uranium importé (du Canada) pour les besoins civils peuvent permettre au pays de consacrer davantage d’uranium d’autre provenance pour l’armée»,  déclare M.Jaramillo, qui ajoute: «Il défie toute logique que le Groupe des fournisseurs nucléaires prévoit une exemption pour le commerce nucléaire avec l’Inde, ce qui «récompense » un pays qui n’est ni membre du Traité de non-prolifération nucléaire ni signataire du Traité d’interdiction des essais nucléaires – et continue pour produire des matières fissiles.»

La production d’énergie nucléaire au Canada génère des revenus annuels d’environ 5 milliards de dollars. L’industrie nucléaire canadienne procure 21 000 emplois directs, et la valeur annuelle de ses exportations d’uranium se chiffre à 1 milliard de dollars.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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