Eau contaminée à Shannon: la Défense présente son plan aux citoyens

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Une cinquantaine de citoyens se sont réunis pour écouter le plan de la Défense (Photo: Raymonde Thériault/45eNord.ca)

À la demande de la municipalité de Shannon, des représentants de la Défense nationale ont rencontré les citoyens le jeudi 8 octobre en soirée afin de leur expliquer le projet de décontamination du panache de TCE dans la nappe phréatique. 45eNord.ca y était.

Le plan de la Défense

L’ingénieur-géologue du ministère de la Défense Bernard Michaud a présenté le plan de la gestion du «panache» de TCE (le trichloriethylène, un solvant chloré cancérigène) de 5 km de longueur et 100 m de largeur qui s’écoule des terrains des installations militaires de Valcartier et se dirige vers la rivière Jacques-Cartier. Le risque que présente ce «panache» demeure tant que le processus de décontamination n’est pas terminé.

Le projet de 40 millions $ prévoit l’installation de puits entre la base militaire de Valcartier et de Shannon pour capter l’eau de la nappe phréatique. Après avoir été ainsi pompée, l’eau sera ensuite traitée à la surface pour réduire la concentration de TCE à des niveaux inférieurs à ceux recommandés par Santé canada pour l’eau potable. L’eau ainsi traitée sera ensuite rejetée dans la rivière Jacques-Cartier.

L’ingénieur Michaud a précisé qu’il restera encore à déterminer la façon optimale de traiter l’eau. On ne connaîtra donc qu’après consultation avec l’industrie privé et la fin du processus d’appel d’offres les détails et les coûts exacts de cette étape du projet.

Toutefois, pour évacuer vers la rivière Jacques-Cartier l’eau qui sera ainsi traitée (un volume quotidien de 1 550 à 3 000 mètres cube, l’équivalent d’une piscine olympique par jour) le réseau dont dispose aujourd’hui la Défense nationale près des installations militaires ne serait pas suffisant selon l’ingénieur. L’eau devra donc emprunter un parcours qui traversera le territoire de la municipalité avant d’être rejetée dans la rivière et le ministère devra alors obtenir l’accord des citoyens et de la municipalité de Shannon pour faire passer un tuyau sur le territoire de Shannon.

La réalisation du projet, tel qu’il a été annoncé, demandera 15 ans. Il débutera en 2015 pour se terminer en 2030. Pendant cette période, il y aura, bien sûr, des évaluations périodiques du projet pour s’assurer de son bon déroulement.

Scepticisme des citoyens et des élus

Des citoyens présents ont déploré que le plan proposé ne vise pas la contamination en profondeur des sols. L’idée de rejeter les eaux traitées dans la rivière Jacques-Cartier, à proximité de la municipalité, soulève aussi des inquiétudes.

Le vice-président du Regroupement des citoyens, Jean Bernier, aurait souhaité que l’eau soit rejetée dans les égouts de la base militaire de Valcartier ou dans la rivière, mais plus près des installations de la Défense nationale. « Qu’ils l’amènent chez eux ! Alors, si jamais il y a autre chose qui arrive, ce sera chez eux et non pas encore Shannon et ses citoyens qui seront pris avec les possibles problèmes », a t-il dit.

Même le maire de Shannon, Clive Kiley, trouve le plan incomplet. « Ils ne savent pas exactement comment l’eau sera traitée. Il reste encore beaucoup de choses à faire. Ils ne savent même pas combien de puits ils vont mettre. Est-ce que sera seulement deux, trois ou quatre? » «Trop de questions demeurent sans réponse»  déclare le maire Kiley.

Seule une infime partie de TCE se retrouvera par la suite dans le cours d’eau, si l’on se fie aux tests menés il y a un an par la Défense nationale et dont la municipalité de Shannon a eu copie, nous disait pour sa part Hugo Lépine, le directeur général de la municipalité dans un entretien l’après-midi précédant la réunion. Mais c’est à la Défense nationale qu’il appartient de dévoiler publiquement les détails de cette étude (ce qu’elle n’a pas fait).

Par ailleurs, la décontamination sera-t-elle vraiment terminée et le but atteint en 2030? E s’il s’avérait que l’objectif de ne soit pas atteint au terme de ce projet,  le ministère poursuivrait-il alors le travail, a demandé un citoyen. Malheureusement, les responsables du ministère présents n’ont pu répondre à cette question.

Bref, une réunion d’information où le nombre de réponses était inférieur…au nombre de question!

Rappel des faits

Pour comprendre le scepticisme des citoyens et pourquoi la confiance ne règne pas, s’impose un rappel des faits.

Toute cette affaire remonte à décembre 1997, quand la Défense nationale a découvert le problème. Ce n’est toutefois qu’en 2001 que les résidents ont appris que l’eau qu’ils buvaient était contaminée et le Regroupement des citoyens de Shannon croit même que la contamination était connue bien avant.

En 2001, le ministère de la Défense a investi dans la construction d’un nouveau réseau d’aqueduc, étendu en 2004 à une bonne partie du territoire de la municipalité, puis, en 2009, le réseau d’aqueduc de Shannon est enfin devenu indépendant de celui de la base militaire de Valcartier.

La situation n’est pas réglée pour autant puisqu’un risque demeure tant que le processus de décontamination n’est pas terminé. Le 7 octobre, la Défense annonçait des travaux d’assainissement de la nappe contaminée, mais ils ne débuteront qu’en 2015 et devraient durer 15 ans. «Pourquoi 2015?» se demande la présidente du Regroupement des citoyens, Marie-Paule Spieser. «Et on fait quoi en attendant?», d’autant plus que les victimes de la contamination attendent encore.

Difficile de faire confiance au gouvernement fédéral après toutes ces années  où «les citoyens n’ont pas toujours eu l’heure juste«, nous a déclaré Jean Bernier, qui assistait à la réunion de jeudi en compagnie du Dr Juneau et de la présidente du Regroupement des citoyens Marie-Paule Spieser. On notait aussi, dans la salle, la présence de David Chamberland, l’attaché politique de la député de la circonscription et vice-présidente du caucus québécois du NPD, Élaine Michaud.

Par ailleurs, on se rappelle que le Regroupement réclamait en 2003 dans son recours collectif 200 millions de dollars pour 600 résidents ayant développé des cancers et 3 000 personnes qui ont vécu sur la base. Après la défaite de juin dernier, le Regroupement a porté la cause en appel et, dans 9 jours, Me Veilleux déposera son mémoire à la cour. L’affaire pourrait bien se rendre jusqu’en Cour Suprême, nous confiait-il. Mais il s’agit là d’une autre bataille.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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