Projet A119: le plan pour «atomiser» la Lune

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À la fin des années 1950, Américains et Russes prévoyaient d’étendre la guerre froide jusque sur la Lune!

Bien des choses (folles pour la plupart) ont eu lieu durant la guerre froide afin de montrer qui était le plus puissant entre l’Union Soviétique et les États-Unis.

Quelques années avant l’affaire des missiles de Cuba – dont a «fêté» le 60e anniversaire cette année – le petit jeu entre les deux camps faillit avoir des répercussions au-delà de notre planète.

Certains documents viennent d’être déclassifiés, c’est à dire désormais accessibles au public, et alors que l’on pensait avoir tout lu ou vu sur la guerre froide, ces documents démontrent une nouvelle fois que l’impensable fut bel et bien pensé: les Soviétiques et les Américains projetaient tous deux de faire exploser une arme thermonucléaire sur la lune, juste pour «l’exemple».

Le projet A119, connu aussi sous la dénomination inoffensive de: A Study of Lunar Research Flights (Étude sur les vols de recherche lunaires), est un projet secret mis au point dans les années 1950 par l’US Air Force.

L’objectif du projet était de faire exploser une bombe nucléaire de près de deux kilotonnes au niveau de la séparation jour/nuit sur la Lune afin de démontrer la puissance des États-Unis, mais également stimuler le moral de la population américaine, qui était en berne après le succès de l’URSS au début de la course à l’espace. Les Russes avaient lancé le satellite Spoutnik et envoyé le premier être vivant dans l’espace en 1957.

Le projet n’a toutefois jamais été mis en œuvre, surtout parce que le simple fait de se poser sur la Lune aurait été une réussite beaucoup plus acceptable aux yeux du public américain.

Une autre explication à la non-concrétisation de ce projet tient aussi dans le fait que, si la mission échouait et que le lanceur vienne à «manquer» la Lune, la probabilité que le tout revienne sur la Terre était importante.

Les documents du projet A119 sont restés secret pendant près de 45 ans et l’existence du projet n’a été révélé qu’au tout début des années 2000 par un ancien responsable de la NASA, Leonard Reiffel, qui a dirigé le projet en 1958.

Le scientifique Carl Sagan a également fait partie de l’équipe chargée de prévoir les effets d’une explosion nucléaire dans un environnement à faible gravité. Malgré les révélations de Reiffel, le gouvernement américain n’avait jamais officiellement reconnu son implication dans cette étude.

Les États-Unis auraient pu construire une bombe plus puissante et aurait clairement montré la domination du pays sur son rival, mais la charge utile pouvant être emportée par le lanceur bricolé était assez limitée à l’époque.

Une possible contamination du sol lunaire avait également légèrement perturbé les scientifiques et les militaires des États-Unis, mais ces derniers étaient en fait probablement plus dérangés par le fait que de futures missions d’exploration – américaines, bien sûr – puissent être affectées par les conséquences d’une telle explosion.

L’atmosphère de notre lune étant bien plus ténue que celle de notre planète (oui, la Lune a bien une atmosphère, mais sa densité n’excède pas le cent millionième de celle de la Terre) et sa surface constituée majoritairement de poussière, le champignon atomique ou du moins son équivalent lunaire se serait sans doute développé sur un volume bien plus important que celui d’une explosion similaire qui aurait eu lieu sur notre planète et aurait probablement dispersé des poussières – et tout un tas de radiations – sur une surface importante de notre satellite.

La fission nucléaire exponentielle (qui est le principe des bombes thermonucléaires) n’ayant pas besoin d’oxygène pour s’exprimer, la puissance de l’explosion devait rester sensiblement égale quel que soit le lieu de son explosion et la densité de son atmosphère. L’idée de choisir la lune est donc logique – dans le contexte de la folle opposition frontale des deux blocs – : plus de dégâts apparents (= plus de spectacle) avec les mêmes moyens.

Le lanceur prévu pouvait quant à lui être choisi dans la longue liste des missiles balistiques intercontinentaux qui étaient alors en plein phase d’expérimentation : les États-Unis avaient – tout comme les Soviétiques – l’embarras du choix ; les missiles balistiques ATLAS datant de 1959 étant d’ailleurs à la base des fusées MERCURY utilisées pour le premier vol habité américain « Mercury III » en mai 1961.

Si vous le souhaitez, vous pouvez consulter l’intégralité du projet en téléchargeant le PDF du projet A119.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d’exercices ou d’opérations, au plus près de l’action.
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