2012: hécatombe chez les « soldats de l’information »!

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Le bilan de Reporters sans Frontières pour l’année 2012 vient d’être publié. Cette année a été la plus meurtrière pour les journalistes depuis la première publication du bilan annuel de Reporters sans frontières en 1995 avec 88 journalistes tués et 47 net-citoyens et citoyens-journalistes tués.

Reporters sans frontières (RSF) est une organisation non gouvernementale internationale se donnant pour objectif la défense de la liberté de la presse. RSF se définit ainsi :« Reporters sans frontières défend les journalistes emprisonnés et la liberté de la presse dans le monde, c’est-à-dire le droit d’informer et d’être informé, conformément à l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. »

Voici donc le tableau pour cette année particulièrement difficile pour les « soldats de l’information », tiré du Bilan annuel 2012 de RSF:

88 journalistes tués (+33 %)
879 journalistes arrêtés/interpellés
1993 journalistes agressés ou menacés
38 journalistes enlevés
73 journalistes qui ont fui leur pays
6 collaborateurs des médias tués
47 net-citoyens et citoyens-journalistes tués
144 blogueurs et net-citoyens arrêtés

Plus, au 18 décembre,193 journalistes emprisonnés.

L’année 2012, souligne le rapport, « s’est avérée particulièrement meurtrière, avec un nombre de journalistes tués dans l’exercice de leurs fonctions en hausse de 33 % par rapport à 2011. Les zones les plus touchées sont le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (26 morts), l’Asie (24 morts) et l’Afrique sub-saharienne (21 morts). Seul le continent américain connaît une baisse – relative – du nombre de journalistes tués dans le cadre de leur exercice professionnel (15 morts). »

“Le nombre historiquement élevé de journalistes tués en 2012 est principalement imputable au conflit en Syrie, au chaos en Somalie et à la violence des taliban au Pakistan. L’impunité dont jouissent les auteurs d’exactions encourage la poursuite des violations des droits de l’homme, en particulier de la liberté de l’information”, déclare dans le rapport Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières.

La Syrie tue, la Turquie emprisonne

On note, dans le bilan de l’organisation, le cas de la Syrie, pour le nombre « d’artisans de l’information » tués, et de la Turquie, pour le nombre de journalistes emprisonnés, ce qui en fait, selon les mots du rapport, la plus grande « prison de journalistes » au monde.

En Syrie,au moins 17 journalistes, 44 citoyens-journalistes et 4 collaborateurs des médias ont été tués, ce que Reporters sans frontières explique, d’une part, par « la répression sanglante menée par Bashar Al-Assad qui s’est abattue sur les acteurs de l’information, témoins gênants d’exactions commises par un régime aux abois » et, d’autre part, par l’action certains groupes armés en lutte contre le régime Assad et « de plus en plus intolérants face aux critiques et prompts à cataloguer comme espions les professionnels de l’information qui ne relaient pas leurs thèses. »

2012 a aussi été une année noire en Somalie, 18 journalistes ont été tués, au Pakistan, où 10 journalistes et un collaborateur des médias ont été tués. Six journalistes ont aussi été tués au Mexique et 5 au Brésil, pour la plupart victimes, dans ces deux pays, de narco-traffiquants que le travail de ces joiurnalistes gênait.

Outre les journalistes tués, le bilan fait aussi état des journalistes emprisonnés: au moins 193 d’entre ont détenus pour leurs activités, auxquels, précise le rapport, il faut ajouter au moins 130 net-citoyens engagés dans des actions d’information.

Dans le cas des emprisonnements, c’est la Turquie qui détient le triste record de journalistes emprisonnés, avec au moins 42 journalistes et 4 collaborateurs emprisonnés en lien avec leurs activités professionnelles,
suivie par la Chine, 30 journalistes et 69 net-citoyens emprisonnés, l’Erythrée, 28 journalistes emprisonnés, l’Iran, 26 journalistes et 17 net-citoyens emprisonnés, et, encore la Syrie qui, non contente de tuer, emprisonne aussi, avec au moins 21 journalistes et 18 net-citoyens et citoyens-journalistes toujours emprisonnés.

Moins d’enlèvements

Mince consolation, sauf en Asie et dans les Amériques où les exactions progressent, les cas d’arrestations et d’enlèvements sont en baisse relative par rapport à 2011, ce qui n’a pas empêché le correspondant du réseau américain Richard Engel et son équipe d’être victimes d’un enlèvement en Syrie tout récemment.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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