Le premier ministre malien arrêté et forcé à démissionner

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Le Premier ministre malien Cheik Modibo Diarra a annoncé ce mardi 11 décembre à la télévision nationale malienne sa démission et celle de son gouvernement quelques heures après avoir été arrêté par les ex-militaires putschistes qui avait renversé le 22 mars dernier le président Amadou Toumani Touré.

Le 17 avril dernier, Cheik Modibo Diarra avait été nommé premier ministre du Mali pour mener un gouvernement d’union nationale de transition, rétablir l’intégrité du territoire malien, sortir le Mali des troubles insurrectionnels dans le Nord du pays et organiser des élections transparentes. Il avait formé son gouvernement le 25 avril.

Le coup d’État du 22 mars fomenté contre le président Amadou Toumani Touré, qui avait été mené par le capitaine de l’armée malienne Amadou Haya Sanogo, avait permis aux rebelles Touaregs, qui furent bientôt supplantés par des groupes islamistes radicaux, de s’emparer du nord du pays.

Cheik Modibo Diarra (Photo: WikiCommons)
Cheik Modibo Diarra (Photo: WikiCommons)

Diarra, un astrophysicien qui a déjà dirigé l’un des programmes de la NASA d’exploration de Mars, a d’abord été considéré comme en phase avec Sanogo, qu’il consultait régulièrement, alors, qu’en principe, Sanogo était censé avoir remis tout le pouvoir aux civils après le coup d’État. Ces dernières semaines, cependant, Diarra a semblé prendre des positions qui l’opposait à Sanogo.

Cheik Modibo Diarra s’était prononcé à plusieurs reprises récemment en faveur de l’intervention rapide d’une force militaire internationale dans le nord du Mali, intervention à laquelle est farouchement opposé le capitaine Sanogo, de crainte que la présences de troupes étrangères au Mali ne diminue le pouvoir des militaires maliens. Le chef putschiste n’est prêt à accepter qu’un soutien financier et logistique et ne veut pas des soldats de l’Afrique de l’ouest sur son territoire.

Le week-end dernier, Diarra avait aidé à l’organisation d’une manifestation en faveur d’une intervention militaire soutenue par l’ONU pour reconquérir le nord du Mali.

Le lundi 10 décembre à l’ONU, la France a fait circuler une projet de résolution du Conseil de sécurité qui autoriserait le déploiement d’une force dirigée par des Africains pour chasser les militants liés à al-Quaïda du nord du pays. Les États-Unis, en revanche, veulent que les troupes soient d’abord formés à la guerre dans le désert et croient qu’une intervention militaire serait prématurée si elle était lancée maintenant.

Depuis plusieurs semaines, la tension n’a donc pas cesser de monter entre les officiers qui avaient mené le coup d’État et Diarra, le premier ministre civil, qu’ils avaient été contraints de nommer quand ils durent remettre le pouvoir à un gouvernement de transition.

Cheick Modibo Diarra avait prévu de partir lundi soir pour Paris ( pour y passer un contrôle médical, selon son entourage). Il se préparait à se rendre à l’aéroport quand il a appris que ses bagages avaient été débarqués de l’avion qui devait le conduire en France. Il est donc resté à son domicile de Bamako, où il a été arrêté.

Il s’est exprimé à la télévision nationale malienne quelques heures après son arrestation à son domicile de Bamako par une vingtaine de militaires sur ordre du capitaine Amadou Haya Sanogo. «Moi Cheik Modibo Diarra, je démissionne avec mon gouvernement», a déclaré M. Diarra lors d’une brève allocution à l’Office de radio-télévision du Mali (ORTM) sans donner d’explication à sa décision.

Les traits tirés, M. Diarra, vêtu d’un costume et d’une cravate sombres, le premier ministre démissionnaire a simplement remercié ses collaborateurs et souhaité que «la nouvelle équipe» qui lui succédera réussisse sa mission dans un pays maintenant divisé.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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