Lutte contre la rébellion en RDC: les États-Unis font pression sur le président rwandais

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Le président  rwandais Paul Kagame  à Londres en juillet 2012 (Photo: Russell Watkins/Department for International Development, released)
Le président rwandais Paul Kagame à Londres en juillet 2012 (Photo: Russell Watkins/Department for International Development, released)

Pendant un appel téléphonique le mardi 18 décembre à son homologue rwandais Paul Kagame, le président américain Barack Obama a « souligné que tout soutien au M23 était incompatible avec le désir de stabilité et de paix du Rwanda ».

En République démocratique du Congo (RDC), le Mouvement du 23 mars (M23), un mouvement rebelle estimé à environ 1 000 hommes, s’emparait le 20 novembre de Goma, capitale de la province riche en minerais mais instable du Nord-Kivu, dans l’est du pays. Puis, 11 jours plus tard, les rebelles se sont retirés sur demande des États de la région africaine des Grands Lacs et contre la promesse de pourparlers avec Kinshasa.

Selon l’ONU, le Rwanda et l’Ouganda voisins, accusés, malgré leurs démentis, de soutenir les rebelles, ont participé à la chute de la ville.

Lors de leur conversation téléphonique, dit la Maison-Blanche, le président Obama a souligné au Président Kagame l’importance de mettre fin de façon permanente à tout soutien aux groupes armés en RDC, en respectant les engagements pris récemment à Kampala avec les présidents Kabila et Museveni, et (l’importance) de parvenir à un accord politique transparent et crédible qui comporte un terme à l’impunité des commandants du M23 et des autres personnes qui ont commis de graves violations des droits humains.

Le président américain a exprimé sa conviction que, de cette crise, devrait émerger un accord politique qui aborde les questions régionales sous-jacentes de sécurité, les questions économiques et les questions de de gouvernance, tout en respectant la souveraineté de la RDC et son intégrité territoriale. Il a noté qu’il avait aussi livré ce message au président Kabila.

Lors de cet entretien, Le président Obama et le Président Kagame ont également, dit le communiqué de la Maison-Blanche, examiné les problèmes de gouvernance de longue date en RDC .

Par ailleurs, la porte-parole du Dépatement d’État américain, Victoria Nuland, au briefing du 18 décembre avec la presse au Département d’État, a elle aussi abordé la question de l’impunité dont semble jouir les commandants du M23.

« Nous continuons de demander – les États-Unis continuent de demander- que soient arrêtés et poursuivis les auteurs de violations des droits de l’homme, d’atrocités et de crimes en RDC, y compris des personnalités connues , comme Sylvestre Mudacumura et Bosco Ntaganda, qui sont l’objets de mandats d’arrêt de la CPI (la Cour pénale internationale). Le conflit actuel dans l’Est du Congo avec le M23 souligne l’impunité persistante dont continuent de bénéficier les auteurs de violences et de violations des droits humains », a dit Victoria Nuland.

Sylvestre Mudacumura est le chef des rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda. Le mandat d’arrêt contre lui a été émis par la CPI pour des crimes de guerre commis dans les Kivus en République démocratique du Congo. Quant à lui, le général Bosco Ntaganda, recherché aussi par la CPI pour crimes de guerre, aurait dirigé les troupes du M23 stationnées à Kibumba, au nord de Goma, en RDC.

En outre, à un journaliste qui faisait remarquer, lors du briefing au Département d’État, que les États-Unis n’ont pas sanctionné les hauts responsables rwandais qui, selon le Comité d’experts des Nations Unies, tirent les ficelles, Mme Nuland a répondu:  » Eh bien, nous continuons de réviser notre liste de ceux qui appuient le M23. Vous avez vu (…) que nous venons de faire quelques nouvelles désignations (de terroristes). Nous continuons donc à regarder cela, nous continuons à parler avec les Rwandais. En fait, le secrétaire adjoint Carson était en contact avec les Rwandais plus tôt cette semaine sur les questions du M23 et le processus de paix à Kampala. »

Des experts de l’ONU avaient déjà accusé le Rwanda d’avoir activement soutenu la rébellion du M23. Plus de mille soldats rwandais auraient facilité la prise de Goma par le M23. Selon l’organisation internationale, plusieurs compagnies des Forces de défense du Rwanda, FDR, sont entrées en territoire congolais et ont pris part à l’offensive sur Goma. Ces forces auraient aussi pris part aux combats à l’aéroport de la capitale de la province du Nord-Kivu. Le rapport se base sur différentes sources, principalement d’anciens responsables militaires rwandais et ougandais, ainsi que des responsables des Forces armées de la RDC et des sources diplomatiques.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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