Référendum égyptien, 1ère ronde: 56% Oui, 44% Non, mais le pays reste divisé

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Le référendum sur le projet islamiste de constitution divise l'Égypte (Photo: Frères musulmans
Le référendum sur le projet islamiste de constitution divise l’Égypte (Photo: Frères musulmans)

Après la première ronde du référendum sur le projet islamiste de constitution en Égypte, qui s’est terminée à 23h, heure du Caire,  le 15 décembre, les Frères musulmans sur leur compte Twitter  en anglais rapportaient le lendemain 16 décembre que les résultats étaient, avec 6274 bureaux de vote sur 6376, de 56,5% pour le Oui,  et 43,5%  pour le Non dans l’ensemble du pays, mais au Caire, la capitale,  c’était l’inverse, 57% pour le Non et 43% pour le Oui.

Ce vote devait déterminer si l’Égypte gardera un caractère laïque ou deviendra un état religieux dirigé par le président Mohammed Morsi, issu des Frères musulmans, et ses alliés ultra-conservateurs salafistes.

Dans l’article 2 du projet islamiste de constitution soumis le 15 décembre à la population égyptienne, il est dit que « L’islam est la religion d’Etat, sa langue officielle l’arabe, et les principes de la charia islamique sont la source principale de la législation ». En vertu de l’article 3, les autres religions que l,Islam sont confinés à la sphère privée: « Pour les chrétiens et les Juifs égyptiens, les principes de leurs lois religieuses sont la source principale de la législation dans les questions personnelles et religieuses, ainsi que dans le choix de leurs chefs spirituels. ». L’article 4, lui, prévoit que

L’avis du Conseil de la mosquée et université islamique égyptienne Al-Azhar, des érudits religieux et du Grand Imam doivent être pris en considération dans les domaines liés à la charia islamique qui, en vertu de l’article 2, devient la source principale de la législation égyptienne.

Ce référendum a divisé les Égyptiens et les deux parties ont intensifié leurs campagnes après des semaines de violence qui ont fait au moins 10 morts et 1 000 blessés. Les manifestations et contre-manifestations se sont poursuivies jusqu’à la fin. Brandissant des épées et des bâtons, les islamistes partisans du projet de constitution ont affrontés violemment le vendredi 14 décembre, veille du scrutin, les opposants au projet constitutionnel du président Morsi dans la ville portuaire méditerranéenne d’Alexandrie dans ce que plusieurs voient comme la pire crise politique depuis la chute d’Hosni Moubarak.

Après que 90 % des juges égyptiens eurent décidé de boycotter le référendum qu’ils étaient censés superviser, le président égyptien avait dû scinder le scrutin en deux. Tout près de 25,5 millions sur 51 millions d’Égyptiens pouvaient donc voter le samedi dans 10 « gouvernorats » égyptiens, incluant le Caire et la deuxième plus grande ville du pays, Alexandrie.

Le scrutin a débuté à 8h samedi matin et devait se terminer à 19h. Près de 120 000 soldats de l’armée égyptienne avaient été déployés pour protéger les bureaux de vote et les islamistes ont également envoyé leurs propres membres surveiller le déroulement du scrutin.

Tout de suite, les plaintes ont commencé à affluer.

À 12h30, la Coalition de surveillance indépendante, formée d’organisation non-gouvernementales, rapporte plusieurs violations, dont des femmes entièrement voilées à qui on ne demande pas de montrer leur visage pour vérifier leur identité.

À 13h00, la Commission électorale décide de prolonger une première le vote jusqu’à 21h en raison, dit-elle, du taux élevé de participation.

À 15h20, le ministère égyptien de la Santé rapporte un certain nombre de blessés depuis le début du vote au Caire, à Alexandrie, Shrqiya et Daqahliya.

À 15h43, le parti d’opposition (le Parti Égypte forte) rapporte 3 types de violations: des électeurs dont le nom n’est pas sur la liste électorale, le refus de certains juges supervisant le vote de montrer leur carte d’identité et l’absence de liste électorale dans certains bureaux de scrutin aux électeurs.

Plus de 1 500 femmes à Alexandrie manifestent parce qu’on les aurait empêché de voter.

À 19h09, la Commission électorale prolonge pour une deuxième fois la période de scrutin, jusqu’à 23h cette fois soir, heure du Caire.

À 19h20, le Front national de salut de Mohamed ElBaradei dit avoir reçu de partout des dizaines et des dizaines de plaintes pour violations des règles du scrutin. La plainte la plus souvent formulée: la présence dans les bureaux de scrutin de membres des Frères musulmans dans une tentative d’influencer le vote.

Samedi prochain,  2e « ronde » du référendum, ce sera au tour du reste de l’Égypte de voter.

À lire aussi:

Texte intégral de la proposition de constitution égyptienne soumise au référendum >>

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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