Syrie: les parties aux antipodes, Lakhdar Brahimi prolonge sa mission jusqu’au 30 décembre

En août 2012, le secrétaire général des Nations Unies et le secrétaire général de la ligue des États arabes annonçaient la nomination du diplomate Algérien, Lakhdar Brahimi, comme le nouveau Représentant spécial conjoint pour la Syrie (Photo: Mark Garten, ONU)
Le médiateur international pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, a qualifié les attentas de jeudi à Damas de "crimes de guerre"(Photo: Mark Garten, ONU)
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En août 2012, le secrétaire général des Nations Unies et le secrétaire général de la ligue des États arabes annonçaient la nomination du diplomate Algérien, Lakhdar Brahimi, comme le nouveau Représentant spécial conjoint pour la Syrie (Photo: Mark Garten, ONU)
En août 2012, le secrétaire général des Nations Unies et le secrétaire général de la ligue des États arabes annonçaient la nomination du diplomate Algérien, Lakhdar Brahimi, comme le nouveau Représentant spécial conjoint pour la Syrie (Photo: Mark Garten, ONU)

L’émissaire spécial des Nations unies et de la Ligue arabe, Lakhdar Brahimi, qui est arrivé en Syrie il y a deux jours, y restera finalement jusqu’au dimanche 30 décembre pour tenter de négocier une sortie de crise avec les autorités et l’opposition, annonce un des représentants de l’opposition qu’a rencontré l’envoyé international.

L’envoyé spécial a dit avoir rendu compte le lundi 24 décembre au président syrien Bashar Al-Assad de ses récents entretiens, après avoir notamment rencontré les dirigeants américains et russes, et discuté avec lui dans la capitale de la façon de désamorcer la crise dans le pays.

Le médiateur international a fait part de son inquiétude à Bachar al-Assad, disant espérer que « toutes les parties se prononcent pour une solution ».

A l’issue de entretien, Al-Assad a réaffirmé l’engagement ferme de son gouvernement « à protéger la souveraineté et l’indépendance du pays », alors que le dimanche 23 décembre 60 civile ont été tués par des frappes aériennes du régime près d’une boulangerie à Helfaya et des gaz toxiques utilisés par le forces de sécurité syriennes dans la province de Homs.

Cette attaque a d’ailleurs été fermement condamnée par les États-Unis qui estiment qu’elles étaient la preuve que le régime de Bachar al-Assad n’avait plus d’avenir dans le pays et appellent aussi toutes les parties qui continuent à aider le régime de Damas « à mener sa guerre contre le peuple syrien » à mettre fin à leur soutien.

Le lendemain, mardi 25 décembre, le médiateur international a rencontré Hasan Abdel-Azim, président du Comité de coordination pour le changement national et démocratique (CCCND). C’est à l’issue de cette rencontre de lundi avec l’envoyé de l’ONU que M.Abdel-Azim a annoncé aux journalistes que M.Brahimi resterait en Syrie jusqu’à dimanche afin de poursuivre ses efforts de médiation.

Toléré par le régime, le CCCND regroupe plus d’une dizaine de partis politiques de gauche: « nationalistes arabes », kurdes, socialistes et marxistes. Proche de la Russie, il refuse toute idée d’intervention militaire étrangère en Syrie et les formations politiques qui le composent ont refusé de rejoindre la Coalition nationale syrienne.

La Coalition de l’opposition syrienne, que les partis de l’opposition intérieure regroupés au sein du CCCND refusent de rejoindre, avait été créée  le 11 novembre dernier au Qatar sous la pression de la communauté internationale et avait été reconnue par les États-Unis, l’Union européenne et plusieurs autres autres pays comme l’interlocuteur représentant le peuple syrien. Le Canada, gêné par la présence d’islamistes en son sein, ne l’a pas reconnue jusqu’à maintenant.

Les formations membres du CCCND maintiennent quant à eux une position pacifiste vis-à-vis du gouvernement syrien et, au contraire de la Coalition, elles ne sont pas hostiles au dialogue. De plus en plus inquiètes de la dimension confessionnelle que prennent les hostilités, elles demeurent ouvertes à une « transition en douceur ».

« La seule issue est un gouvernement transitoire, disposant de tous les pouvoirs, qui conduira le pays à bon port (…) La solution politique est la seule issue et cela passe par la constitution d’un nouveau régime démocratique à la place du régime actuel », avait déclaré plus tôt Raja al-Nasser, secrétaire du bureau exécutif du CCCND.

Certains groupes d’opposition à Bashar el-Assad refusent toutefois une transition politique en douceur et contestent toute idée de maintien au pouvoir du dictateur, même « pour la forme » et même  à titre temporaire.

Des informations qui circulent dans les médias internationaux faisait état la semaine dernière d’un accord entre Russes et Américains sur la constitution d’un gouvernement de transition ayant tous les pouvoirs et le maintien de Bashar al-Assad jusqu’au terme de son mandat en 2014, mais sans pouvoirs, avec l’impossibilité pour lui de se représenter pour un nouveau mandat. Elles ont suscité la colère des groupes qui se battent sur le terrain, dont les plus importants rejettent tout règlement ne prévoyant pas le départ du président Bachar al-Assad.

Ces groupes insistent pour qu’Assad et tous les responsables politiques, militaires et sécuritaires du régime quittent clairement le pouvoir et refusent d’avance toute éventuelle immunité qui pourraient leur être accordée.

Les Frères musulmans, une force prépondérante dans l’opposition, vont jusqu’à évoquer un « complot » contre le pays. « Nous tenons pour responsables le Conseil de sécurité et toutes les organisations internationales pour les crimes contre l’humanité commis par Bashar al-Assad et ses gangs », déclarent-ils dans un communiqué rejetant « tous les rapports internationaux présentant la révolution sous les couleurs du confessionnalisme ».

Vidéo: Lakhdar Brahimi a rencontré Al-Assad le lundi 24 décembre.