4e jour de l’intervention militaire au Mali: la France en tête

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Le Conseil de sécurité de l’ONU discute ce lundi 14 janvier du conflit au Mali et ses membres devraient faire part de leur soutien à l’intervention militaire de la France contre les islamistes qui contrôlaient le nord du pays de puis près de neuf mois et avaient, la semaine dernière commencé à progresser vers le sud.

16h32: L’Algérie ferme sa frontière avec le Mali.

16h40: Une trentaine de chars français et plusieurs transporteurs de troupe accompagnant un hélicoptère de la Force Licorne, déployée en Côte d’Ivoire depuis 2002, ont quitté la Côte d’Ivoire pour se rendre au Mali.

16h47: Le ministre malien des Affaires étrangères sur itélé: « Nous comptons sur les soldats français au sol et jusqu’à la victoire ».

16h53: Le représentant de la France à l’ONU , Gérard Araud, déclare que, dès la fin de la crise, il sera impératif que le gouvernement maline établisse une feuille de route et entame des négociations.

17h06: « Nous prouvons aux  groupes armés du Nord, qu’il n’y a pas d’autre voie que la négociation. « L’objectif est la négociation », insiste Gérard Araud, l’ambassadeur de France à l’ONU, en terminant son point de presse à New York.

Le but de ces consultations informelles à huis clos, qui se tiennent à partir de 15h00, heure de New York à l’initiative de Paris, est d’informer les partenaires de la France quatre jours après le lancement de l’opération “Serval”. Il s’agit de la première réunion plénière du Conseil sur le Mali depuis l’intervention.

La France n’avait pas d’autorisation particulière à demander au Conseil et la base légale de son intervention n’est pas contestée par les 14 autres pays membres, puisque la résolution 2085 autorisait déjà le déploiement de 3 300 hommes au Mali pour reconquérir le Nord, aux mains des islamistes rebelles, mais il fallait d’abord former et entraîner les forces africaines qui seraient appelées à intervenir sur le terrain. Dans une déclaration jeudi soir, le Conseil de sécurité avait même pressé ceux qui le pouvaient de fournir à Bamako toute l’assistance nécessaire pour “réduire la menace représentée par les organisations terroristes et les groupes affiliés”.

Mais rien n’empêchait donc les pays prêts à intervenir à le faire, tout au contraire. Vu l’urgence de la situation, la France a donc décidé d’intervenir au mali avant qu’il n’y ait, pour ainsi dire, plus de Mali.

Le ministre des Affaires étrangères français a fait le point aujourd’hui, affirmant, en conférence de presse que « en intervenant au Mali, la France assume ses responsabilités internationales et remplit ses obligations internationales:

Le Conseil voudra savoir maintenant quelle pourrait être la durée de cette offensive, et dans quel délai les troupes africaines (de la force internationale) peuvent être en place. Pour l’instant, les responsables français ont déclaré que l’opération durera “le temps nécessaire”, évoquant “une question de semaines”.

Quant au déploiement autorisé par la résolution de l’ONU de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma), cette force internationale, essentiellement composée de pays d’Afrique de l’ouest africain, son déploiement effectif pour reconquérir le nord du Mali pourrait en effet prendre des mois, même si on tente de l’accélérer dans la mesure du possible.

La Russie, qui souligne souvent le danger de l’extrémisme islamiste et la Chine qui a des intérêts commerciaux et énergétiques en Afrique et pour qui la stabilité du continent africain est importante, ne devraient pas voir l’intervention française d’un trop mauvais oeil.

Quant à Washington, il déclare “partager l’objectif français d’empêcher des terroristes de bénéficier d’un sanctuaire dans la région” fournira à Paris un appui logistique et des drones de surveillance.

État des forces 

Les forces françaises de l’Opération Serval

  • 200 soldats de l’opération Épervier, qui étaient au Tchad, incluant un certain nombre de légionnaires, ont été transportés par avion à Bamako, la capitale malienne. Puis, une compagnie du régiment d’infanterie de marine basé à Auvours s’est rendu à Bamako le samedi 12 janvier.
  • Des hélicoptères de combat Gazelle du 4e régiment d’hélicoptère des forces spéciales, armés missiles anti-chars HOT et de canons de 20 mm. Le 4ème régiment est basé à Pau et dispose de 12 de ces hélicoptères.
  • Quatre chasseurs Mirage 2000D, basé au Tchad, et soutenu par deux ravitailleurs C135. Au total, la France dispose de deux avions de reconnaissance Mirage F1 CR, de six Mirage 2000D, 3 C135, un C130 Transall C160, qui était déjà déployé au Tchad dans le cadre de son opération Epervier.
  • Quatre avions de combat Rafale se sont aussi envolés le dimanche 13 janvier de leur base de Saint-Dizier pour le Mali où ils ont commencé à effectuer des bombardements le même jour.

Les 4 Rafales partent de Saint-Dizier:

Les alliés occidentaux

Du Royaume-Uni:

  • Deux avions C-17 pour transporter des troupes étrangères et du matériel militaire au Mali. Un C-17 est actuellement en France et l’autre est actuellement à la base de la Royal air force Brize Norton-en Angleterre.

La Grande-Bretagne ne propose pas de troupes, mais Mark Simmonds, le ministre britannique pour l’Afrique, a déclaré que le personnel militaire britannique pourrait également être impliqué dans la formation de l’armée malienne.

La participation britannique au Mali est prévu pour durer une semaine, selon le ministre britanique des Forces armées Andrew Robathan Les seuls militaires britanniques au sol seront l’équipe au sol de l’avion de transpot C-17.

Des États-Unis:

Des responsables américains ont indiqué qu’ils offraient d’envoyer des drones au Mali. Le ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, a déclaré que les États-Unis fourniront des services de communications et de l’aide pour le transport de troupes et de matériel.

Du Canada:

Le Canada enverra un C-17 GlobeMaster pour le transport pendant une semaine.

De l’Allemagne

L’Allemagne étudie un soutien logistique ou humanitaire

Et, pendant ce temps, comme nous le disions précécédemment, l’Union européenne accélère les préparatifs de la mission de formation des forces africaines au Mali (on parle maintenant de mi-février ou début mars).

Les Pays africains:

  • Le Burkina Faso enverra 500 soldats au Mali et 500 autres pour verrouiller la frontière nord. Les Burkinabés ont déjà, d’ailleurs, établi des postes de contrôle sur les routes au Burkina Faso qui mène à sa frontière avec le nord du Mali.
  •  Le Nigéria enverra 600 soldats, a annoncé le ministre des Affaires étrangères français le lundi 14 janvier
  • Le Sénégal enverra 500 soldats pour prendre part au combat.
  • Le Niger enverra 500 soldats Mali pour combattre les extrémistes.
  • Le Togo enverra 500 hommes
  • Le Bénin enverra 300 hommes
  • Le Ghana enverra 120 militaires, spécialistes du génie

Et le président nigérien Mahamadou Issoufou a déclaré que 500 soldats maliens qui s‘étaient repliés avec le colonel Alhaji Ag Gamou en 2012 au Niger face à l’avancée des islamistes dans le Nord du Mali pourraient reprendre le combat contre les djihadistes.

Pendant ce temps sur le terrain, les rebelles contre-attaquent

L’aviation française avait bombardé pour la première fois dimanche leurs positions dans le nord, à Gao et Kidal, au coeur des territoires jihadistes. Impossible, par contre, d’établir un bilan exact des pertes du côté des islamistes, mais, dans la seule ville de Gao et sa périphérie, des sources parlent plus de soixante jihadistes tués au cours de bombardements français et des chefs de la rébellion auraient été tués ou blessés.

Les positions islamistes à Nampala, à une cinquantaine de kilomètres de Diabali, et un camp d’entraînement jihadiste à Léré, près de la Mauritanie, avaient aussi été touchés dimanche par les frappes aériennes françaises

Ce lundi 14 janvier, des combattants djihadistes, menés par Abou Zeid, l’un des chefs d’Al-Qaïda au Maghreb (Aqmi), ont repris ce lundi 14 janvier la ville de Diabali, dans l’Ouest, près de la Mauritanie, dans une zone sous le contrôle des autorités maliennes, rapportait ce matin l’AFP.

L’armée mauritanienne s’est quant à elle redéployée lundi pour verrouiller la frontière avec le Mali.

“Nous savions qu’il y aurait une contre-offensive vers l’ouest, d’autant plus que là se trouvent les éléments déterminés, les plus structurés, les plus fanatiques (…). Ils ont pris Diabali, qui est une petite commune, après des combats importants et après une résistance de l’armée malienne qui était insuffisamment dotée à ce moment précis”, a déclaré le ministre français de la Défense, Jean Yves le Drian sur la chaîne BFM-TV.

Toujours ce lundi 14 janvier, le quartier général du Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) à Douentza, à 800 km au nord de Bamako, a été visé à son tour, mais les rebelles islamistes avaient déjà fui la ville.

Et, finalement, les Touaregs prêts à s’allier à la France

Les rebelles touareg du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) ont pour leur part déclaré être “prêts à aider” l’armée française à lutter contre les groupes islamistes armés du nord du Mali, en faisant “le travail au sol”, fort de leur “connaissance du terrain et des populations”.

Les Touaregs s’étaient emparés en janvier 2012 du nord du Mali, avant d’en être évincés peu après par les groupes islamistes armés. Très affaibli, les Touaregs s’étaient en décembre 2012 engagés à cesser les hostilités et à négocier avec le gouvernement malien.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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