Aide militaire canadienne au Mali, finalement, c’est encore « Non! »

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Le coup d'état militaire du printemps dernier au Mali aura déstabilisé la région nord toute entière (Photo: archives, 45nord.ca)
Le coup d’état militaire du printemps dernier au Mali aura déstabilisé la région nord toute entière (Photo: archives, 45eNord.ca)

La porte à une contribution militaire canadienne à la libération du Nord malien, fermée en septembre par le ministre des Affaires étrangères John Baird, entrouverte par le ministre de la Défense Peter MacKay la semaine dernière, vient maintenant d’être refermée par le premier ministre canadien lui-même.

Le premier ministre Stephen Harper a déclaré ce mardi 8 janvier que le Canada «n’envisageait pas une mission militaire au Mali», affirmant que le Canada est «très préoccupé par la situation», mais va «concentrer ses efforts dans la région sur l’aide humanitaire et les négociations diplomatiques avec ses alliés en Afrique et en Occident.»

«Le gouvernement du Canada n’envisage pas directement la mission militaire canadienne», a dit M. Harper, mais il a noté que «le développement de toute une région essentiellement terroriste dans le centre de l’Afrique est une grande préoccupation pour la communauté internationale.»

Le premier ministre Stephen Harper et le chef de l’Union africaine et président du Bénin, Thomas Boni Yayi, se rencontraient aujourd’hui à Ottawa et on s’attendait à ce que le Canada réponde favorablement à une demande qu’aurait faite le président béninois sur la contribution militaire du Canada au Mali, dont le Nord est occupé par des islamistes radicaux.

Thomas Boni Yayi a déclaré pour sa part qu’il a discuté de la résolution de l’ONU avec M. Harper et a salué les efforts diplomatiques et humanitaires du premier ministre. Il toutefois insisté sur la nécessité d’une aide internationale pour lutter contre des activités terroristes en Afrique, et est allé jusqu’à demander l’aide des troupes de l’OTAN.

«Nous devons réagir pour la simple raison que, non seulement cette question va bien au-delà de la portée de l’Afrique, mais aussi nous devons nous concentrer sur le fait que le fléau du terrorisme est un problème de la communauté internationale dans son ensemble», a déclaré le président de l’Union africaine.

Au lieu d’aide militaire au Mali, le premier ministre Stephen Harper a annoncé aujourd’hui un soutien visant à aider le Bénin à moderniser son administration publique et à accroître l’efficacité de son régime fiscal, la signature de l’Accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers (APIE) Canada Bénin et l’octroi d’un soutien supplémentaire afin d’aider les pays africains à gérer leurs ressources naturelles de façon responsable et transparente, ce qui favorisera le développement économique durable.

Positions des autres pays sur l’intervention militaire

Une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU du mois dernier demandait à tous les pays de contribuer à arrêter l’expansion du terrorisme qui a pris racine au Mali.

On se souvient que, à la faveur d’un coup d’État survenu l’an dernier et qui avait créé un vide sécuritaire, des groupes armés liés à Al-Qaïda s’étaient emparés du Nord du Mali. La progression des rebelles islamistes radicaux s’était ensuite arrêté. La communauté internationale craignait toutefois que le Nord malien ne devienne un refuge et une base pour ces groupes extrémistes.

Pire encore, les rebelles islamistes, non contents d’occuper le Nord du pays, se sont mis à bouger cette semaine et se sont déplacés le lundi 7 janvier vers le sud, à proximité de positions du gouvernement malien, éveillant la crainte de nouveaux affrontements après des mois d’impasse.

La résolution 2085 du 20 décembre du Conseil de sécurité pressait déjà les états membres de l’ONU de fournir de l’entraînement militaire, de l’équipement, du renseignement, de l’appui logistique et toute l’assistance nécessaire pour réduire la menace posée par les organisations terroristes. Mais certains pays hésitaient et l’intervention militaire des pays d’Afrique de l’Ouest, dans le meilleur des cas, ne semblait pas pouvoir se faire avant septembre 2013, le temps que soient formées et entraînées par les puissances occidentales les troupes africaines.

Le président français, François Hollande, indiquait dès octobre être disposé à «apporter une aide logistique, donner un appui matériel et former les personnels africains qui pourraient être amenés à intervenir dans le nord du Mali. »  L’Union européenne pour sa part se disait le 15 octobre prête à fournir une aide militaire au Mali afin de lutter contre les islamistes , car l’Europe craignait (et craint encore) que l’expansion du conflit puisse provoquer la création des zones pour des organisations terroristes sur son territoire.

Mais le Canada annonçait, quant à lui, dès la  fin septembre , qu’il ne souhaitait pas intervenir dans le conflit malien: le ministre des Affaires Étrangères John Baird a rejetait alors l’idée d’envoyer des troupes au Mali et toute autre aide logistique. M. Baird disait préférer la voie diplomatique et déclarait soutenir les efforts de la CEDEAO pour restaurer la démocratie au Mali après le coup d’État de mars dernier.

Pourtant, les forces spéciales canadiennes ont effectué plusieurs missions d’entraînement au Mali avant le coup d’État, et avant qu’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) ne prenne le pouvoir dans la majorité de la portion nord de ce pays pauvre.

Toutefois, depuis la semaine dernière, la porte fermée en septembre par John Baird avait été entrouverte par le ministre canadien de la Défense, Peter MacKay, qui a avait déclaré que le Canada pourrait, finalement, envoyer des troupes pour former les forces africaines.

Aujourd’hui, la porte a été été refermée par Stephen Harper!

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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