Arctique: les intérêts divergent, le Canada s’affirme

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Le premier ministre Harper se rend dans le Nord chaque année depuis sept ans (Photo: Ministère de la Défense nationale)
Le premier ministre Harper se rend dans le Nord chaque année depuis sept ans (Photo: Ministère de la Défense nationale)

Alors que le réchauffement climatique s’accélère aux quatre coins de la planète, la fonte progressive de la Banquise devrait ouvrir les routes maritimes dans les années à venir. Face à la recrudescence des intérêts au cœur de l’océan Arctique, l’Observatoire de la Politique et la Sécurité de l’Arctique  (OPSA), représenté par Stéphane Roussel, professeur à l’Ecole nationale d’administration publique (ENAP), organisait, ce jeudi, un séminaire intitulé « Arctique : Regards croisés Canada – Espagne ».

«C’est une problématique importante», assure Stéphane Roussel, ce jeudi. Dans les locaux de l’Université de Québec à Montréal (UQAM), ce professeur à l’ENAP et spécialiste de l’OPSA, plante le décor des enjeux à venir. «Il s’agit de gérer le plus efficacement cette région jusque-là isolée», ajoute-t-il.

Pour cela, le professeur Roussel s’appuie sur le Conseil Arctique, créé en 1996 à Ottawa.

Cette organisation de coopération internationale réunit huit membres permanents (Canada, Etats-Unis, Finlande, Russie, Norvège, Islande, Danemark, Suède), en plus de six communautés arctiques indigènes. Plusieurs observateurs permanents sont également présents en guise de consultation, parmi lesquels six pays de l’Union Européenne, dont la France et l’Espagne.

Le Canada présidera le Conseil Arctique en mai prochain

Lors de ce séminaire d’échange sur les enjeux à venir au cœur de l’océan, les différents intervenants s’accordent pour présenter le Conseil Arctique comme l’organe principal de gestion de l’espace arctique.

Alors que la présidence subit un roulement tous les deux ans, 2013 marque la fin de six années de gouvernance «nordique» (la Norvège, le Danemark et la Suède se sont succédés à la tête du conseil).

Place désormais au Canada qui prendra le flambeau dès le mois de mai prochain, avant de voir les Etats-Unis lui succéder deux ans plus tard.

Pas question pour autant de parler de politique «nord-américaine». «Les Etats-Unis sont déconnectés de ce problème-là. Il est difficile de trouver quelqu’un à Washington qui s’intéresse à l’Arctique», confie Stéphane Roussel.

Une militarisation de la région

A l’inverse, le Canada se penche, plus que jamais, sur ce qui se passe aux abords de ses frontières.

Le gouvernement conservateur de Stephen Harper entend assurer la souveraineté du pays dans cette région. Depuis son arrivée au pouvoir, plusieurs exercices militaires et autres opérations sont menés par les Forces Canadiennes au cœur de l’Arctique.

Une militarisation croissante qui trouve écho dans la politique menée par la Russie. Moscou entend ainsi mettre en place un groupement de troupes en vue de protéger ses enjeux économiques et politiques dans la région. Canadiens comme Russes montrent là leur intérêt croissant quant au respect des frontières maritimes dans la région.

Un intérêt pourtant récent, comme le rappelle Pablo Pareja Alcaraz, professeur à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone. «En 2003, beaucoup disaient que le Conseil (Artique) était mort. Plusieurs années plus tard, plusieurs États le poussent à diriger la région», assure-t-il.

De nouveaux prétendants aux abords de l’Arctique

Pour autant, «aucun consensus n’apparaît dans ce Conseil», ajoute le professeur Pareja Alcaraz. Dans cette région, les considérations écologiques rencontrent, en effet, les intérêts stratégiques, économiques et politiques  des différentes puissances mondiales.

Ainsi, plusieurs pays se rapprochent progressivement du débat. «Le plus déterminé reste la Chine», confie Stéphane Roussel. «Mais Singapour, le Japon, l’Inde ou encore l’Afrique du Sud aimeraient devenir observateur permanent au Conseil Arctique», ajoute-t-il.

L’ouverture du passage au cœur de l’océan Arctique réduirait, en effet, considérablement la longueur des transports maritimes pour de nombreux pays. «Cela permettrait de connecter les trois grands pôles économiques, à savoir l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord», note Sébastien Maffione, doctorant à l’UQAM et spécialiste des problèmes de défense et de sécurité dans l’Arctique.

L’Union Européenne ambitieuse mais désorganisée

Autre acteur de ce nouveau marché, l’Union Européenne tend à se rapprocher du Conseil Arctique. Mais après avoir déjà fait une demande pour l’intégrer, refusée, par le Canada, l’instance dirigeante du Vieux continent paraît affaiblit par la divergence des intérêts en son propre sein.

«Les pays européens sont présents mais pas l’Union Européenne en tant qu’entité. Les différentes approches nationales menées pourraient ainsi être un frein à l’action européenne au Conseil Arctique», assure Sébastien Maffione.

Au cœur des désaccords, le Canada assure notamment que les voies maritimes aux abords de son territoire continental lui appartiennent exclusivement. Une vision que ne partagent pas les prétendants asiatiques, par exemple. «L’une des questions cruciales concerne l’usage des nouvelles voies maritimes. Cela représentera-t-il un «passage par intérêt» ou un simple «passage innocent» ?», s’interroge Pablo Pareja Alcaraz.

Quand le Canada tend à adopter une vision «unilatérale» et «sécuritaire» dans la région, d’autres pays, compagnies et entreprises y voient «une mine d’or» à exploiter dans les prochaines années.

En somme, «il n’y a pas de vrai leader dans la région», confie Pablo Pareja Alcaraz. Entre souveraineté nationale, considération écologique et intérêt économique, le fossé se creuse. Pendant ce temps, la Banquise n’en finit plus de fondre.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

DiscussionUn commentaire

  1. Jean Rouleau

    Le probleme c'est que les U.S.A. revendique, ainsi que le Canada, la Russie déclare un consortium avec la Chine pour des forages en mer ainsi que sont transports et eux n'attendrons pas pour revendiquer. La Chine a demandé pour etre observateur et ce n'est pas pour rien. Je trouves désolant pour les jeunes générations de demain. Aux lieu de préserver, proteger, éduquer, pourquoi ne pas interdires tous forages et exploitations diverses, et de proteger l'artique et l'Antartiques. comme patrimoine mondiale. Il faut se tourner vers d'autre energie moins polluante.