Difficile de faire reconnaître les maladies liées au service militaire

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« Nous sommes entraînés pour prendre soin de nos collègues » dit une photo illustrant un texte sur la prévention du suicide sur le site de l’Armée canadienne (Photo: MDN)
Après un déploiement à l’étranger, le militaire canadien rencontrerait de la difficulté à faire reconnaître ses problèmes de santé (Photo: MDN)

Notre journaliste Raymonde Thériault s’est intéressée à deux cas que le ministère des Anciens Combattants Canada (ACC) se doit de résoudre. Mais que fait ACC?

Le mandat du ministère consiste «[…] aux soins, au traitement ou à la réinsertion dans la vie civile de personnes ayant servi soit dans les Forces canadiennes ou dans la marine marchande du Canada, soit dans la marine, la marine marchande, l’armée de terre ou l’aviation de Sa Majesté, de personnes qui ont pris part, d’une autre manière, à des activités reliées à la guerre, et de personnes désignées […] aux soins de leurs survivants ou des personnes à leur charge.»

Même si le ministère offre des services exceptionnels pour certains, pour d’autres, c’est le contraire.

On peut penser qu’un militaire ayant été au service de sa nation aurait droit à plus que de la reconnaissance lorsqu’il est confronté à certains problèmes. Les avantages et les services offerts ne sont pas simplement «donnés» aux anciens combattants comme un cadeau. L’ancien militaire doit en avoir besoin.

Les services offerts par le ministère sont des services que l’on offre ou des prestations qui sont déjà moulées pour des cas spécifiques. C’est-à-dire les conditions et les règles sont déjà établies.

Lorsqu’il est temps de demander des services ou des réponses claires, les anciens militaires ont de la difficulté à trouver réponse.

La plupart des avantages et des services sont prédéfinis et si le cas du militaire ou de l’ancien militaire n’est pas moulé comme les autres, ce dernier risque d’avoir de la difficulté à avoir de l’aide. Ce militaire devra combattre pour prouver son point et la faire accepter au ministère des Anciens Combattants.

Plusieurs cas nous viennent à l’esprit, mais nous nous attaquerons à deux cas particuliers qui se relient.

Les militaires qui ont combattu durant la Guerre du Golfe en 1990-1991 et durant le conflit du Kosovo et de la Bosnie dans les années 90.

Les militaires qui ont combattu dans l’un ou l’autre ne demandent pourtant que d’être aidés.

Pourtant le Ministère des Anciens Combattants (ACC) tarde à répondre aux militaires qui voient leur corps dépérir. Parce que ce projet ne parlera principalement que de la souffrance physique, il est tout de même important de comprendre que ACC s’occupe également de l’aide psychologique offert aux militaires lorsqu’ils reviennent de mission ou lorsque les militaires ou ex-militaires en juge nécessaire.

Syndrome de la guerre du Golfe

En 1990, Saddam Hussein, le président de l’Irak décida d’envahir le Koweït. Suite à cette invasion, plus de 34 différents États, appuyés par l’ONU ont tenté de stopper l’Irak. Ce conflit est nommé la Guerre du Golfe.

De cette guerre, plusieurs militaires de différents pays ont ce qu’on appelle communément Le Syndrome de la Guerre du Golfe. Cette maladie s’explique par la manifestation de plusieurs symptômes causés par une inhalation à l’acétylcholinestérase.

Pendant plusieurs années, et encore aujourd’hui, les militaires des différents pays qui ont participé à cette guerre essaient de faire reconnaître le syndrome de la Guerre du Golfe. Si les États-Unis ont demandé à une commission d’éclaircir le sujet en 2002 et ont réussi à le faire reconnaître il ne s’agit pas de la même position pour le Canada.

Le 19 mars 2001, le ministre responsable des Anciens Combattants, l’honorable Ronald J. Duhamel, a fait une allocution en Chambre. Cette allocution visait à s’introduire à la chambre, à titre de nouveau ministre des anciens Combattants et à rendre compte sur ce qui était à faire prochainement dans son mandat. Il aborda le Syndrome de la guerre du Golfe:

«Le ministère des Anciens Combattants reconnaît que certains anciens combattants de la guerre du Golfe sont gravement malades et que, dans certains cas, les causes de leurs maladies ne sont pas claires. Les recherches effectuées jusqu’ici n’ont pas permis d’établir une cause sous-jacente aux symptômes ou groupes de symptômes signalés par certains militaires de la guerre du Golfe, bien que l’on qualifie souvent officieusement les maladies en question de  »syndrome de la guerre du Golfe ».»

En 2001, le ministre des anciens Combattants ne reconnaissait pas encore le syndrome de la guerre du Golfe, du moins pas légalement. Il comprenait que certains militaires souffraient de symptôme, mais ne voulais pas admettre et ne trouvait pas de recherche qui donnait raison aux militaires.

Encore aujourd’hui, le ministère des Anciens Combattants du Canada ne reconnait pas le syndrome de la Guerre du Golfe et pourtant, plusieurs recherches existent sur le sujet et plusieurs donnent raison aux militaires sur le terrain.

En 2004, un rapport d’une commission mise sur pied par le Congrès américain affirmait que malgré que plusieurs militaires américains (un quart des américains qui ont participé à ce conflit) avaient des symptômes qui se ressemblaient, mais n’étaient pas uniques, que le Congrès reconnaisse le Syndrome de la Guerre du Golfe et allait de l’avant pour prodiguer des soins aux militaires qui le désiraient.

Le Congrès n’a voulu admettre ce rapport qu’en 2008. En 2008, le National Academy of Science avait rendu publique leurs données de recherche qui prouvait que les symptômes attribués à ceux du conflit du Koweït étaient vrais.

Tandis qu’en 2004, un rapport d’un juge britannique indépendant conclu que les militaires britanniques souffrent vraiment des symptômes de la Guerre du Golfe et non d’un simple problème de stress, le président Tony Blair ne veut rien entendre. En France, la reconnaissance pour le syndrome vient en 2006.

Au Canada, la Défense nationale ne reconnait pas haut et fort le syndrome, mais offre quand même des pensions d’invalidité:

«Chaque fois qu’on a pu démontrer un lien temporel entre le diagnostic médical et le service dans le Golfe, les anciens combattants se sont vus accorder une pension d’invalidité. Il n’était pas nécessaire de démontrer le rapport de cause à effet. De fait, Anciens Combattants Canada n’exige pas qu’un syndrome soit reconnu pour accorder une pension à des anciens combattants souffrant d’une maladie attribuable au service militaire.»

Mais pour un blessé, reconnaitre ce qu’il lui arrive fait partie du processus de guérison. Les militaires qui souffrent en silence et qui reçoivent leurs pensions s’invalidité voudrait peut-être savoir la vérité. Le cas du syndrome de la Guerre du Golfe rappel un cas récent, celui de Pascal Lacoste.

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Fille de deux parents militaires, Raymonde Thériault grandit sur différentes bases militaires. À l’université, elle est directrice du journal étudiant. En novembre 2010, elle est déployée avec la Roto 10 en Afghanistan.

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