Mali: Gao reprise aux islamistes, bientôt Tombouctou

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Au cours des dernières 36 heures, les forces engagées dans l’opération Serval ainsi que plusieurs unités maliennes ont conduit des opérations aéroterrestres qui ont permis de s’emparer de l’aéroport et du pont de Gao et de détruire plusieurs groupes terroristes (Photo: EMA)
Au cours des dernières 36 heures, les forces engagées dans l’opération Serval ainsi que plusieurs unités maliennes ont conduit des opérations aéroterrestres qui ont permis de s’emparer de l’aéroport et du pont de Gao et de détruire plusieurs groupes terroristes (Photo: EMA)

Au cours des dernières 36 heures, les forces engagées dans l’opération Serval ainsi que plusieurs unités maliennes ont conduit des opérations aéroterrestres qui ont permis de s’emparer de l’aéroport et du pont de Gao, de reprendre la ville  et de détruire plusieurs groupes terroristes, annonce la Défense française, alors que, le même jour, la CEADO annonce qu’elle porte à  6 000 le nombre de soldats qu’elle veut engager dans la bataille.

Des contingents africains, formés de militaires nigériens et tchadiens, arrivent maintenant pour prendre le relais des forces françaises. Les soldats nigériens et tchadiens sont venus par la voie des airs, depuis Niamey.

Ils sont accompagnés de soldats maliens du colonel Alhaji Ag Gamou, qui étaient réfugiés au Niger depuis l’an dernier, après la débâcle face aux groupes armés.

Le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, en visite ce samedi à Santiago, au Chili, a déclaré pour sa part: « En ce moment les troupes françaises et maliennes sont autour de Gao et bientôt près de Tombouctou », ajoutant « L’objectif, c’est que la force multinationale africaine, qui est en préparation -plusieurs milliers de soldats sont déjà là, d’autres arrivent, l’état-major est à Bamako -puisse prendre le relais et que le Mali puisse engager un processus politique de stabilisation.»

Car c’est finalement 6 000 soldats que Afrique de l’Ouest a l’intention de déployer dans le cadre de sa force d’intervention au Mali (Misma), auquel s’ajouteront les 2 000 militaires promis par le Tchad,  qui ne font pas partie de la Misma mais agissent en coordination avec elle.

C’est en effet ce qu’a annoncé ce samedi le chef d’état-major ivoirien, le général Soumaïla Bakayoko, au sortir de la réunion d’urgence que tenaient à Abidjan les chefs-d’état-major des pays de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao).

Jusqu’à l’annonce d’aujourd’hui, l’Afrique de l’Ouest  ne visait le déploiement d’environ 4.000 militaires.

Sur le terrain

Le communiqué de la Défense française qui annonce la prise de l’aéroport de Gao précise en outre que plusieurs éléments terroristes qui avaient pris à partie les forces  françaises ont été détruits au cours de l’opération qui a permis de s’emparer de l’aéroport.

Le dispositif sur la zone de Gao s’est renforcé avec notamment l’engagement de 350 militaires maliens et d’une unité du GTIA 21e RIMa par voie terrestre ainsi que par l’aéroportage de plusieurs véhicules et l’arrivée des soldats tchadiens et nigériens.

Par ailleurs, sur le fuseau ouest, les dernières 36 heures ont permis à un détachement constitué du GTIA 21e RIMa et d’unités maliennes, appuyé par le groupement aéromobile (GAM) de conduire une reconnaissance offensive de nuit de Diabali vers Léré, où plusieurs éléments terroristes étaient encore signalés il y a quelques jours. La progression est rendue difficile par l’état des pistes, poursuit le communiqué de la Défense, mais, jusque là, le détachement engagé dans cette reconnaissance n’a pas rencontré de résistance.

Toutes ces opérations aéroterrestres ont été précédées par une importante phase de frappes aériennes sur des objectifs autour de Gao et Tombouctou, souligne-t-on dans le document officiel. Près d’une trentaine de bombes ont été larguées par les chasseurs sur des cibles terroristes au cours des deux nuits précédentes. Au total, ce sont près de 30 sorties aériennes qui ont été effectuées au cours des dernières 36 heures. Deux Rafale supplémentaires ont été déployés le 25 au profit de l’opération Serval et immédiatement engagés pour ces frappes. Actuellement, ce sont 12 chasseurs qui sont engagés dans les opérations aériennes.

Les groupes islamistes armés qui s’étaient lancés à la conquête du nord du Mali en mars 2012, s’étaient emparés en avril de Gao et deux autres capitales provinciales, Tombouctou et Kidal, à la faveur du chaos ayant suivi le putsch qui avait renversé le gouvernement du président Touré.

Depuis le début de l’intervention dirigée par la France, les islamistes auront donc abandonné quantre importantes villes dont ils s’étaient emparés au centre du Mali, soit Diabali, Konna et Douentza, et ils devraient bientôt perdre Tombouctou, la ville historique où ils s’étaient livrés au massacre de mausolées faisant partie des joyaux du patrimoine mondial.

Simultanément, la force française poursuit son renforcement logistique et atteint désormais l’effectif de 2500 hommes engagés sur le sol malien et les contingents africains de la MISMA et tchadien atteignent désormais un effectif de plus de 1900 hommes.

La situation humanitaire

Pendant ce temps, la situation humanitaire s’aggrave et les craintes d’exactions des soldats maliens à l’encontre des populations civiles arabe et touareg suscitent de plus en plus d’inquiétudes.

Les exactions de l’armée malienne à l’encontre des civils dans les zones libérées sont particulièrement préoccupantes: selon des témoignages concordants, à mesure que les forces maliennes progressent grâce à l’appui des forces françaises, les forces maliennes se livreraient à des exactions contre les populations arabes et touaregs.

Sur la ville de Gao, qui vient d’être libérée, des premiers témoignages font déjà état d’actes de pillage.

Un dirigeant des rebelles touaregs du Mali a d’ailleurs  exclu ce samedi toute alliance avec l’armée malienne et la force africaine de la Cédéao, disant craindre des exactions contre des Maliens à la peau claire, assimilés aux djihadistes du nord. Le porte-parole du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), Hama Ag Sid Ahmed, a déclaré dans un entretien au journal Le Soir d’Algérie que son mouvement estimait«[…] que ces forces,(les forces maliennes) pilotées par l’armée malienne, ne connaissent pas la région et elles risquent fort de s’engager dans une guerre contre la +peau blanche+ ».

Par ailleurs, le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), a annoncé quant à lui être prêt à négocier la libération d’un otage Français qu’il détient, Gilberto Rodriguez Leal, enlevé en novembre 2012 dans l’ouest.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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