La guerre au Mali: prélude à une longue présence internationale?

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Suite à la menace grandissante d’une intervention militaire internationale au Mali, les islamistes ont accéléré leurs mouvements et poussé vers le sud. Les combats des dernières semaines dans le nord du Mali entre l’armée régulière et les islamistes ont transformé la crise malienne en une crise aux enjeux internationaux.

Le Président français, François Hollande, a affiché sa détermination à combattre «l’offensive des terroristes» en ordonnant des attaques aériennes, en déployant des soldats sur le sol malien (après avoir affirmé que la France ne le ferait pas) et en renforçant le dispositif militaire français au Tchad.

La guerre

La guerre a bel et bien commencé. Elle était prévisible et évitable, car, comme plusieurs experts le prédisaient dès juillet dernier, approcher la crise malienne sous l’angle de la lutte antiterroriste était créer une prophétie autoréalisatrice.

En effet, à chaque nouvelle menace d’intervention militaire internationale, les islamistes voyaient leur nombre augmenter et leur contrôle du nord du pays se resserrer. Certains diplomates occidentaux avaient d’ailleurs prévu les attaques des islamistes après le vote de la Résolution 2085 du Conseil de sécurité des Nations Unies (votée le 20 décembre 2012), mais peut-être pas leur intensité et détermination ou le niveau de l’incompétence de l’armée gouvernementale malienne.

Pour le moment, l’intervention militaire française semble jouir d’un fort consensus. Le Président Hollande a l’appui de (presque) toute la classe politique française. La Grande Bretagne fournira un appui militaire logistique, alors que le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, déclarait que «Les Américains vont nous seconder dans cette opération, à la fois en terme de renseignement et en terme de soutien, et logistique et de ravitaillement en vol, donc il y a une solidarité totale de la part des États-Unis».

Quels objectifs de guerre?

Pourtant, nous sommes en droit de demander si la « guerre au terrorisme » ne précipite pas la guerre; ou si, comme l’écrivait Dominique de Villepin, «au contraire, elles [ces guerres au terrorisme]légitiment les plus radicaux».

La France semble déterminée à rester au Mali «le temps nécessaire», mais nécessaire à quoi exactement? Quels sont les objectifs d’une telle guerre?

Les objectifs affichés sont d’arrêter la progression des islamistes et de permettre au Mali de retrouver son intégrité territoriale. Quand nous y regardons de plus près, ces buts s’annoncent difficiles à atteindre.

D’abord, le nord du Mali est un territoire grand comme la France où les forces islamistes mobiles peuvent rapidement disparaître. Le climat et l’inaccessibilité du territoire augmentent les difficultés logistiques et militaires.

De plus, les unités de l’armée malienne ont déjà démontré leur incapacité à les combattre. Il est douteux que les troupes africaines qui devaient être déployés au Mali (d’ici septembre 2013 à l’origine) puissent être plus efficaces, même si elles devaient être soutenues militairement par les Européens (surtout par les Français). Il faut donc prévoir une présence militaire occidentale qui ira grandissante.

D’un autre côté, les actions militaires françaises font l’affaire des islamistes. L’entrée en jeu de forces étrangères au Mali peut être dénoncée comme une «croisade impérialiste» contre l’Islam. Les stratèges islamistes peuvent ainsi se présenter comme les défenseurs d’une religion et d’une culture menacées. Et les recrues ne manqueront pas dans une région où les trafics sont fourmillants, où beaucoup de gens se sentent marginalisés et où les États limitrophes ont peu de contrôle sur les mouvements transfrontaliers.

Bref, l’activité militaire française n’est que le début. Tous convergent sur le Mali : les islamistes, mais aussi les pays africains de la région (le Sénégal, le Niger et le Burkina Faso ont promis chacun l’envoi d’un bataillon de 500 hommes dès cette semaine), les organisations régionales africaines (en particulier l’Union africaine dont le président et président du Bénin, Thomas Boni Yayi, a demandé une intervention de l’OTAN) et les institutions internationales qui travaillent dans la gestion de conflit (l’ONU, l’Union européenne).

Il ne reste qu’à savoir si nous aurons droit au Mali à une autre interminable guerre contre le terrorisme ou à une autre intervention internationale (presque tout aussi interminable) de construction de la paix et de reconstruction de l’État.

Fort probablement qu’il s’agira d’un mélange des deux, lorsque les Français laisseront la place à l’ONU et aux organisations régionales africaines.

Chose certaine, il semble que débute, pour les Maliens notamment, plusieurs années de présence internationale au Mali.

Bruno Charbonneau est directeur de l’Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM et Professeur agrégé au Département de Science politique de l’Université Laurentienne. Il se spécialise dans les relations de sécurité France-Afrique, les conflits en Afrique francophone et les opérations de paix en Afrique.

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