La MISMA: opération de paix d’un nouveau modèle au Mali?

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La Mission internationale de soutien au Mali (MISMA) a vu le jour le 20 décembre 2012 avec l’adoption par le Conseil de sécurité de la Résolution 2085, un peu moins de huit mois après le putsch militaire qui a mis fin à la présidence d’Amadou Toumani Touré et précipité la descente aux enfers de la République du Mali.

Engagée en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, son objectif premier est la consolidation et le redéploiement des Forces de défense et de sécurité maliennes tout comme la «reprise des zones du nord de son territoire contrôlées par des groupes armés terroristes et extrémistes».

L’intervention française amorcée le 11 janvier 2013 a clairement inversé les rôles et il envisageable de penser que la reprise du nord par le corps expéditionnaire français, appuyé par les forces maliennes et africaines, permette rapidement de passer rapidement aux autres chapitres de la Résolution: activités «de stabilisation» pour aider les autorités maliennes à assurer la sécurité et renforcer l’autorité de l’État, protéger les populations civiles et aider à la sécurité de l’acheminement de l’assistance humanitaire tout comme au rapatriement librement consenti des déplacés et des réfugiés.

Y-a-t-il quelque chose de neuf quant au modèle opératoire de la MISMA?

Certes, ce n’est pas la première fois que l’on voit une grande puissance intervenir en première ligne.

De l’Australie au Timor oriental en 1999 à l’intervention du 11 janvier 2013 dernier au Mali par la France, ou encore en passant le Royaume Uni en Sierra Leone (2000) ou à la France en Côte d’Ivoire en 2002, nombreux sont les exemples où des forces extérieures «musclées» sont venues interrompre le cours de l’histoire (Sierra Leone, Mali, Côte d’Ivoire) ou encore mettre un terme à une situation chaotique et humanitaire grave (Timor oriental).

Ce n’est pas non plus la première fois qu’une mission a pour vocation d’être entièrement «africaine». L’AMISOM, la Mission de l’Union Africaine en Somalie, adoubée en 2007 par le Conseil de sécurité des Nations Unies, et déployée depuis à Mogadiscio et dans le centre et le sud de la Somalie, peut compter sur les combattants de près d’une dizaine d’États africains, épaulés par les États-Unis et la France pour l’entraînement de certaines composantes militaires, ainsi que sur un financement international diversifié.

D’autres exemples moins connus ont historiquement permis à l’Union africaine de déployer des corps expéditionnaires multinationaux pour mettre en œuvre des accords de paix, voire imposer la paix, que ce soit au Burundi (AMIB) ou encore au Liberia (ECOMOG). À ce jour, avec des résultats mitigés, l’Opération hybride Union africaine – Nations Unies au Darfour (MINUAD), créée en 2007, qui doit afficher son caractère profondément «africain» compte sur les composantes militaires de 19 pays africains mais aussi de 15 pays d’autres continents.

Mais alors qu’il aura fallu plusieurs années pour que l’AMISOM atteigne le niveau de force souhaité pour mener à bien son mandat (8 000 hommes), il semblerait que la MISMA atteigne rapidement le même objectif (8 000 hommes), et ce dans des délais record.

Aux côtés des forces maliennes, dont l’entraînement et la consolidation serait confiée à l’Union européenne (450 hommes), 8 000 autres hommes en armes devraient constituer la force de la MISMA, tous en provenance de dix pays d’Afrique de l’Ouest, ainsi que du Tchad, du Burundi, du Rwanda ou encore de la Tanzanie. La Côte d’Ivoire, toujours sous embargo de l’ONU sur les armes depuis 2004, assurera quant à elle une grande partie du soutien logistique aux troupes.

Nouveau modèle?

On pourrait penser que jusque là, tout est dans la normale. Mais le processus en cours se singularise sur cinq points :

1) La réponse militaire limitée «hors continent», tant de la part des Européens que d’autres amis de la France (USA, Canada) devrait donner une pleine et entière visibilité aux forces africaines présentes sur territoire malien.
Aussi, même si le régime des «forces en attentes» au niveau du continent et de ses sous composantes est loin d’avoir atteint sa pleine capacité, jamais une force «africaine» n’aura, à ce jour, rassemblé aussi rapidement autant de composantes militaires africaines nationales autour d’une menace à la sécurité d’un pays membre de l’Union. Tout concourt pour donner à la MISMA une légitimité politique continentale et internationale inédite;

2) Le financement immédiat de l’opération, lequel pourrait dans les meilleurs délais être imputé au budget des opérations de maintien de la paix des Nations unies, assurant de manière quasi immédiate le remboursement des sommes encourues pour les bataillons et opérations africaines au Mali.
En clair, selon des règles compliquées édictées par l’Assemblée générale élaborées au prorata du PNB de chacun des États membres, c’est clairement le «Nord» qui aura la charge du financement de l’opération, sans pouvoir subordonner ce dernier à un agenda politique.
C’est donc une petite révolution qui épargnera aux différents gouvernements participants de mettre à sec leurs budgets de défense respectifs, voire de les «intéresse » à appuyer un concept d’opération s’inscrivant dans la durée, et qui surtout assurera une claire distinction entre le développement des opérations militaires, des objectifs politiques, et du financement qui leur permettra d’accomplir les uns comme les autres.

3) Le fait que les Nations Unies se voient invitées rapidement à «monter dans le train» en termes financiers permettra aussi rapidement d’engager les efforts rendus nécessaires très prochainement pour assurer les autres mandats de la MISMA déjà cités: protection des populations, restauration de l’État malien dans ses droits régaliens, assistance humanitaire et consolidation de la paix. Un chantier de reconstruction qui prendra certainement des années;

4) Le traitement politique, diplomatique et militaire de la crise, depuis mars 2012, et particulièrement depuis le 10 janvier 2013, peut accréditer plus facilement la thèse de la légitimité du maintien de la présence d’une moyenne ou grande puissance (lire: occidentale) au service des intérêts d’États africains. Il en a été ainsi pour imposer le résultat des élections en Côte d’ivoire en 2012 tout comme de l’appel à l’aide du président malien il y a quelques semaines.
Ce ne fut pas le cas pour le président de République centrafricaine, François Bozizé, car son «appel au secours» auprès de Paris avait des relents prononcés de vieille «Françafrique» sur laquelle François Hollande voudrait tourner la page;

5) Enfin, la solution internationale dessinée par le lancement de l’opération française et la mise en œuvre par l’Afrique et les Nations Unies de la Résolution 2085 renforcera indéniablement la légitimité et la stature incontournable du Président Dioncouda Traoré dans la gestion de la phase actuelle de transition «post-putsch» du mois de mars dernier.
Le Conseil de sécurité a clairement exigé en décembre dernier «qu’aucun membre des Forces armées maliennes ne s’immisce dans les activités des autorités de transition» quitte à sanctionner ceux qui «empêchent la mise en œuvre de l’ordre constitutionnel du Mali».
Gageons que les opérations actuelles permettront aux forces maliennes de gagner en formation et crédibilité tout en évitant de s’occuper de politique interne. Les puissances et médiateurs au chevet du Mali devraient le leur rappeler rapidement.

Yvan Conoir est chercheur en résidence à l’Observatoire sur les missions de paix et les opérations humanitaires et coordonnateur des écoles d’été Missions de paix, opérations humanitaires et consolidation de la paix de la Faculté de science politique et de droit de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM.

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