La mission de formation des Forces canadiennes à Kaboul

0

En décembre dernier, j’ai été invitée par le ministère de la Défense nationale pour participer à une visite, destinée à familiariser des intervenants du milieu académique aux réalités de la nouvelle mission de formation à Kaboul. Actuellement, 950 soldats canadiens sont déployés dans le cadre de l’opération Attention, qui a débuté en juillet 2011. Sous leur nouveau mandat, le rôle des Forces canadiennes se limite à former les Forces de sécurité nationales afghanes, afin que celles-ci soient capables d’assumer d’ici 2014 l’entière responsabilité de la sécurité en Afghanistan.

En trois jours, c’était un plan ambitieux, certes. Mais grâce à un horaire minuté au quart de tour, nous avons visité les camps névralgiques de l’Opération Attention. Voici une petite visite guidée.

Camp Phoenix, Quartier général de la Contribution canadienne à la mission de  formation  – Afghanistan – 140 soldats canadiens (Photo: Jean-Christophe Boucher)
Camp Phoenix, Quartier général de la Contribution canadienne à la mission de formation –
Afghanistan – 140 soldats canadiens (Photo: Jean-Christophe Boucher)

C’est à partir du Quartier général, situé au Camp Phoenix, que s’effectue l’ensemble de la coordination de la Contribution canadienne à la mission de formation en Afghanistan (CCMF-A). Nous y avons rencontré le commandant adjoint de la CCMF-A, le Colonel Pelletier, qui dirige la roto 2 de l’Opération Attention. Cette rotation est majoritairement composée de Québécois venant de la région de Valcartier, à Québec. Bien que le travail change quelque peu selon le camp visité, le mandat central de la CCMF-A est de fournir un soutien à la formation et au développement professionnels des instructeurs des forces de sécurité afghanes. Le Canada est le deuxième plus important contingent à faire de la formation en Afghanistan.

Pour vous mettre dans l’ambiance, le Camp Phoenix est une base américaine, conçue pour héberger 3 500 soldats; on y retrouve un Green Bean Coffee, un Burger King, un Pizza Hut et des échoppes vendant des produits afghans.

Camp Alamo, Centre d’entraînement militaire de Kaboul – 240 soldats canadiens

Le Camp Alamo est un centre d’entraînement de 80 km2 où sont formés les recrues de l’Armée afghane. Le Centre d’instruction militaire de Kaboul est chargé de l’instruction d’environ 60 000 recrues par année et un programme d’alphabétisation a également été mis en place. Point important à souligner, seuls des instructeurs afghans enseignent les cours aux recrues afghanes. Davantage en retrait, le rôle du personnel canadien consiste à offrir des conseils au cadre d’instructeurs afghans afin d’améliorer la qualité générale de l’instruction.

Camp Blackhorse, Centre consolidé de mise en service – 116 soldats canadiens

La formation, dispensée au camp Blackhorse, enseigne aux militaires afghans les rudiments de leur métier (d’infanterie, d’appui au combat, de soutien logistique, d’officiers), dans le but de former des kandaks opérationnels (i.e. un bataillon d’infanterie).

Entraînement au Camp Blackhorse. (Photo: CplC Marc-André Gaudreault, Caméra de combat des Forces canadiennes)
Entraînement au Camp Blackhorse. (Photo: CplC Marc-André Gaudreault, Caméra de combat des Forces canadiennes)

Aéroport international de Kaboul Nord, École de la Force aérienne afghane, 17 soldats canadiens

Intégré au 738e Escadron consultatif expéditionnaire aérien de l’OTAN, les conseillers de l’Aviation royale canadienne aident à perfectionner les aptitudes en enseignement du cadre d’instructeurs, composés d’officiers supérieurs d’état-major. Les nouveaux membres de la Force aérienne afghane y suivent des cours de pilotage, de la formation sur la maintenance des aéronefs et sur le fonctionnement d’un escadron aérien.

Camp Eggers, Quartier général de la Mission de formation de l’OTAN en Afghanistan – 86 soldats canadiens

Initiée en novembre 2009, la Mission de formation de l’OTAN en Afghanistan (MFO-A) appuie le développement des capacités des forces de sécurité afghanes, qui ont atteint une force d’environ 352 000 soldats, aviateurs et policiers en 2012. Actuellement, 39 pays fournisseurs de troupes, dont le Canada, se sont engagés à pourvoir des équipes de liaison et de mentorat opérationnelles (ELMO) qui apportent leur appui en matière de formation des forces de sécurité afghanes, en vue du transfert de la sécurité qui aura lieu en 2014. Durant cette visite, nous avons rencontré le Major-Général Ferron, le commandant adjoint des opérations de la MFO-A, qui a dit : « je suis confiant que si les troupes de l’OTAN partaient dès aujourd’hui, les Forces de sécurité afghanes seraient capables d’assumer la responsabilité du pays. »

Nouvelle enceinte de Kaboul, Académie des sciences médicales des forces armées (ASMFA) – 38 soldats canadiens

Situé près de l’hôpital militaire national, l’équipe consultative canadienne à l’ASMFA est composée de militaires spécialisés dans les soins de santé (des médecins, des dentistes et des auxiliaires médicaux). Actuellement, leurs efforts se concentrent à moderniser l’instruction offerte dans les programmes de formation médicale, destinée au personnel médical de l’armée, de la force aérienne et de la police afghane. À long terme, leur objectif est que l’ASMFA devienne le centre d’excellence de l’Afghanistan en matière de formation médicale militaire.

Ambassade canadienne à Kaboul, Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, Agence canadienne de développement international et attachés militaires.

L’ambassade du Canada à Kaboul est située dans la zone verte. Dans ce périmètre hautement sécurisé, les routes sont bordées par de hautes palissades et il y a de nombreux points de contrôle. Pour la période de 2011 à 2014, l’engagement du Canada en Afghanistan s’élève à 700 millions de dollars par an. Ces investissements se concentrent autour de quatre objectifs centraux :1) favoriser l’accessibilité à l’éducation et aux services de santé; 2) améliorer la sécurité du pays, en formant des forces de sécurité afghanes; 3) promouvoir la diplomatie à l’échelle régionale (AFPAK) et 4) contribuer à la prestation d’aide humanitaire. Actuellement, l’ambassade canadienne travaille pour développer un partenariat stratégique bilatéral avec l’Afghanistan pour la période post-2014. À la conférence de Tokyo, en juillet dernier, le Canada s’est déjà engagé à verser une aide de 227 millions de dollars à l’Afghanistan jusqu’en 2017.

______
La mission de formation de l’OTAN en Afghanistan a significativement évolué au cours trois dernières années. En 2009, seulement deux nations et quelques 30 instructeurs l’appuyaient, alors qu’aujourd’hui, la mission s’est élargie et elle inclut désormais 39 pays fournisseurs de troupes et 4185 instructeurs. Maintenant que les Forces de sécurité nationales afghanes ont atteint leur objectif de 352 000 effectifs, il incombe d’améliorer leurs capacités de gestion pour qu’elles deviennent entièrement autonomes et puissent gérer efficacement la sécurité de l’Afghanistan d’ici la fin du processus de transition, à la fin de 2014. Puisque la stratégie de sortie de l’OTAN de l’Afghanistan s’appuie sur la capacité des forces de sécurité afghanes à prendre le relais, les enjeux sont d’autant plus élevés. Dépendamment du succès des forces afghanes à maintenir la sécurité du pays, la stratégie de l’OTAN sera soit perçue comme ayant été prudente ou, au contraire, leur départ sera vu comme un échec.

Au cours des 15 prochains mois, les Forces canadiennes continueront d’appuyer la formation et le développement professionnels des instructeurs des Forces de sécurité nationales afghanes, jusqu’à la fin du mandat de l’Opération Attention, en mars 2014.

Caroline Leprince est chercheure en résidence à l’Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. Elle se spécialise en approche pangouvernementale canadienne en Afghanistan, en relations civiles/militaires et en enjeux nucléaires.

Les commentaires sont fermés.