Le Canada montré du doigt au lendemain de la prise d’otages d’In Amenas

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Le site gazier d'In Amenas (Photo: Statoil)
Le site gazier d’In Amenas (Photo: Statoil)

Au lendemain le la prise d’otages d’In Amenas, en Algérie, qui s’est terminée par un bain de sang et où deux Canadiens faisaient partie du groupe de ravisseurs, le Canada est montré du doigt.

Deux Canadiens figurent en effet parmi les ravisseurs tués dans l’assaut de l’armée algérienne sur le site gazier d’In Aménas, a rapporté le lundi 21 janvier la chaîne privée algérienne Ennahar TV. Ce sont des documents retrouvés sur les corps de deux terroristes morts qui ont permis de les identifier comme étant de nationalité canadienne, rapporte pour sa part Reuters.

Selon le premier ministre algérien, Abdekmalek Sellal, outre les deux Canadiens, le groupe islamiste armé de 32 hommes, dont 29 ont été tués et trois arrêtés, était composé selon le premier ministre algérien, de onze Tunisiens, trois Algériens, un Mauritanien, deux Nigériens, des Egyptiens et des Maliens,

L’un des islamistes canadiens était chargé de coordonner l’attaque menée par des combattants islamistes contre l’exploitation gazière, a dit le chef de gouvernement algérien lors d’un point de presse, lundi, où il a présenté un nouveau bilan des otages tués par le commando islamiste venu du Mali : un Algérien et 37 étrangers tués, la plupart d’une balle dans  la tête, et cinq étrangers toujours portés disparus.

De son côté, un collaborateur à Alger de la télévision publique canadienne, Fayçal Métaoui, affirme qu’un des deux ravisseurs canadiens était spécialisé dans la manipulation d’explosifs.

Mais, quel qu’ait été leur rôle, les Canadiens étaient les seuls Occidentaux à se trouver du côté des 32 ravisseurs, tous membres du groupe   «Signataires par le sang » de Mokhtar Belmokhtar, l’un des fondateurs d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qu’il avait quitté en octobre dernier pour créer son propre groupe. En outre, depuis les années 1990, aucun attentat terroriste n’a jamais été commis en sol canadien. Le Canada serait devenu plus une base arrière qu’une cible pour les extrémistes islamistes, en particulier algériens, depuis les années 1990, estiment les experts, ce qui expliquerait qu’ aucun attentat n’a jamais été commis sur son territoire.

Dans un article paru le lundi 21 janvier, où il est est fait appel au témoignage de l’ex-agent des services secrets canadiens et expert en matière de sécurité, Michel Juneau-Katsuya, l’AFP va jusqu’à affirmer que le Canada et, en particulier, la métropole québécoise, Montréal, constituent plus une base arrière qu’une cible pour les extrémistes islamistes, tout particulièrement les algériens.

On retrouve à Montréal une importante diaspora originaire d’Afrique du Nord et de nombreux liens historiques existent avec des cellules extrémistes outre-Atlantique, affirme-t-on dans l’article de l’agence française, citant l’expert canadien Michel Juneau Katsuya:  «À Montréal en particulier, on a une souche algérienne importante qui opère ici depuis plus d’une vingtaine d’années. »

«Certains au Canada ont toujours des convictions extrémistes ou proches de l’ex-GIA algérien», avait d’ailleurs souligné en septembre 2011 l’ex-juge antiterroriste français Jean-Louis Bruguière, lors d’une entrevue qu’il avait accordé au quotidien montréalais La Presse. «Avec la montée en puissance d’Aqmi, on peut être inquiet», avait-il alors ajouté.

Certains membres du GIA, le Groupe islamique armé, accusé d’être l’auteur d’attentats qui ont fait des milliers de morts en Algérie, s’étaient d’ailleurs réfugiés au Canada dans les années 1990, où ils avaient obtenu le statut de réfugiés en disant fuir la guerre civile. Une fois dans la métropole québécoise, ils ont mis sur pied une base logistique, surnommée la «cellule de Montréal », qui fut finalement démantelée en 1999.

Cinq membres ce cette cellule, des Montréalais, ont été condamnés en France en 2001 en raison de leur appartenance au «Gang de Roubaix » qui avait semé la terreur dans le Nord de la France en 1996.Un autre membre du groupe, Ahmed Ressam, a été arrêté en 1999 par les douaniers américains alors qu’il projetait de faire exploser l’aéroport de Los Angeles lors du passage à l’an 2000.

Il n’y a jamais eu d’attentat islamiste ici, explique encore Michel Juneau Katsuya, parce que le Canada, et plus particulièrement le Québec et sa métropole, ayant longtemps eu pour vocation de permettre le recrutement et la levée de fonds en vue du djihad, le pays est devenu de ce fait plus une base arrière qu’une cible pour les terroristes.

Ce ne sont donc pas des Canadiens «de souche », mais plutôt des bi-nationaux (immigrés ou descendants d’immigrés), qui profitent des facilités que leur procure le passeport canadien dans leur déplacements pour rejoindre le djihad, de l’Afghanistan à la Somalie en passant par l’Algérie ou le Mali, notent toutefois les experts.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Discussion2 commentaires

  1. Comment savez vous que ce sont des immigrants récents et pas des canadiens « de souche » . Selon les témoins, un canadien avait une barbe rousse et ne parlait pas l’arabe!

  2. Jacques N. Godbout

    Merci pour votre commentaire.

    En fait, ce sont les experts qui soulignent, à tort ou à raison (nous ne nous prononçons pas là dessus) que ce sont généralement des « bi-nationaux » qui profitent ainsi des facilités que leur procure le passeport canadien.

    Sur notre page Facebook on présente l’article en écrivant: « Et c’est reparti! Le Canada et particulièrement le Québec et sa métropole, Montréal, sont de nouveau, à tort ou à raison, perçus comme un « repaire de terroriste…»

    Eh oui, le Canada toujours pointé du doigt…