Le plan Assad: déconnecté pour les Américains, plan de paix pour les Russes

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Un rebelle syrien à un poste frontière
Un rebelle syrien à un poste frontière

Pour les Américains, le plan Assad pour sortir de la crise en Syrie est complètement déconnecté,  pour les Britanniques, il va « au delà de l’hypocrisie « , mais, pour les agences de presse de Russie, principale alliée du régime syrien, ainsi que pour les Chinois, c’est une proposition de règlement pacifique du conflit.

Bashar al-Assad, dans son premier discours depuis sept mois, dimanche 6 janvier, face à une opposition de plus en plus vigoureuse et une communauté internationale de plus en plus ferme,  a tenté d’imposer ses conditions pour une résolution du conflit et  présenté son « plan de paix ».

Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a réagi tout de suite sur son compte Twitter, écrivant que le discours du président syrien Bachar al-Assad allait « au delà de l’hypocrisie ». « Il est responsable des morts, de la violence et de l’oppression qui engloutissent la Syrie et ses vaines promesses de réformes ne trompent personne », a déclaré le chef de la diplomatie britannique.

Pour les Américains, le plan Assad, pour ne pas dire Assad lui-même, est complètement « déconnecté ».

La solution politique exposée dimanche par Bachar al-Assad pour sortir la Syrie de la guerre civile est «déconnectée de la réalité», a affirmé dimanche dans un communiqué le département d’État américain, appelant à la démission du président syrien: «Son initiative est déconnectée de la réalité, elle sape les efforts du médiateur Lakhdar Brahimi et aura pour seul résultat la poursuite de la répression sanglante du peuple syrien», a déclaré la porte-parole du Département d’État, Victoria Nuland.

Quant à l’opposition syrienne, elle a tout de suite rejeté la proposition d’Assad. Le porte-parole de la Coalition de l’opposition, Walid al-Bounni, a déclaré que l’opposition souhaitait «une solution politique, mais l’objectif pour les Syriens est de sortir (M. Assad).  « Ils (les rebelles) ont déjà perdu pour cela plus de 60 000 martyrs (…) ils n’ont pas fait tous ces sacrifices pour permettre le maintien du régime tyrannique », a déclaré al-Bouni.

Du côté des Russes, toutefois, on présente les choses différemment. L’agence officielle Ria Novosti présente le plan Assad comme une proposition de règlement pacifique, rappelant au passage que, si les puissances occidentales appellent au départ du président Assad en vue de la formation d’un gouvernement d’unité nationale, la Russie insiste quant à elle pour dire  que la décision doit être  « adoptée par le peuple syrien. »  L’agence russe Tass , pour sa part, souligne en outre que le président syrien, dans son discours, a exprimé sa gratitude à la Russie d’avoir empêché toute « ingérence étrangère » dans les « affaires intérieures » de la Syrie.

Chine Nouvelles, de son côté, présente aussi le plan Assad comme un plan de paix ouvert, écrivant que le président Al-Assad a proposé un plan en trois phases pour résoudre la crise de façon politique, lequel prévoit notamment un cessez-le-feu, un dialogue national ouvert à tous sur une « charte nationale » ainsi que des élections législatives suivies de la formation d’un gouvernement incluant les diverses composantes de la société. Pourtant, Bashar Al-Assad n’a pas caché dimanche qu’il se réservait le droit d’exclure du « dialogue » les personnes ou groupes qu’il jugeait être des terroristes ou des agents de l’étrangers.

Les trois étapes du plan Assad:

Étape 1

  • Les pays armant les « terroristes » s’engagent à arrêter de les financer. Arrêt des opérations « terroristes » pour permettre le retour des réfugiés.
  • L’armée syrienne met aussitôt fin à ses opérations, tout en conservant le droit de répliquer en cas de menace contre la sécurité nationale.
  • Mise en place d’un mécanisme permettant de surveiller l’engagement des parties, notamment en ce qui concerne le contrôle des frontières.

Étape 2

  • -Tenue, sous l’égide du gouvernement, d’une conférence de dialogue national auquel participeront toutes les forces.
  • Rédaction d’une Charte nationale défendant la souveraineté de la Syrie, son unité et son intégrité territoriale, et rejetant l’ingérence, le terrorisme et la violence. Cette charte doit ensuite être soumise à un référendum.
  • Organisation d’élections législatives suivies de la formation d’un gouvernement élargi à toutes les composantes de la société, conformément à la Constitution, en charge de faire appliquer la Charte nationale (sans évoquer d’élection présidentielle).

Étape 3

  • Formation d’un gouvernement conformément à la Constitution.
  • Tenue d’une conférence nationale de réconciliation et amnistie générale pour toutes les personnes détenues en raison des évènements.
  • Reconstruction des infrastructures.

Bref, pendant que se poursuit la guerre civile, qui a déjà fait au moins 60 000 morts depuis les 22 mois qu’elle dure, Bashar Al-Assad refuse de démissionner, entend garder le pouvoir, ne veut pas renoncer à se représenter aux prochaines élections syriennes,  et dit vouloir engager un dialogue mais prétend choisir ses interlocuteurs, refusant, lors de la conférence de dialogue nationale qu’il propose dans son plan, de négocier avec ceux qu’il appelle des « terroristes »

Et, pour faire face à un « complot »  qu’il dit mené par l’étranger, Bashar al-Assad continue à mobiliser ses troupes, son artillerie et l’aviation, son principal atout, pour tenter de venir à bout de l’insurrection..

« Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra? »

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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