Mali: la «Grande Muette» étend son influence

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Les journalistes ont beaucoup de difficultés à couvrir le conflit malien (Photo: ECPAD/EMA)
Les journalistes ont beaucoup de difficultés à couvrir le conflit malien (Photo: ECPAD/EMA)

45eNord.ca est sur le terrain au Mali. Notre collaborateur, Martin Forgues, est actuellement en sol malien pour suivre le conflit opposant les islamistes aux forces françaises et maliennes.

La Grande Muette. Un surnom attribué à l’armée française, qui lui va comme un gant. Et l’armée malienne en prend aussi bonne note.

«C’est ici que vous arrêtez», me dit le sergent de l’armée malienne au poste de contrôle de Somadougou, 15 kilomètres au sud de Mopti, porte d’entrée vers le nord désormais sous contrôle partiel des forces françaises et maliennes.

«Ce papier-là ne passe pas. On retourne les gens qui ont ce papier-là», poursuit-il d’un ton de plus en plus agressif devant mon entêtement à passer le barrage en brandissant l’accréditation officielle du ministère malien de la Communication. «Pas de photo, pas de film, compris!», vocifère-t-il ensuite en me prenant la main sur la caméra, photographiant un convoi militaire qui passait justement par là.

Cette anecdote n’est malheureusement que le reflet de la difficulté des journalistes à couvrir ce conflit qui tente de mettre un terme à la mainmise des islamistes du MUJAO, d’Ansar Dine et d’AQMI sur le nord-Mali, déjà un déchirant point de discorde entre le gouvernement malien et les indépendantistes touaregs depuis l’indépendance du pays en 1960.

Un coup de fil au lieutenant-colonel Diarra Koné au quartier général du ministère de la Défense à Bamako reste sans appel. «C’est le terrain qui commande la situation, c’est une raison de sécurité», dit-il, évasif et indifférent au fait que ce mutisme empêche d’exonérer, peut-être, les forces militaires maliennes des accusations d’exaction qui pèsent sur eux depuis la libération des villes de Konna et Diabaly des combattants islamistes.

Une situation qui exaspère Chris Bullock, journaliste de la BBC rencontré dans la ville de San. «Le niveau de contrôle de l’information est indécent ici», dit-il alors qu’il cherchait à tirer quelques ficelles via son téléphone satellitaire.

Dans la ville de Diabaly, c’est l’armée française qui joue au chat et à la souris avec les médias. «Revenez au camp demain matin si vous voulez vos entrevues», dit le lieutenant Sarah, chargée de communications pour l’armée de la République.

Le lendemain, rien, le camp est désert et les blindés français ont pris la route, ne laissant derrière eux qu’une pile de déchets et des effets personnels oubliés.

«Elle nous a fait le coup à nous aussi», dit Olivier Santicchi, reporter à TF1.

Le conflit malien, une guerre couverte… de brouillard.

Journaliste au parcours atypique, Martin Forgues a passé 11 ans dans les Forces armées canadiennes avant de troquer, début 2011, son fusil pour la plume. Il travaille principalement pour les médias écrits – imprimé et web – et la radio.

Discussion2 commentaires

  1. Le fait de n’avoir aucune information n’empêchera jamais les journalistes de raconter des âneries!!!

  2. Tu es un toubabou! Bien sûr qu’on ne te donnera pas d’info facilement…Même en temps de paix, ce serait comme ça. L’information, le savoir, a une valeur spéciale en Afrique,…tu découvriras….