Mali: pendant que se poursuit la reconquête, le sort des civils est incertain

Un gamin de 10 ans qui a fui les combats à Diabali a trouvé refuge dans la capitale malienne, Bamako (Photo: UNHCR)
Un gamin de 10 ans qui a fui les combats à Diabali a trouvé refuge dans la capitale malienne, Bamako (Photo: UNHCR)
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Un gamin de 10 ans qui a fui les combats à Diabali a trouvé refuge dans la capitale malienne, Bamako (Photo: UNHCR)
Un gamin de 10 ans qui a fui les combats à Diabali a trouvé refuge dans la capitale malienne, Bamako (Photo: UNHCR)

Pendant que les forces françaises et maliennes poursuivent leur progression vers le nord du Mali, le nombre de réfugiés et de déplacés augmente et, pour compliquer la situation, les craintes d’exactions de la part des soldats maliens contre les populations civils arabe et touaregs suscitent de plus en plus d’inquiétude.

Sur le terrain, les militaires français et maliens ont effectué dans la nuit de jeudi à vendredi des patrouilles conjointes au sud de Gao, où il s ont repris ele contrôle de Hombori. Les forces françaises sont parties de Douentza, à 400 km à l’ouest de Gao, et ont donc avancé de 200 km en direction de la Gao, une des trois grandes villes du nord du Mali qui, avec Tombouctou et Kidal, dont s’étaient emparés les groupes islamistes armées en mars 2012.

Gao et ses environs avaient été ciblés par les frappes aériennes de l’armée française dès le début de l’intervention le 11 janvier pour neutraliser les islamistes armés liés à Al-Qaïda et empêcher leur progression vers le Sud et la capitale malienne, Bamako.

Maintenant, les forces françaises et maliennes préparent le terrain à une intervention terrestre sur Gao. L’offensive terrestre proprement pourrait être confiée à des soldats nigériens et tchadiens basés pour l’instant au Niger, qui se trouve à environ 150 km au sud de Gao.

La France a encore besoin d’aide

La France demande encore à ses alliés un renforcement de leur aide logistique. Des discussions sont en cours avec un certain nombre de partenaires, essentiellement occidentaux, sur un renforcement du soutien logistique, dont des ravitailleurs.

La Grande-Bretagne, pour sa part, a envoyé un avion de surveillance Sentinel en soutien à l’intervention militaire française au Mali, a annoncé le ministère britannique de la Défense dans un communiqué. Cet appareil, qui s’ajoute aux deux avions C17 de transport militaire déjà mis à la disposition de la France par le Royaume-Uni, sera basé au Sénégal, a précisé la Défense britannique.

On sait aussi depuis hier qu’Ottawa prolonge jusqu’au 15 février la mission de son avion géant C-17, mis à la disposition de la France pour transporter de l’équipement et des militaires participant à l’offensive contre des groupes islamistes armés au Mali, ce dont s’éest réjoui l’ambassade française à Ottawa aujourd’hui.

L’ambassadeur du Nigeria à Ottawa, par contre, appelle le gouvernement canadien à accélérer et augmenter sa contribution à l’intervention internationale conduite au Mali, estimant que le prêt d’un avion de transport militaire n’était pas suffisant , dans une entrevue à une quotidien torontois: « Plutôt que d’attendre que les choses empirent, c’est maintenant qu’il faut agir avec une réponse plus audacieuse », a-t-il déclaré au Globe and Mail.

La situation humanitaire

Pendant ce temps, la situation humanitaire s’aggrave et les craintes d’exactions des soldats maliens à l’encontre des populations civiles arabe et touareg suscitent de plus en plus d’inquétude.

9.000 nouveaux réfugiés Maliens depuis l’intervention française -Du 11 au 23 janvier 5.486 réfugiés sont arrivés en Mauritanie, 2.302 au Burkina Faso et 1.578 au Niger, selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) des Nations unies. Le nombre total de réfugiés dans la région dépasse désormais 150.000 et il y a environ 2350.000 déplacés à l’intérieur du Mali.

Le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations-Unis a renouvellé ce vendredi 25 janvier son appel pour augmentation d’urgence de l’aide internationale pour les centaines de milliers de personnes aujourd’hui déplacées par la guerre au Mali. Ceci, de dire le Haut Commissariat, pour éviter une aggravation de la situation actuelle extrêmement fragile humanitaire à travers le Sahel.

Les exactions contre les civils arabes et touaregs

Par ailleurs, on craint de plus en plus les exactions de l’armée malienne à l’encontre des civils dans les zones libérées. Selon des témoignages concordants, à mesure que les forces maliennes progressent grâce à l’appui des forces françaises,  les forces maliennes se livreraient à des exactions contre les populations arabes et touaregs.

Les soldats maliens n’avaient pu jusqu’à l’intervention militaire en cours empêcher les islamistes de s’emparer du nord du Mali, de l’occuper pendant plus de 9 mois et de se lancer ensuite à la conquête du sud du pays, allant jusqu’à menacer la capitale, Bamako.

Maintenant victorieux, ils se livreraient à des exécutions sommaires et des représailles contre ceux qu’ils présument être des  sympathisants islamistes.

Des témoins ont décrit à l’Associated Press le mercredi 23 janvier un incident au cours duquel les troupes maliennes ont raflés et tués  à un arrêt de bus à Sévaré tous ceux qui n’avaient pas de cartes d’identité nationale malienne. La Fédération internationale des droits de l’omme (FIDH), basée à Paris, a réclamé une enquête sur l’incident.

Le jour de l’évènement, les journalistes ont été empêchés par l’armée d’atteindre la ville de Sévaré par l’armée, invoquant l’état d’urgence nationale et les préoccupations relatives à la sécurité des journalistes.

Le président d’honneur de la FIDH a déclaré pour sa part: « Ces exactions entachent la légitimité de l’opération de restauration de l’intégrité du territoire et doivent faire l’objet de poursuites par la justice nationale et, le cas échéant, par la Cour pénale internationale qui a ouvert une enquête le 16 janvier sur la situation au Mali ».

FIDH, a donc appelé  les autorités maliennes, françaises et la communauté internationale à immédiatement mettre en place une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur les graves violations du droit international humanitaire et des droits de l’Homme commises par l’ensemble des belligérants dans le cadre du conflit au Mali.

L’éthique militaire et les forces maliennes

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a admis quant à lui qu’il ya un risque d’abus commis par les forces maliennes.

Le général américain, Carter Ham, commandant de l’United States Africa Command, a déclaré pour sa part dans une entrevue à la BBC que le Pentagone a fait des erreurs dans la formation des forces maliennes en ne parvenant pas à leur inculquer «les valeurs, le sens de l’éthique et une éthique militaire.»

Gen Ham a précisé que les troupes maliennes ont reçu beaucoup de formation tactique, mais pas assez de formation en éthique. «Nous avons concentré notre formation presque exclusivement sur les aspects tactiques et techniques», a déclaré un forum à Washington de l’Université le jeudi 23 janvier, ajoutant que pas assez a été fait pour convaincre les recrues maliennes que «quand vous mettez sur l’uniforme de votre nation, vous acceptez la responsabilité de défendre et de protéger cette nation, à respecter l’autorité légitime civile qui a été mis en place, et de vous conduire selon à la règle de droit ».

Finalement, si cela peut être une indication, les chefs de la police des 15 états membres et le commandant de la Misma, un Nigérian seront aussi présents, samedi le 26 janvier à Abidjan, à la réunion d’urgences des chefs d’état-major ouest-africains qui évalueront lors de cette réunion l’état du déploiement de la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA).

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