Manifestations en Syrie pour dénoncer la situation humanitaire et le sort des réfugiés

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Des canons de l'armée syrienne en action (Photo: mil.cankaoxiaoxi.com)
Des canons de l’armée syrienne en action (Photo: mil.cankaoxiaoxi.com)

Alors que les combats font rage, qu’à Genève les diplomates ne parviennent pas à trouver une issue à la crise, et qu’une cinquantaine de pays souhaitent que la situation soit référée à la Cour pénale internationale, plusieurs milliers de Syriens sont sortis dans les rues de leurs villes et villages le vendredi 11 janvier pour dénoncer « les camps de la mort », en référence aux rudes conditions de vie des réfugiés syriens dans les pays voisins, et réclamer la chute du régime.

Beaucoup de réfugiés hébergés ou non dans des camps sont confrontés au froid et à l’humidité. Beaucoup de ceux qui arrivent sont pieds nus, avec des vêtements couverts de boue et de neige », a déclaré à Genève le porte-parole du Haut-commissariat de l’ONU aux réfugiés, Adrian Edwards, selon qui le nombre de réfugiés syriens enregistrés dans les pays voisins et en Afrique du Nord a dépassé maintenant les 600 000 personnes.

Les manifestants en Syrie ont demandé l’aide internationale, la lutte contre la corruption dans la distribution de l’aide humanitaire et le respect des droits des réfugiés syriens.

Manifestation du 11 janvier en Syrie, Source, OSDH

Par ailleurs, des dizaines de pays envisagent maintenant d’en appeler au Conseil de sécurité des Nations-Unies pour que la Cour pénale internationale (CPI) se penche sur la situation en Syrie.

Une lettre écrite par la Suisse, au nom de plus de 50 pays, dont la Grande-Bretagne et la France, tous deux membres du Conseil de sécurité, demande en effet au Conseil d’utiliser ses pouvoirs pour «assurer l’imputabilité» pour les crimes commis en Syrie. La lettre, obtenue le vendredi 11 janvier par l’agence américaine Associated Press, indique que la situation en Syrie devrait être référée à la CPI dont la mission est de juger les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité, «à moins qu’un processus d’imputabilité indépendant, juste et crédible» soit mis sur pied en Syrie, «dans un délai raisonnable».

Sur le terrain, les insurgés syriens se sont emparés de l’aéroport de Taftanaz, le plus grand aéroport militaire du nord du pays: « Les combats dans l’aéroport militaire de Taftanaz ont cessé (…) et cette base est totalement aux mains des insurgés », rapporte l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui précise que l’aéroport a été conquis par le Front al-Nousra, Ahrar al-Cham et Taliaa al-Islamiya », trois groupes radicaux islamistes. Dans le passé, les rebelles avaient déjà conquis deux aéroports de moindre importance dans l’est et la région de Damas.

Le régime a toutefois réussi, toujours selon l’OSDH, à déplacer vers la ville d’Idleb (à 20 km au sud-ouest de Taftanaz) un grand nombre d’hélicoptères et de véhicules militaires pour éviter qu’ils ne tombent aux mains des rebelles et, peu après la capture de la base, l’armée de l’air a bombardé les pistes et bâtiments de l’aéroport.

Le point de la situation

À Genève, l’échec

Quant à l’émissaire de l’Onu et de la Ligue arabe pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, le secrétaire d’État adjoint américain William Burns et le vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov, réunis le vendredi 11 janvier à Genève pour trouver une solution à la crise syrienne, ils n’ont toujours pas réussi à faire débloquer la situation.

Cette réunion de vendredi portait sur les moyens de faire appliquer la déclaration de Genève, adoptée en juin par le Groupe de contact sur la Syrie. La déclaration de Genève prévoyait la constitution d’un gouvernement de transition, mais sans statuer sur le sort du président Bashar al Assad, qui pose problème, celui-ci s’accrochant au pouvoir alors que l’opposition fait de son départ une condition sine qua non de la transition, les Américains réclamant aussi le départ d’Assad.

L’émissaire international avait exhorté les puissances mondiales à « créer une ouverture » diplomatique pour mettre fin au bain de sang, mais il a dû admettre qu’aucune solution ne semblait poindre à l’horizon: « Si vous me demandez si une solution est au coin de la rue, je ne suis pas sûr que ce soit le cas. », a-t-il déclaré lors d’un point de presse après la réunion. À la question de savoir si le vice-ministre russe des Affaires Étrangères avait présenté de nouvelles propositions en vue d’une transition politique à Damas, le médiateur international a répondu : « Nous avons discuté de beaucoup de choses. Ils ont leurs idées, d’autres ont les leurs. »

Moscou avait pour sa part réaffirmé que la communauté internationale ne devait pas pousser le chef de l’Etat syrien vers la sortie. »Seuls les Syriens eux-mêmes peuvent s’entendre sur un modèle ou sur le développement de leur pays », a-t-on encore déclaré du côté russe. Lakhdar Brahimi, pour sa part, avait estimé la veille de la rencontre que le président syrien ne devait pas être associé au gouvernement de transition.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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