Navires de soutien: après des militaires trop dépensiers, des civils qui coupent…mal

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Le NCSM Preserver ravitaillant la frégate américaine USS Ingraham en mer d'Arabie en novembre 2001dans le cadre de l'opération Apollo, la participation militaire canadienne dansla campagne internationale contre le terrorisme (Photo: caporal Brian Walsh, CombatCam)
Le NCSM Preserver ravitaillant la frégate américaine USS Ingraham en mer d’Arabie en novembre 2001 dans le cadre de l’opération Apollo, la participation militaire canadienne dans la campagne internationale contre le terrorisme (Photo: caporal Brian Walsh, CombatCam)

Le programme de construction de navires de soutien de la marine canadienne, longtemps repoussé, devrait faire l’objet d’un examen politique scrupuleux d’ici quelques semaines, dans le cadre de ce qui pourrait devenir une autre épine dans le pied du gouvernement conservateur, rapporte la Presse canadienne.

Le directeur parlementaire du budget s’est en effet penché sur ce programme et devrait publier ses constatations au retour des députés après la pause des fêtes. Des documents obtenus par l’agence de presse donne un aperçu d’un programme naval problématique qui risque de produire des navires qui n’auront rien à voir avec ce dont la marine canadienne avait besoin, demandait et attendait. En tentant de réduire le coût du programme, les fonctionnaires fédéraux l’ont en quelque sorte émasculé et, au final, il finira sans doute par coûter aussi cher.

Au départ, le programme des nouveaux navires de soutien, évalué à 2,9 milliards $ et visant à remplacer les navires de soutien âgés de près de 45 ans par trois nouveaux bateaux, avait été annoncé une première fois en 2004 à l’époque du gouvernement libéral de Paul Martin.

Mais, à leur arrivée au pouvoir en 2008, les conservateurs ont annulé le programme, affirmant que les offres ne correspondaient pas aux demandes et qu’elles entraînaient des dépenses supérieures au budget prévu. Puis, en 2010, le programme a été relancé, revu et corrigé par des fonctionnaires civils, avec un budget de 2,6 milliards $,. Toutefois, en tenant compte de l’inflation, d’ici à ce que les navires soient complétés et livrés (le tout devrait s’étaler jusqu’en 2018) ils finiront probablement par coûter plus cher que le budget d’origine.

Là où le bât blesse, c’est que les navires revus et corrigés transporteront moins d’hélicoptères, disposeront de beaucoup moins d’espace de transport de marchandises et ne pourront pas héberger les quartiers généraux d’une mission interarmées, ou encore un hôpital complet, tel que prévu à l’origine quand le programme initial avait été lancé.

L’importance du concept original des navires de soutien

Pour la Marine royale canadienne, le concept original, maintenant trahi, visait à favoriser l’autonomie de notre marine nationale.

En tant que membre engagé au sein de la communauté internationale, le Canada a souvent déployé ses navires aux quatre coins du globe, dit le site de la Marine canadienne.Cette capacité d’opérer autour du monde requière une certaine autonomie, d’où la nécessité de navire de soutien polyvalents.Le concept, à l’origine, était deremplacer ces navires âgés par au moins deux autres navires de soutien interarmées et ce commençant en 2017.

Les tâches qui devaient être dévolues à ces navires de soutien devaient être :la livraison de carburant, victuailles, pièces de rechange et munitions; un hôpital moderne incluant une clinique dentaire; de l’expertise et des ateliers de réparations spécialisés afin de conserver les hélicoptères et autres équipements en état de fonctionner; et une auto-défense de base.

Les navires de soutien interarmées permettent au groupe opérationnel naval de rester en poste au moins six fois plus longtemps qu’en leur absence et les navires de soutien devaient être capables de fournir un support adéquat aux opérations terrestres des Forces canadiennes.

Permettant des opérations telles que la participation à la campagne internationale contre le terrorisme, des opérations de coalitions internationales, le support aux opérations de maintien de la paix et la réponse aux incidents relevant de la sécurité nationale. Les navires de soutien interarmées étaient destinés à améliorer les efforts des Forces canadiennes à garantir la sécurité maritime du Canada et la souveraineté nationale et à renforcer la présence mondiale du Canada tout en soutenant nos objectifs de politique étrangère.

Maintenant, avec un concept « amputé », tout cela pourrait être hautement problématique. Les Canadiens n’auraient-ils que le choix entre des militaires qui dépensent trop ou des civils qui coupent trop et qui coupent mal?

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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