Syrie : la commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme blâme la communauté internationale

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La Haut-Commissaire Navi Pillay, (deuxième à partir de la gauche) à l’ouverture d’un débat d’urgence de la Commission des droits de l’homme sur la Syrie, en février 2012 (Photo: US Mission, Genève)
La Haut-Commissaire Navi Pillay, (deuxième à partir de la gauche) à l’ouverture d’un débat d’urgence de la Commission des droits de l’homme sur la Syrie, en février 2012 (Photo: US Mission, Genève)

Dans le communiqué de mercredi le 2 janvier annonçant que le bilan des personne tuées dans la guerre civile en Syrie s’établit maintenant à 60 000 morts au moins, la commissaire des Nations-Unies aux droits de l’Homme, Navi Pillay, a des mots très durs, non seulement pour le régime Assad, mais aussi pour la communauté internationale.

Une analyse exhaustive menée par des spécialistes des données statistiques pour le compte du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a conduit en effet à l’établissement d’une liste de 59 648 personnes qui auraient été tuées en Syrie entre le 15 mars 2011 et le 30 novembre 2012, a déclaré mercredi la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.

« Bien que cette analyse soit la plus détaillée et la plus large menée sur le nombre de morts à ce jour, il ne s’agit en aucun cas d’un chiffre définitif », a précisé la Haut-Commissaire, ajoutant « Lorsque la paix sera revenue en Syrie, d’autres enquêtes devront être menées pour découvrir précisément comment de nombreuses personnes sont mortes, dans quelles circonstances, et qui est responsable pour tous les crimes qui ont été commis. »

« Ces importantes pertes de vies », a souligné Navi Pillay, «auraient pu être évitées si le Gouvernement syrien avait choisi un autre chemin que celui de la répression sans pitié de ce qui étaient au départ des manifestations pacifiques et légitimes de civils non armés ».

La commissaire parle aussi dans cette déclaration de crimes graves commis par toutes les parties, y compris des crimes de guerre et, très probablement, des crimes contre l’humanité.

Mme Pillay blâme tout particulièrement la communauté internationale: « L’échec de la communauté internationale, et, en particulier du Conseil de sécurité, à agir concrètement pour arrêter ce bain de sang fait honte à nous tous », a-t-elle déclaré. « Depuis près de deux ans maintenant, mon personnel et le personnel de la Commission indépendante d’enquête sur la Syrie ont interviewés des Syriens à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, écoutant leurs récits et récoltant des preuves. Sans cesse, ils nous demandaient : “ Où est la communauté internationale ? Pourquoi n’agissez-vous pas pour arrêter ce massacre ? ” Nous n’avons pas de réponse satisfaisante à apporter à ces questions. Collectivement nous n’avons fait que bricoler pendant que la Syrie brûlait. »

Craignant que ne s’ouvre une période de vengeance et de représailles à la fin du conflit, la commissaire insiste pour que des préparatifs sérieux soient mis en place afin de restaurer l’ordre et l’état de droit, une fois le conflit terminé. « Nous ne devons pas aggraver le désastre actuel en omettant de préparer l’inévitable – et très dangereuse – instabilité qui va survenir à la fin du conflit », ajoute la commissaire, pour finir en concluant qu’« Investir dans un effort massif de stabilisation coûtera bien moins que des décennies d’instabilité et d’anarchie telles que celles qui ont frappé l’Afghanistan, l’Irak, la Somalie, la République démocratique du Congo et plusieurs autres États, où la transition de la dictature et du conflit à la démocratie n’a pas reçu le soutien suffisant. »

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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