Côte d’Ivoire: Laurent Gbagbo devant la Cour pénale internationale

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Laurent Gbagbo, lors de sa comparution préliminaire devant la Cour pénale internationale, à la Haye, le 5 décembre 2011 (Photo: Cour pénale internationale)
Laurent Gbagbo, lors de sa comparution préliminaire devant la Cour pénale internationale, à la Haye, le 5 décembre 2011 (Photo: Cour pénale internationale)

Plus d’un an après son transfert au tribunal pénal international de La Haye, aux Pays-Bas, l’ancien chef d’État ivoirien comparaît à partir de ce mardi devant la CPI. Une audience qui devrait durer dix jours afin de juger si les accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité sont assez solides pour ouvrir un procès.

«Je vous souhaite la bienvenue». Par ces mots, énoncés en français, la juge Silvia Fernandez de Gurmendi a ouvert, ce mardi, l’audience préliminaire à l’encontre de Laurent Gbagbo.

Après une comparution initiale, en décembre 2011, l’ancien chef d’État ivoirien s’est présenté, ce 19 février, pour dix jours d’audience, destinés à établir la tenue ou non d’un procès à son encontre. Déjà reportée à deux reprises, cette comparution a pour mission de confirmer les différentes charges pesant sur Laurent Gbagbo afin d’établir la nécessité présumée d’un procès.

Soupçonné d’être «co-auteur indirect» de crimes contre l’humanité, Laurent Gbagbo voit peser sur lui quatre chefs d’accusation. Il s’agit de meurtres, viols, persécutions ainsi que d’autres actes inhumains, perpétrés lors des violences post-électorales en 2010 et 2011.

«Les victimes étaient exécutées ou brûlées vives»

L’accusation affirme en effet que les violences imputés au camp Gbagbo «revêtaient un caractère généralisé et systématique» et étaient dirigées «contre des communautés ethniques ou religieuses spécifiques». Avant d’ajouter que «les victimes étaient exécutées ou brûlées vives, sous les yeux d’agents de police qui ne sont pas intervenus».

Après la présentation initiale du procureur, Fatou Bensouda, sur les différents arguments et preuves qu’il possède, la défense de Laurent Gbagbo pourra se mettre en place face aux juges, avec, à sa tête, l’avocat de l’ex-chef d’État ivoirien, Emmanuel Altit.

Malgré ces accusations, des centaines de manifestants se sont réunis à La Haye, ce mardi. Un journaliste de l’AFP a ainsi rapporté les cris de «Libérez notre président», émanant de la foule.

Parmi ces soutiens indéfectibles à l’ancien président ivoirien, l’un d’eux a affirmé à l’AFP que cette audience et le procès qui pourrait s’en suivre n’ont pas lieu d’être, Laurent Gbagbo ayant été, selon lui, démocratiquement élu.

3 000 personnes décédées dans le conflit de 2010-2011

Déchu du pouvoir à l’issue des élections de novembre 2010, Laurent Gbagbo avait alors refusé de reconnaître sa défaite face à l’actuel président ivoirien, Alassane Ouattara. S’en sont suivis des mois de violence et de conflits ayant conduit à la mort de 3 000 personnes et au déplacement d’un million de civils.

Déclaré président de la République ivoirienne à l’issue de ce conflit sanglant, Alassane Ouattara avait assuré, dès l’arrestation de son opposant, qu’il entrerait en contact avec la Cour pénale internationale pour éviter toute impunité face aux agissements de Laurent Gbagbo.

Ce vendredi, l’ambassadeur ivoirien aux Nations Unies, Youssoufou Bamba, a officialisé l’adhésion de la Côte d’Ivoire au Statut de Rome, acte fondateur de la CPI. M. Bamba a notamment déclaré que «le dépôt des instruments de ratification renforce la position du gouvernement [ivoirien], qui est maintenant État partie à part entière […]. Il traduit [également] son souci de combattre l’impunité et d’assumer ses engagements internationaux de respect des droits de l’homme».

Près de deux ans après son arrestation, le premier ex-chef d’État remis à la CPI voit donc se rapprocher le spectre d’un procès. La justice internationale doit désormais faire la lumière sur l’un des tournants de l’histoire ivoirienne.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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