Dénonçant les massacres, l’opposition syrienne se retire des réunions internationales

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La Russie tend la main à l'opposition syrienne...qui la repousse!
Ahmed Moaz al-Khatib dénonce le « silence international sur les crimes » commis par le régime de Bachar al-Assad (Photo: politaia)

Au lendemain des tirs de missiles contre Alep qui ont fait plusieurs  au moins 58 morts, dont 36 enfants, et plusieurs blessés, l’opposition syrienne a annoncé ce samedi 23 février qu’elle suspendait sa participation à plusieurs rencontres internationales pour dénoncer le «silence international sur les crimes” commis par le régime de Bachar al-Assad.

Le chef de la Coalition, Ahmed Moaz al-Khatib, a déclaré que le retrait de l’opposition des réunions internationales était «un message de protestation adressé à tous les gouvernements du monde qui voient comment le peuple syrien est en train d‘être tué et ne font que regarder.»

Le communiqué de la Coalition de l’opposition dénonce «les bombardements des quartiers densément peuplés par des missiles tirés 400 km de distance, comme un crime contre l’humanité, mettant en cause la responsabilité politiques et criminelle des dirigeants du régime syrien [mais aussi]la responsabilité morale et politique des pays qui fournissent des armes de destruction massive au régime tout en niant le droit du droit du peuple syrien à s’armer pour se défendre.»

Dans son communiqué, la Coalition compare les scènes de dévastation d’Alep à celles des villes bombardées lors de la seconde Guerre Mondiale.

La Coalition dénonce particulièrement «le silence international à l’égard des crimes commis chaque jour contre notre peuple », les centaines de civils tuées par des tirs de missiles, la destruction de villes chargées d’histoire, comme Alep, les millions de personnes déplacées, et les centaines de milliers de prisonniers, blessés et orphelins.

Donc, pour «protester contre ce comportement honteux de la communauté internationale, la coalition», dit le communiqué, «a décidé de suspendre sa participation à la conférence de Rome des amis de la Syrie, et d’annuler ses visites en Russie et aux États-Unis.» «Nous réalisons», poursuit la Coalition, «les dirigeants russes ont une responsabilité morale et politique particulière comme fournisseurs d’armes du régime [syrien].»

Rencontre de Moscou annulée

M. Khatib devait se rendre à Moscou début mars et il avait aussi été invité à Washington par le sous-secrétaire d’Etat William Burns, lors de la dernière réunion des Amis du peuple syrien, le 12 décembre dernier.

Le chef de la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution syrienne Ahmed Moaz al-Khatib, avait exprimé son refus de nécocier avec « ceux qui ont du sang sur les mains », mais devait néanmoins se rendre à Moscou début mars.

« Nous sommes en train de concilier la date de la visite du [chef de la Coalition nationale de l’opposition]M.Khatib à Moscou. C’est prévu pour début mars », avait déclaré la semaine dernière le ministre russe des Affaires étrangères, Segueï Lavrov, soulignant que la partie russe s’attendait à un dialogue franc avec Ahmed Moaz al-Khatib et avec le ministre syrien des Affaires étrangères Walid al-Moualem, attendu pour sa part à Moscou le 25 février prochain.

Moscou tentait alors d’en arriver à l’établissement de contacts directs entre gouvernement et opposition en Syrie. Amère ironie, le chef de la diplomatie russe avait alors affirmé «Jusqu’ici, certains dissuadaient l’opposition de dialoguer avec les autorités, mais la situation change. À présent, il est important que la disposition de l’opposition syrienne au dialogue soit accueillie par une confirmation du gouvernement allant dans le même sens ».

Nul doute que des tirs de missiles Scud ne constituent pas une confirmation du désir de dialogue du régime Assad pour l’opposition syrienne, qui dénonce tout particulièrement Moscou pour son soutien en armes au régime syrien.

«Nous ne pouvons visiter aucun pays, s’il n’y a pas de décision claire concernant ce régime sauvage et barbare», a renchéri M. Khatib.

Zones libérées: vers un gouvernement de la Coalition

Par ailleurs, la Coalition, déjà reconnue par plusieurs pays occidentaux comme le seul représentant légitime du peuple syrien, a annoncé qu’elle allait former un gouvernement chargé de gérer les territoires «libérées».

La Coalition établirait ainsi une présence en Syrie qui lui donnerait plus de crédibilité et rassurerait sans doute la communauté internationale, qu’inquiète la présence des islamistes, déjà quant à eux implantés dans les zones «libérées.»

Elle a donc décidé de former un gouvernement de coalition temporaire et de choisir, au plus tard d’ici la mi-mars,de choisir un premier ministre parmi les candidats qui seront désignés par l’Autorité générale de la Coalition, et «après consultation avec toutes les forces de l’opposition syrienne et le mouvement révolutionnaire.»

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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