Équilibre fragile après le raid israélien à la frontière syro-libanaise

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La tension monte à la frontière entre Israël et la Syrie, suite au raid israélien dans la nuit de mardi à mercredi (Photo: Tsafrir Abayov/Keystone)
La tension monte à la frontière entre Israël et la Syrie, suite au raid israélien dans la nuit de mardi à mercredi (Photo: Tsafrir Abayov/Keystone)

Deux jours après l’attaque de l’aviation israélienne sur une cible de l’armée syrienne, l’incompréhension règne entre les deux pays. Si Israël n’a apporté aucun commentaire officiel sur la question, Damas condamne cette attaque qui aurait visé un convoi d’armes à destination du Liban.

Quand le régime de Bachar al-Assad tente, tant bien que mal, de conserver la main mise sur la majorité du pays face à la rébellion interne, Israël apporterait son grain de sable face à la menace islamiste aux abords de ses frontières.

La cible précise du raid aérien effectué dans la nuit de mardi à mercredi est encore inconnue. Pour autant, la Syrie assure qu’il s’agit d’un centre de recherche militaire situé entre Damas et la frontière libanaise. Cette attaque aurait fait deux morts et cinq blessés.

Washington était au courant de l’opération israélienne

Mais, de leur côté, des sources officielles américaines, citées sous couvert d’anonymat par le New York Times, mentionnent un convoi de missiles russes à destination du Hezbollah.

Quoi qu’il en soit, Damas a condamné cette attaque, considérant qu’il s’agit d’une «grave violation du droit international.» La Syrie s’est officiellement plainte, ce jeudi, auprès des Nations Unies. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Al-Arabi, a également condamné cet acte, tout comme la Russie et l’Iran, alliés du régime syrien.

Pour Didier Billon, directeur adjoint de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), il n’y a pas de quoi craindre une recrudescence des soutiens envers Bachar al-Assad.

«Ça ne va pas faciliter les négociations sur la Syrie mais ça ne va pas fédérer autour d’Assad. En revanche, c’est surtout profitable pour la «communication» du régime syrien, qui a toujours justifié la guerre contre les rebelles comme un combat contre des forces venues de l’extérieur», a-t-il déclaré à France TV Info.

Depuis dimanche, Israël a choisi de déplacer une batterie anti-missile «Iron Dome» afin de protéger Haïfa, sa plus grande ville du Nord du pays.

Empêcher le Hezbollah de se renforcer

Beaucoup d’analystes s’interrogent ainsi sur le but réel d’une telle attaque. On parle, avant tout, d’une volonté d’empêcher l’acheminement d’armes chimiques aux mains de groupes islamistes, et notamment du Hezbollah libanais.

«Israël a toujours dit que si des armes sophistiquées […] tombaient dans les mains du Hezbollah, une ligne rouge serait franchie», a déclaré Tzahi Hanegbi, ancien président de la commission de la Défense et des Affaires étrangères israélienne.

Dimanche dernier, le Premier ministre israélien avait affirmé, devant le Conseil des ministres, son inquiétude face aux «graves menaces sécuritaires» apporté par la présence d’«armes létales, dans une Syrie en train de se désintégrer.»

Une région sous tensions

Israël s’inquiète ainsi du possible transport des missiles russes SA-17, dispositifs antiaériens redoutés, à destination du Hezbollah libanais. Un haut gradé de l’armée israélienne, cité par le Nouvel Observateur, a prévenu que «si le Hezbollah s’arme avec ces matériels, le Liban sera considéré comme complice et des frappes israéliennes seront envisagées.»

Si aucune riposte n’a pour l’heure été reconnue, des craintes subsistent sur la région du plateau de Golan. De nouvelles tensions pourraient donc fleurir au cœur de cette terre syrienne, occupée par Israël depuis 1967.

Par ailleurs, six personnes, dont cinq militaires libanais, ont péri dans des heurts, ce vendredi, à Arsal, cité sunnite à proximité de la frontière syrienne, a rapporté à l’AFP un responsable des services libanais de sécurité.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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