Kerry convainc l’opposition syrienne de se rendre à Rome

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Le secrétaire d'État américain John Kerry et le premier ministre britannique david cameron lors de la tournée de 10 jours que le chef de la diplomatie américaine effectue en Europe et dans certains pays arabes en février (Photo: Depatment of State)
Le secrétaire d’État américain John Kerry et le premier ministre britannique david cameron lors de la tournée de 10 jours que le chef de la diplomatie américaine effectue en Europe et dans certains pays arabes en février (Photo: Depatment of State)

Finalement, le secrétaire d’État américain John Kerry a réussi à convaincre lundi 25 février l’opposition syrienne et son chef Ahmed Moaz al-Khatib de participer à la réunion des « Amis de la Syrie » qui doit se tenir à Rome jeudi 28 février.

Au lendemain des tirs de missiles contre Alep qui ont fait plusieurs au moins 58 morts, dont 36 enfants, et plusieurs blessés, l’opposition syrienne avait annoncé samedi 23 février qu’elle suspendait sa participation à plusieurs rencontres internationales, dont celle de Rome, pour dénoncer le «silence international sur les crimes” commis par le régime de Bachar al-Assad.

Le chef de la Coalition, Ahmed Moaz al-Khatib, avait alors déclaré que le retrait de l’opposition des réunions internationales était «un message de protestation adressé à tous les gouvernements du monde qui voient comment le peuple syrien est en train d‘être tué et ne font que regarder.»

Dans la soirée de samedi, Washington avait condamné les tirs de missiles meurtriers. Ces attaques sont « les dernières démonstrations de la cruauté du régime syrien et de son manque de compassion pour le peuple syrien qu’il prétend représenter », avait déclaré la porte-parole du département d’État Victoria Nuland, réitérant que le régime n’avait « pas de légitimité ».

Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan avait déclaré pour sa part dimanche 24 février que son pays ne resterait pas silencieux face aux crimes commis par le régime d’al-Assad.

Le début de la tournée de Kerry a été consacré à la Syrie

Arrivé dimanche soir à Londres, le nouveau secrétaire d’État américain  a rencontré lundi matin le premier ministre David Cameron ainsi que le secrétaire au Foreign office, William Hague et avec le chef des services du renseignement extérieur, le fameux MI6, John Sawers.

Après Londres, la tournée de 10 jours de John Kerry, le ménera à Berlin puis, successivement, à Paris, Rome, Ankara, Le Caire, Ryad, Abou Dhabi et Doha. Elle se terminera le 6 mars.

Le début de cette première tournée en Europe et dans le monde arabe du nouveau chef de la diplomatie américaine aura donc été presque entièrement consacré à la crise syrienne. Finalement, après que le secrétaire américain et son homologue britannique, William Hague eurent, aux dires d’al-Khatib, « promis des aides spécifiques pour soulager la souffrance de notre peuple [le peuple syrien] », celui-ci a annoncé lundi soir que la Coalition de l’opposition syrienne qu’il dirige se rendrait dans la capitale italienne.

« J’appelle l’opposition syrienne à se joindre à nous pour des raisons pratiques, pour nous informer », avait déclaré un peu plus tôt dans la journée de lundi le nouveau secrétaire d’État américain lors d’une conférence de presse avec le chef du Foreign Office, William Hague, ajoutant « C’est le bon moment pour nous pour réfléchir à ce que nous pouvons faire de plus. »

La forte présence aux sein des forces rebelles syriennes de groupes armées islamistes, comme le front al-Nousra, que les États-Unis ont désigné comme organisation terroriste, explique, du moins en partie, les hésitations de Washington et des autres puissances occidentales à fournir des armes à l’insurrection.

Un gouvernement de la Coalition pour rassurer…

Par contre, la Coalition, déjà reconnue par plusieurs pays occidentaux comme le seul représentant légitime du peuple syrien, a tout récemment annoncé qu’elle allait former un gouvernement chargé de gérer les territoires «libérées».

La Coalition établirait ainsi une présence en Syrie qui lui donnerait plus de crédibilité et rassurerait sans doute la communauté internationale, qu’inquiète la présence des islamistes, déjà quant à eux implantés dans les zones «libérées.»

Scandalisé par ce qu’il a appelé le silence et l’inaction de la communauté internationale, le chef de l’opposition syrienne avait déclaré «Nous ne pouvons visiter aucun pays, s’il n’y a pas de décision claire concernant ce régime sauvage et barbare», a renchéri M. Khatib.

L’Occident pourrait aller plus loin dans son appui

John Kerry a déclaré depuis : « Je veux que nos amis au sein de la Coalition de l’opposition syrienne sachent que nous ne venons pas à Rome simplement pour parler. Nous allons à Rome pour prendre une décision sur les prochaines étapes. »

« Face à de tels meurtres et à la menace d’instabilité, notre politique ne peut pas rester inchangée », a ajouté pour sa part le chef de la diplomatie britannique William Hague.

Lundi dernier, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères l’Union européenne à Bruxelles, le Royaume -Uni avait plaidé pour un assouplissement de l’embargo européen sur les armes à destination des rebelles.

L’Union européenne avait finalement décidé lundi d’assouplir l’embargo sur les armes en Syrie, sans se prononcer sur la levée de l’embargo réclamée par Londres, de nombreux États membres craignant comme les Amércains que la fourniture d’armes à l’opposition ne fasse qu’attiser le conflit et que ces armes tombent entre de mauvaises mains. «Le but n’est pas de combattre des djihadistes au Mali pour fournir des armes aux djihadistes en Syrie», avait déclaré le ministre des affaires étrangères de Belgique Didier Reynders, en faisant référence à la présence de militants islamistes radicaux parmi les combattants.

Pendant ce temps, le chef de la diplomatie syrienne, Walid al-Mouallem, reçu à Moscou par le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, a déclaré lundi 25 février que le régime de Bachar al-Assad serait désormais prêt à ouvrir les discussions «avec tous ceux qui veulent le dialogue, y compris les groupes armés».

Mais le régime syrien semble croire que les tirs de missiles Scud sont une bonne façon d’amorcer le dialogue: « Il me semble plutôt difficile de comprendre comment, quand vous voyez des missiles Scud tomber sur des innocents à Alep, on peut croire très sérieusement qu’ils sont prêts au dialogue », a déclaré John Kerry.

Peut-être que, cette fois, Assad aura été trop loin et que la réprobation des actes du régime syrien l’emportera sur la crainte des islamistes.


Conférence de presse du secrétaire d’État américain John Kerry et du secréataire au Foreign Office William Hague, à Londres le 25 février (Vidéo: Department of State)

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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