L’action humanitaire, un enjeu majeur des conflits actuels

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Les équipes de Médecins Sans Frontières oeuvrent dans plus de 80 pays pour aider les populations meurtries (Photo: Olga Overbeek/MSF)
Les équipes de Médecins Sans Frontières oeuvrent dans plus de 80 pays pour aider les populations meurtries (Photo: Olga Overbeek/MSF)

Au cœur des différents conflits qui divisent le monde, l’action humanitaire tente de se frayer un chemin pour apporter une aide aux populations touchées. Mais la tâche semble extrêmement compliquée, la présence d’Organisations non gouvernementales (ONG) revêtant des enjeux aussi nombreux que délicats.

«Être humanitaire à Gaza, c’est intervenir dans des conditions délicates».

Chercheure associée à la Chaire Raoul-Dandurand, Joan Deas a passé six mois dans une ONG locale au cœur de cette zone symbolique du conflit israélo-palestinien.

Elle était invitée, ce jeudi, à la conférence «la Guerre et la Paix vue par les humanitaires», organisée par l’Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires, à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’occasion de partager un témoignage pertinent sur les obstacles quotidiens qu’il lui a fallu surmonter.

«Intervenir à Gaza, c’est intervenir au cœur d’un blocus, d’une occupation. L’économie est à l’arrêt, l’accès aux soins est entravé», détaille-t-elle. «Il faut déjà arriver à y entrer, pouvoir emmener du matériel, du personnel, pouvoir acheminer des médicaments ou tout autre outil nécessaire pour travailler».

«Identifier tous les acteurs», Caroline Abu-Sada

Joan Deas, Caroline Abu-Sada et Adam Salami clôturaient, ce jeudi, la semaine sur
Joan Deas, Caroline Abu-Sada et Adam Salami clôturaient, ce jeudi, la semaine sur « la Guerre et la Paix », organisée par la Chaire Raoul-Dandurand (Photo: Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Caroline Abu-Sada connait bien ce conflit. Représentante de Médecins Sans Frontières (MSF) à Genève, elle retourne chaque année sur place depuis son premier voyage en 1994. Mais elle a également parcouru de nombreux pays, l’amenant à dresser un portrait éclairé de son action humanitaire. «L’un des enjeux majeurs est d’identifier tous les acteurs que l’on pourrait avoir à côtoyer pour évaluer si l’on est en capacité de négocier avec eux», analyse-t-elle.

Car l’évolution actuelle des conflits modifie sans cesse le travail de ces ONG. «Il y a évidemment un impact sur les gestions de la sécurité ou encore sur l’affectabilité humanitaire. De plus en plus, se pose le dilemme entre le principe de précaution des équipes et le principe de solidarité», note Caroline Abu-Sada.

La régionalisation des conflits rend également plus délicate les interventions pour le maintien de la paix ainsi que les actions humanitaires. Ancien officier des droits de l’homme à la MONUSCO et chercheur en résidence à la Chaire Raoul-Dandurand, Adam Salami note la complexité de progresser dans un pays comme la République Démocratique du Congo, qu’il a pu observer pendant de nombreuses années.

«Aujourd’hui, on recense environ 31 groupes armés locaux, retranchés dans les forêts, dans les campagnes, ou encore aux frontières. Avec neuf pays frontaliers, c’est délicat à gérer. Et pourtant, il nous faut travailler et agir pour respecter le mandat des Nations Unies», constate-t-il.

L’action humanitaire prolonge-t-elle les conflits ?

Même pour MSF qui se veut «indépendante, impartiale et neutre», l’«instrumentalisation politique» peut s’avérer dangereuse. Elle reste d’ailleurs au cœur des débats actuels sur les enjeux de l’action humanitaire. Tout comme la question de la prolongation des conflits imputée à cette propre action humanitaire.

Plusieurs détracteurs lui prêtent ainsi la construction de camps de réfugiés, en Somalie notamment, comme un processus éternisant la situation précaire des populations. Si Joan Daes juge «indispensable» de maintenir ces opérations, Caroline Abu-Sada note l’exemple du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), réduisant progressivement l’aide sur les multiples camps de Dadaab, au Kenya, pour inciter à la réintégration en Somalie.

Pour la représentante de MSF Genève, les enjeux politiques sont tels que l’action humanitaire s’en voit dépréciée. «On ne veut pas être la voiture-balai ou le service après-vente des opérations militaires», martèle-t-elle.

Aussi complexe soit elle à mettre en place, l’action humanitaire reste indispensable partout où elle agit. Pris dans l’étau géopolitique, économique ou encore climatique du monde d’aujourd’hui, les Nations Unies, MSF ou d’autres ONG viennent apporter un soupçon de vie et d’espoir à des peuples meurtris.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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