Le Conseil national syrien accuse le Hezbollah d’appuyer militairement Assad

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Des explosifs du Hezbollah déguisés en pierre à la frontière libanaise (Photo: IDF)
Des explosifs du Hezbollah déguisés en pierre à la frontière libanaise (Photo: IDF)

Alors que le conflit syrien ne cesse de dégénérer, le Conseil national syrien (CNS), principal bloc de l’opposition, a accusé ce dimanche 17 février le Hezbollah libanais d’intervenir dans le conflit en menant des assauts contre des villages syriens qui ont provoqué la mort de plusieurs civils.

Un responsable au sein du Hezbollah a d’ailleurs bien confirmé ce dimanche que trois Libanais chiites avaient été tués récemment et 14 autres blessés dans des combats contre les rebelles en Syrie.

Le responsable, s’exprimant bien évidemment sous couvert de l’anonymat, n’a pas précisé s’il s’agissait de membres de la branche armée du Hezbollah (Al-Muqawama al-Islamiyya).Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait admis en 2012 que des membres de son parti combattaient les rebelles syriens, mais qu’ils le faisaient à titre individuel et sans mandat de sa formation.

Selon le CNS, des membres du Hezbollah ont donc lancé samedi 16 février une attaque armée sur trois villages de la région de Qousseir, proche de la frontière libanaise, faisant des victimes civiles et poussant des centaines d’habitants à fuir.

Le CNS précise dans son communiqué que le Hezbollah a utilisé des «armes lourdes au vu et au su de l’armée du régime syrien», appelant le gouvernement libanais à mettre fin à cette agression.

Le Liban est divisé sur le conflit syrien entre le Hezbollah et ses alliés qui dominent le gouvernement libanais et soutiennent le régime Assad, et l’opposition qui, elle, appuie la révolte contre le régime syrien.

Le Hezbollah libanais est un mouvement de confession chiite, tandis que la majorité de la population syrienne ainsi que les rebelles qui combattent le régime de Bachar al-Assad sont des sunnites. Dans l’Islam, les chiites sont considérés comme des hérétiques par les sunnites, qui représenteent l’orthodoxie et domine le monde musulman.

La milice chiite libanaise aurait envoyé près de 7 000 combattants dans le but de « mater les rebelles sunnites », peut-on lire dans un article de l’encyclopédie collaborative Wikipédia consacré au Hezbollah libanais.

Le 27 juillet 2012, le quotidien libanais An Nahar rapporte que le Hezbollah aurait envoyé en Syrie son « unité 910 « , considérée comme une unité de combat, indiquant que des membres de cette unité combattraient avec l’armée syrienne à Homs, Al-Qusayr et Rastane et appuieraient aussi l’armée syrienne dans les combats à Alep en lui apportant un soutien opérationnel.

Quoiqu’il en soit, le Hezbollah, ennemi juré d’Israël, est redevable au régime syrien de Bachar al-Assad,, qui l’a aidé militairement durant de nombreuses années.

Ce dimanche, les combats ont aussi secoué la ville de Deir Ezzor (est), dont la majorité des quartiers est contrôlée par les rebelles, mais qui est la cible de bombardements intenses des forces du régime postées en surplomb.

Quant aux rebelles, qui cherchent à conquérir les positions de l’armée de l’air autour d’Alep, la grande métropole du nord de la Syrie, ils poursuivent ont leurs offensives à proximité de l’aéroport d’Alep, de la base militaire de Nayrab, adjacente, et de la base aérienne militaire de Kwiyres, à l’est d’Alep, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Par ailleurs, on apprenait aujourd’hui dans une vidéo envoyée à l’Obsevatoire syrien des Droits de l’Homme que le front al-Nousra, avait exécuté 5 personnes dans les bâtiments de la Syrian Petroleum Company, à al-Shaddadi.

Les rebelles s’étaient emparé mercredi dernier de la ville de Shaddadi, dans la province d’Hasaka, lors de violents affrontements qui avaient fait 40 morts chez les rebelles et une centaines dans les rangs des forces du régime.

L’identité des 5 hommes exécutés est encore inconnue, il est également difficile de savoir si ces personnes étaient des civils, des agents de sécurité travaillant pour l’entreprise ou si elles faisaient partie des forces du régime.

Mais la vidéo envoyée par des militants à l’OSDH semble indiquer qu’ils ont été exécutés pour des motifs sectaires puisqu’on y entend avec des militants, ainsi que le cameraman répéter que les personnes tuées sont des chiites, des infidèles, et des porcs.

Pendant ce temps, face à montée de la violence dans ce conflit qui perdure et qui dégénère, le médiateur international pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, a invité ce dimanche 17 janvier l’opposition et des membres du régime syrien qui n’ont pas de « sang sur les mains », une délégation acceptable aux yeux de l’opposition, à entamer un dialogue sous l’égide l’ONU.

Fin janvier, M. Khatib s’était en effet dit ouvert «à des discussions directes avec des représentants du régime qui n’ont pas de sang sur les mains», au sujet d’un départ de M. Assad. Damas, pour sa part, avait répondu être prêt au dialogue, mais sans cette condition préalable.

Le médiateur estime que l’offre de dialogue du chef de la Coalition de l’opposition, Ahmed Moaz al-Khatib, était acceptable et qu’elle est là pour rester.

Par ailleurs, Israël a estimé de son côté que, si Damas contrôlait encore l’arsenal chimique syrien pour l’instant, il fallait être vigilant et s’assurer que ces armes ne tombent pas dans les mains d’Al-Qaïda ou du Hezbollah.

L’ambassadeur adjoint d’Israël auprès des Nations unies, Haim Waxman, considère pour sa part que « le Hezbollah et l’Iran font partie de la machine à tuer d’Assad et qu’ils franchiront toutes les lignes pour maintenir le régime Assad au pouvoir.»


Discours d’Hassan Nasrallah (sous-titré) lors de la Semaine de l’Unité Islamique, prononcé à Beyrouth le 25 janvier 2013, parlant de la sédition entre sunnites et chiites et de la nécessité de sauvegarder l’État (Vidéo: Hassan Nasrallah)

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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