Le Liban craint une expansion du conflit en Syrie

0
Le général Jean Kahwaji (à gauche) entend renforcer la sécurité de l'armée libanaise après la mort de deux soldats, vendredi dernier (Photo: EPA)
Le général Jean Kahwaji (à gauche) entend renforcer la sécurité de l’armée libanaise après la mort de deux soldats, vendredi dernier (Photo: EPA)

Trois jours après la mort de deux soldats dans des heurts avec des islamistes, le chef de l’armée libanaise a assuré, ce lundi, que les forces du pays seront intransigeantes et fermes pour protéger leur sécurité. Voisin de la Syrie et d’Israël, le Liban est actuellement au cœur des tensions géopolitiques de la région, un raid israélien ayant notamment touché une cible syrienne à la frontière libanaise, la semaine dernière.

Direct et ferme, le général Jean Kahwaji n’a pas mâché ses mots, ce lundi. «Nous couperons la main de quiconque agresse l’armée et nous poursuivons les attaquants où qu’ils se trouvent et quel que soit le parti auxquels ils appartiennent», a ainsi lancé le chef de l’armée libanaise dans les colonnes du quotidien As-Safir.

Ce renforcement de la sécurité militaire intervient trois jours après la mort de deux membres des forces armées libanaises. Un capitaine et un soldat de l’armée ont trouvé la mort, vendredi dernier, dans des affrontements avec un groupe d’hommes armés, dans la région d’Arsal. Les responsables des services libanais de sécurité ont, par ailleurs, assuré qu’il s’agissait d’islamistes radicaux.

«Une attaque préméditée»

Le général Kahwaji a reconnu, ce dimanche, que cette attaque «était préméditée et que [les deux victimes]avaient été tuées de façon barbare. Les méthodes utilisées vont à l’encontre de nos religions chrétienne et musulmane». Un élu local a notamment rapporté à l’AFP des actes de mutilation sur les deux victimes.

Alors que l’armée a choisi de renforcer sa sécurité dans le pays, le général en a profité pour noter les efforts effectués par les forces libanaises pour «faire barrage aux plans visant à impliquer le pays dans le chaos régional».

Une instabilité régionale qui divise le pays

Car personne ne s’y trompe, le Liban reste touché par l’instabilité politique de ses voisins. Les différentes communautés sont ainsi partagés quant au dossier syrien, chiites et chrétiens soutiendraient le régime quand les sunnites seraient en faveur de l’opposition.

La Syrie est le théâtre, depuis 22 mois, d’un conflit armé mettant aux prises le régime de Bachar al-Assad et l’opposition composée de rebelles. Plus de 60 000 personnes auraient d’ores et déjà été tuées dans la répression du président Assad, selon les Nations Unies.

Jusque-là très discret, Israël commence à intervenir dans ce dossier sensible. Pour preuve, la semaine dernière, un raid aérien a été mené par l’état hébreu à la frontière syro-libanaise. Le but présumé de cette attaque serait d’empêcher le transfert d’armes de la Syrie à destination du Hezbollah libanais.

Mandat d’arrêt contre le chef des services de renseignements syriens

Par ailleurs, une source judiciaire sous couvert d’anonymat a assuré à l’AFP qu’un mandat d’arrêt a été lancé, ce lundi, contre le chef des services de renseignements syriens, Ali Mamlouk. En cause, une affaire de transports d’explosifs entre la Syrie et le Liban.

Il est accusé d’être impliqué dans ce trafic ayant conduit, en août dernier, à l’arrestation de Michel Samaha, ancien ministre libanais et ex-intermédiaire privilégié entre Bachar al-Assad et l’ancien président de la République française, Nicolas Sarkozy.

Convoqué le 14 janvier dernier par la justice libanaise, le général Mamlouk, proche du président Assad, ne s’est pas présenté à cette occasion.

La menace du Hezbollah

Pour éviter tout risque d’expansion du conflit à l’intérieur de ses frontières, le Liban tente donc de prendre les devants face aux évènements limitrophes. Pour autant, la présence du Hezbollah, organisation islamiste libanaise, met en garde Israël et la Communauté internationale qui perçoivent un risque d’armement en lien avec le voisin syrien.

Le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, avait assuré en conseil des ministres, dimanche 27 janvier, qu’il s’inquiète des «graves menaces sécuritaires» que font peser sur l’état hébreu «des armes létales, dans une Syrie en train de se désintégrer».

Confirmant à demi-mots la tenue du raid contre des installations militaires syriennes, le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, a réaffirmé, ce dimanche, à Munich, la volonté de l’état hébreu d’empêcher que des armes soient transférées de Syrie au Hezbollah chiite libanais.

«Ce qui s’est passé il y a quelques jours […] montre que quand nous disons quelque chose, nous nous y tenons», a-t-il déclaré lors de la Conférence internationale sur la sécurité, ajoutant la mise en garde d’Israël contre le «transfert de systèmes d’armes perfectionnés au Liban».

A lire aussi:

Israël envisage d’instaurer une zone tampon en Syrie après la chute d’Assad >>

Raid israélien: Assad crie au complot et brandit une vidéo >>

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

Les commentaires sont fermés.